Parcours chorégraphique de Dominique Brun

Le 12/06/2021
Culture/Loisirs

En partenariat avec l’Abbaye de Maubuisson et les missions "Danse" et "jardins" du département du Val d’Oise.

Chaque année, lorsque l’été annonce son retour, un chorégraphe s’approprie le magnifique site de l’Abbaye de Maubuisson pour faire dialoguer l’architecture végétale et patrimoniale avec l’expérience artistique. Cette année, c'est la très grande Dominique Brun qui nous propose un parcours chorégraphique en lien avec la journée de baptême de la rose « Abbaye de Maubuisson ».

Chorégraphe, danseuse, pédagogue, Dominique Brun s’attache à la redécouverte de notre patrimoine chorégraphique, non pas d’un point de vue muséal, mais en suscitant la mise en relation entre les archives disponibles et les interprètes d’aujourd’hui. Elle favorise l’utilisation de la kinétographie Laban (un système de notation pour la danse), mais aussi de nombreuses sources et archives (photographies et films d’époque, textes littéraires, croquis, notes, etc.) qui permettent d’appréhender et de redonner vie à des écritures passées, souvent oubliées.

"L'après-midi d'un faune", 1912, 10 min d’après la chorégraphie de Vaslav Nijinski
Avec : Clarisse Chanel, Marie Orts, Maud Pizon, Julie Salgues et à la clarinette Samuel Buron-Mousseau
Pour le chorégraphe qu’est Nijinski, "L’Après-midi d’un faune" n’est pas un divertissement mais une sorte de « manifeste dansé » dans lequel on peut lire au moins deux refus : celui de la virtuosité et celui de la légèreté. À la différence du ballet académique (appelé aussi ballet classique) Nijinski n’essaie plus dans ses chorégraphies de mettre en jeu un corps qui tente d’échapper à la loi de la pesanteur. Il délaisse les bonds prodigieux et les tentatives virtuoses – qui font de lui le danseur étoile des Ballets russes – pour revenir à la simple
marche, celle que nous pratiquons tous, tous les jours. Ce qui est proposée ici est une improvisation de 4 danseuses qui s’inspirent des danses des Nymphes que convoite le Faune.
Cette performance est accompagnée par le clarinettiste Samuel Buron-Mousseau qui jouera le prélude de Debussy dans une version pour clarinette solo.

"Du ravissement...", 1994, 8 min, chorégraphie Dominique Brun
Avec : Clarisse Chanel et Marie Orts
"Du ravissement…" est conçu en 1994 par la chorégraphe comme un solo pour elle-même. Cette danse s’inspire d’une autre danse écrite par Doris Humphrey en 1931 qui s’intitule Two Ecstatic Themes. Du ravissement est une danse fondatrice de sa démarche artistique actuelle qui consiste à réécrire et réinterpréter des danses disparues. En 2017, Marie Orts propose à Dominique Brun de déchiffrer "Du ravissement…" avec Clarisse Chanel, autre danseuse de la compagnie. Elles présentent ensuite l’œuvre à Dominique Brun et il se produit alors une expérience inédite pour elle, Marie Orts et Clarisse Chanel réincarnent, avec éclat et puissance, cette danse qu’elle n’avait pas revue depuis 15 ans.

"De si loin", 2019, 12 min, chorégraphie Dominique Brun et Julie Salgues
Avec la musique enregistrée Lontano de Ligeti, sous la forme d’un solo de Julie Salgues
Ce solo réactive la mémoire vive des danses que la chorégraphe et la danseuse ont partagé au cours des nombreux projets qui les ont réunies. Dans "De si loin", Dominique Brun invite Julie Salgues à compter son pouls jusqu’à 60 puis à compter ainsi tout au long de la danse. La main droite de la danseuse capte les battements à son poignet et sa voix les énumère. Le rythme de ce dénombrement varie avec les accélérations du pouls de la danseuse, en écho aux intensités des efforts de sa danse. Les chiffres sonnent, résonnent avec des situations imaginaires ou bien réelles. Ce solo se déroule sur Lontano, œuvre orchestrale composée par György Ligeti en 1967. La scansion des nombres comptés, vient comme strier, griffer la continuité musicale. Finalement un silence se fait dans la musique qui laisse place à une forme d'abandon intime et singulier où la danseuse se fait alors interprète d'elle même.

Danse sacrale du "Sacre du printemps", 1913, 8 min, d'après la chorégraphie de Vaslav Nijinski, recréation et adaptation
de Dominique Brun
Avec : Maud Pizon et Dominique Brun
La « Danse sacrale » qu’on appelle aussi « solo de l’élue » appartient au Sacre du printemps de Vaslav Nijinski. Il raconte l’histoire d’une communauté russe (d’un autre temps) qui sacrifie l’une des siens au dieu du printemps pour que la terre redevienne féconde. Le solo de l’élue est l’ultime moment du Sacre, celui d’un sacrifice humain. Cette danse est le cri révolté de cette jeune femme qui donne sa vitalité à la communauté qui la lui prend pour survivre. C’est aussi un appel à la vie lancé contre la noirceur de la mort qui va étreindre l’élue. Les gestes qui composent ce solo font l’objet d’une réinvention qui s’appuie sur des documents qui témoignent de la danse du Sacre de 1913, notamment des dessins de Valentine Hugo et un article de presse de Jacques Rivière. La danse de ce solo a été écrit avec et pour Julie Salgues. C’est à Maud Pizon de s’en saisir aujourd’hui sous le joug impérieux de la musique de Stravinsky, comptée à haute voix par Dominique Brun.