Jean-François Clervoy, aventurier de l’espace

Publié le 03/05/2016
Il a été collégien à Franconville et le Département a donné son nom à un collège de la ville car Jean-François Clervoy est une personnalité digne de servir de modèle aux jeunes valdoisiens .Il a participé à trois missions spatiales. Faire le tour de la terre en 45 minutes est une expérience sensorielle et émotionnelle intraduisible. Pour lui, les voyages sur Mars se feront et ils constitueront la plus grande étape de la conquête spatiale depuis le vol initial de Gagarine.

Pourquoi êtes-vous devenu astronaute ?

Enfant je faisais régulièrement des rêves dans lesquels je volais comme un oiseau, sans aucun appareil, et j’y éprouvais un grand plaisir. En outre mon instituteur de l’époque nous racontait que les vols dans l’espace allaient devenir monnaie courante en quelques décennies. Ça semblait donc une activité ordinaire.

Suffit-il d’avoir la vocation ?

C’est seulement un prérequis. Dans l’espace on est en milieu hostile, on n’a pas droit à l’erreur. Y travailler et résoudre un problème demande une certaine tournure d’esprit, d’où la sélection de personnes à formation scientifique : des ingénieurs en tout genre, médecin, vulcanologue, vétérinaire… Moi j’ai eu la chance d’être plutôt bon en maths [J.-F. Clervoy est diplômé de l’école Polytechnique et de l’Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique et de l’Espace] Jeune ingénieur j’ai postulé à la 2ème sélection d’astronautes français, parmi plus d’un millier de candidatures recevables.

Les batteries de tests de toutes natures s’étalent sur plusieurs mois. Il faut entre autres subir des tests physiologiques spéciaux et une expertise médicale pour voir si notre organisme supporte les conditions extrêmes des vols spatiaux.

60 % de l’entraînement consiste à apprendre à gérer tous les types de problèmes, souvent simultanés.

Comme un décollage se passe-t-il ?

Chaque décollage est quelque chose de bouleversant, aussi bien pour celui qui est dedans que pour celui qui regarde. Il y a une telle quantité d’énergie mise en jeu : 10 tonnes de poudre par seconde, 1 tonne d’hydrogène et d’oxygène liquides. Au bout de 2 minutes, on est à 45 gigawatts ; c’est l’équivalent de la puissance électrique consommée par la France en période d’automne, tous utilisateurs confondus.

Une fusée ne marche que 9 minutes. Il faut arriver à 28 000 km/h, soit 8 km/s.

Côté température, on passe de +200° C au soleil à -200° C à l’ombre.

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Et une mission ?

L’apesanteur est d’une grande étrangeté. Parfois on a le sentiment de n’être qu’une conscience qui flotte.

Les membres de la mission ont une infinité de tâches à accomplir. On partait avec des kilos de check list. Les astronautes sont avant tout des opérateurs mettant en œuvre du matériel complexe. Dans le cockpit par exemple, il y a 1 000 interrupteurs dont on connaît les fonctions de chacun. On a deux trousses à outils car si les pays présents dans l’ISS, comme les Canadiens et les Japonais, sont passés au système métrique comme les Russes et les Européens, les Américains ne l’ont pas fait et avec eux il faut échanger en livres, en pouces et en pieds.

Dans la station internationale la langue opérationnelle est l’anglais mais on est tous bilingues car la formation en Russie est donnée en russe.

Comment revenez-vous d’une mission ?

Avec la satisfaction du travail accompli. D’une manière générale, tous les gens qui travaillent dans le spatial pensent au but à atteindre avant leur intérêt personnel. Voir l'image en grand CDVO/Neway Partners

Mais j’ai toujours eu le sentiment de vivre une expérience « extraterrestre ». On est émerveillé de faire le tour de la terre en une heure et demie, avec un lever ou coucher de soleil toutes les 45 minutes. On voit à 2 500 kilomètres à la ronde. Mais ça change très vite, en quelques minutes on passe des chaines de l’Himalaya aux atolls turquoises; c’est un bonheur sensoriel et émotionnel inoubliable.

On prend aussi vite conscience de notre fragilité et que la vie à la surface de la terre dépend d’une très mince couche de gaz autour. C’est pourquoi la plupart des astronautes sont impliqués dans des associations de protection de la Nature. En ce qui me concerne c’est l’océan car l’oxygène, indispensable à la vie, en vient principalement.

Dire que la planète est fragile, c’est de l’égoïsme anthropocentrique. Elle nous survivra même si nous nous détruisons nous-mêmes ainsi que notre environnement.

Pourquoi est-il important de maintenir des vols spatiaux ?

Le coût des programmes spatiaux peut sembler exorbitant. Mais il faut le rapporter à l’ensemble des pays qui les financent et à la durée, étalée sur des années. L’effort des Européens c’est 1 euro par habitant.

En échange, leurs avantages sont incomparables. L’ISS, la station spatiale internationale, est la plus grande réalisation humaine à but pacifique. Il vaut mieux que les états alimentent des budgets de coopération scientifique plutôt que des affrontements militaires.

Le niveau d’excellence des vols spatiaux oblige l’industrie à être compétitive et à se surpasser. Les grands programmes donnent l’envie et les moyens aux jeunes de s’engager dans la recherche scientifique. La puissance technologique américaine vient d’Apollo. Un euro investi dans l’exploration spatiale, c’est quatre en retour dans l’économie.

Et dans des secteurs très variés : les matériaux, la sécurité, le management. Pensez que pour le pont de Millau on a utilisé les méthodes de gestion mises en place pour Apollo où il fallait coordonner 30 000 entreprises.

Voir l'image en grand L'Himalaya vu depuis l'ISS

Est-on prêt à aller sur Mars ?

Une mission pour tourner autour de Mars et revenir, on sait faire. Mais s’y poser, c’est une autre affaire. L’atmosphère de Mars est 100 fois moins dense que sur la terre. Même pour le faible poids du robot de Curiosité, il a fallu des rétrofusées. Alors pour un vaisseau habité, de 15 tonnes…

On maîtrise la technique, on a commencé à étudier les réactions humaines avec l’expérience de confinement « Mars 500 », mais c’est énormément de travail, d’argent et de temps nécessaire. Pour le moment l’effet des rayons cosmiques n’est pas encore assez bien connu pour y envoyer des hommes. Comme tout le monde ne réagit pas de la même manière au rayonnement, on arrivera sans doute à une sélection sur des critères génétiques.

Un voyage humain vers Mars sera la plus grande étape de la conquête spatiale depuis Gagarine car on perdra le repère de la terre.

L’avenir des explorations spatiales est-il dans les robots ?

On n’est plus dans une opposition homme / robot. Le robot est là pour accompagner l’homme dans les tâches répétitives, dangereuses ou physiquement impossibles. Mais le robot n’est pas capable de réagir à l’imprévu. Il n’est pas capable d’innover.

Lors de la dernière mission d’Apollo sur la lune, il y avait un géologue. Eh bien, les meilleurs échantillons de roches lunaires sont ceux qu’il a choisis. Du point de vue de l’efficacité, il a surpassé le robot. Il a aussi parcouru sur la Lune en quelques jours autant de kilomètres que les robots martiens en 10 ans !

Voir l'image en grand CDVO/Neway Partners Et puis il ne faut pas priver l’homme d’aventure. C’est son destin que d’aller voir au-delà de l’horizon. Dans la vie, l’audace est la seule façon de progresser !

Je suis très curieux de nature. La curiosité est un bon moteur pour les sciences. C’est à cause d’elle qu’on s’intéresse aussi aux ovnis. Les constats de phénomènes sans explication doivent nourrir des bases de données plus fiables que des témoignages plus ou moins partiaux. Idem en ce qui concerne des formes de vie extraterrestre. Le nombre d’étoiles, c’est 10 avec 22 zéros derrière. Il y a forcément quelque part des planètes dans la zone habitable de leur soleil. Statistiquement il est difficile de croire que la vie ne puisse apparaître ailleurs. Surtout depuis qu’on a trouvé des molécules organiques sur des astéroïdes.

J’aime bien l’idée qu’on n’est peut-être pas seuls dans l’univers. Et comme disait Hubert Reeves : « l’absence de preuve n’est pas la preuve d’absence. »

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