Rachel Labastie "Les Eloignées"

Le 02/10/2021
Culture/Loisirs

Exposition du 3 octobre 2021 au 27 février 2022

Rachel Labastie travaille une argile crue qui ne sèche pas, la porcelaine, le marbre, la terre cuite, pour donner forme à des projets où la notion de « corps social » est souvent explorée, confrontée à celle de « trajectoire individuelle ».

À l’Abbaye de Maubuisson, ancienne abbaye cistercienne du XIIIe siècle devenue centre d’art contemporain, l’artiste a choisi d’évoquer les conditions de vie de deux communautés de femmes exclues de la société́ au XIXe siècle. Les « reléguées de Guyane », des femmes condamnées pour petite délinquance et envoyées en Guyane, alors colonie française, pour s’unir à des forçats. À leur arrivée en Guyane, les reléguées sont ainsi confiées aux sœurs de l’abbaye de Saint Joseph de Cluny. Surveillantes et surveillées partageaient de mêmes conditions d’éloignement et d’internement. Île, prison, abri, l’abbaye devient dans le projet artistique de Rachel Labastie un lieu ambivalent où se met en scène un ensemble de récits évoquant l’exil forcé, le voyage de femmes tragiquement dévoyées, la transformation des corps, entre résistance et sacrifice.

A l’abbaye, des mains unies en un geste de prière figées dans la paraffine et l’argile s’exposent, une longue entrave en porcelaine serpente au sol, une grande proue de bateau de forme féminine en bois sculpté et en porcelaine se dresse, un grand retable dont la surface modelée en argile représente un calice s’ouvre et des portraits de femmes réalisés pareils à des camées en porcelaine ponctuent l’exposition Les Éloignées.

Denses ou fragiles, précieux ou crus, les matériaux choisis par Rachel Labastie traduisent par l’usage qu’elle en fait l’ambivalence de sujets complexes, ils évoquent de manière sensible la tension des corps exploités, leur vulnérabilité, mais aussi leur dignité inaliénable. Par un patient travail qui a conjugué enquêtes de terrain, recherches historiques et iconographiques sur plusieurs années, Rachel Labastie tire de la nuit ces femmes oubliées.