Plaidoyer pour la jeunesse et la prévention spécialisée

Publié le 09/03/2020
Tourné à Ermont, le documentaire La Cité de l’Espoir, sera diffusé le 23 mars à 23h sur France 3. Pour votre magazine Val d'Oise, rencontre avec sa réalisatrice, Stéphanie Valloatto, qui à travers les parcours croisés de quelques jeunes, a mis en lumière le travail incroyable des éducateurs spécialisés de la ville d’Ermont.

CDVO Comment est né ce projet de documentaire ?

En réalisant le long-métrage documentaire Caricaturistes, fantassins de la démocratie », je suis convaincue que le sujet est important et mais je suis loin d’imaginer à quel point il aura un impact. Sélectionné au Festival de Cannes 2014, le film sort en salles, voyage sur les cinq continents. Et puis en janvier 2015, l’attentat de Charlie Hebdo frappe les caricaturistes. Le film devient une œuvre de référence. Après le choc, après le « black-out », les questionnements : Comment en sommes nous arrivés là ? Pourquoi ? D’un côté, je vois la stigmatisation de la jeunesse enfler dans les médias, ça me révolte : « Le « jeune de banlieue » dealer, voleur, casseur, djihadiste... » ; de l’autre côté, sollicitée par des collèges et des lycées des quartiers, je présente mon film aux jeunes, nous échangeons sur la liberté d’expression, le travail des caricaturistes, les religions, les traditions... Au contact de cette jeunesse de banlieue diverse et explosive naît le désir de faire un film documentaire loin des clichés, racontant les parcours de jeunes qui s’en sortent : réaliser un film positif ! Mais sous quel angle raconter cette histoire ? En mars 2016, à Saint-Malo, je croise Farid, un ami comédien qui me présente sa compagne Sabah Marouf, éducatrice spécialisée dans le Val d’Oise. C’est le flash ! Sabah me parle de son métier avec passion, me confiant avec émotion les parcours chaotiques des jeunes qu’elle suit tous les jours. A travers ces histoires, je sens combien ces jeunes âgés de 11 à 25 ans vivent des choses dures et s’accrochent à la vie. Elle m’explique toutes les étapes, les résultats positifs qu’elle obtient en utilisant la valorisation plus que la répression. Très rapidement, je décide d’aller sur place, de l’accompagner sur le terrain à Ermont. Au milieu de la cité, à pied, en voiture, nous sommes arrêtées à chaque coin de rue, à chaque pied d’immeuble. Sabah les connaît tous et les appelle par leur prénom, leur demande comment ils vont ; pourquoi ils ne sont pas venus au rendez-vous la veille ; leur tire la joue ou les prend par l’épaule avec affection… Tous les jeunes sont heureux de la voir et marquent à son égard, du respect et de l’admiration. Je suis soufflée ! Toutes les images que j’ai pu voir à la télévision et l’appréhension s’envolent. C’est ce que j’ai ressenti ce jour-là dans les quartiers aux côtés de Sabah Marouf que j’ai envie de montrer dans un film documentaire pour changer de regard sur la jeunesse des quartiers, méconnue et décriée, et mettre en lumière la Prévention spécialisée sous l’angle du travail des éducateurs, qui accompagnent les jeunes à Ermont dans le Val d’Oise. Sabah Marouf me présente alors ses deux collègues éducateurs spécialisés, Jérôme Carlier et Delphine Klatt. Tous les trois forment une équipe soudée. La confiance entre nous s’installe. Puis la rencontre avec Frédéric Agostini, chef de service Politique de la ville, nous permet de présenter le projet à la Mairie d’Ermont. Nous avons tous rendez-vous (les éducateurs, le chef de service Politique de la Ville, Cyrille Blanc, mon mari, chef opérateur et producteur de Cinextra Productionset moi-même) avec le Maire, Hugues Portelli et Madame Malika Smaili. Il adhère tout de suite à l’idée du film positif ! La confiance et le soutien de la Mairie d’Ermont sont immédiats et seront importants durant toute la production du film. A partir de ce moment-là, avec mon mari, nous commençons les repérages, le casting d’une vingtaine de jeunes suivis par les éducateurs, l’écriture du scénario ; nous proposons le film à nos amis d’Elzevir Films, qui montent sur le projet comme coproducteurs puis France 3 Paris Île-de-France dit oui. Nous obtenons également les soutiens du Conseil départemental du Val d’Oise, de la Communauté d’agglomération Val Parisis et des Cars Lacroix. Nous sommes en décembre 2019. La production du film peut commencer !

Comment s’est déroulé le tournage ?

Le tournage du film s’est déroulé à Ermont entre février et septembre 2019. Nous avons été très bien accueillis par les habitants et les jeunes. Il était important pour moi d’être en immersion pour comprendre le rythme et la vie dans les quartiers. La mairie nous a donné l’autorisation de filmer partout dans Ermont. Afin d’être plus discrets et de respecter la confidentialité, nous étions une petite équipe : moi à la réalisation ; mon mari Cyrille Blanc, à l’image, au son et au drone. Au départ, nous avons suivi les éducateurs sans caméra. Ils nous ont présenté aux jeunes des quartiers des Chênes, des Passerelles et des Carreaux. Les éducateurs nous ont aussi mis en relation avec des acteurs incontournables de la vie de quartier. L’Association Souris à ta vie nous a permis d’organiser le casting et les interviews des jeunes dans ses locaux. L’AS Ermont nous a permis de filmer les entrainements des jeunes footballeurs au stade Renoir. Le collège Saint-Exupéry, nous a ouvert ses portes pour filmer un chantier éducatif animé par les éducateurs et filmer des séquences avec une jeune du casting. Au Centre culturel et social, nous avons filmé une rencontre parents-enfants organisée par les éducateurs. Dans un premier temps, les séquences les plus délicates à tourner avec les éducateurs ont sans aucun doute été celles de travail de rue illustrant une partie importante de la Prévention spécialisée. Ce sont les moments où les éducateurs vont sur les quartiers à l’approche des jeunes qu’ils rencontrent pour la première fois ou qu’ils retrouvent pour garder le lien. Très rapidement, nous avons décidé avec les éducateurs que seul mon mari, les accompagnerait avec une petite caméra et des micros afin de garder la spontanéité et la confiance. Puis, toutes les séquences plus confidentielles d’entretien et d’ateliers d’estime de soi immortalisant des moments intenses entre éducateur et jeune ont été tournées en « huis-clos » au local des éducateurs. Pour cela, nous avons mis en place un dispositif spécial d’éclairage et de son préservant l’intimité des propos. C’était très important pour les éducateurs de sentir qu’ils pouvaient parler librement.Enfin, comme je tenais absolument à inscrire les éducateurs au cœur de la Cité, j’ai réalisé la plupart de leurs interviews sur les toits des immeubles grâce à la confiance de Stéphane Vigne de Val Parisis Habitat et à la complicité des gardiens toujours disponibles pour nous. Dans un second temps, je tenais à filmer les six jeunes du casting dans leur quotidien. Avec chacun, nous avons tourné des séquences chez eux ou dans des lieux dans lesquels ils se sentent bien : le quartier des Chênes, le stade Renoir, le centre-ville… La ville vue à travers leurs yeux. Ensemble, nous avons avancé pas-à-pas, la confiance s’installant au fil de nos rencontres. Ils m’ont livré énormément sur leur enfance, leurs difficultés, leurs doutes, leurs rêves… Il y a eu beaucoup de moments émouvants, touchants, joyeux… Dans un troisième temps, nous avons beaucoup tourné dans les quartiers : le réveil, la rentrée des écoles, la vie des commerces, les entrainements au stade, les plans de nuit… Et nous avons aussi réalisé des prises de vue avec le drone donnant une vision artistique et poétique de la Cité : sa tour, ses immeubles bien alignés, ses habitants qui vont et viennent…

Cinextra Productions-Elvezir Films-France3ParisIledeFrance Stéphanie Valloatto et Cyril Blanc avec Al Assane

 

Quel regard portez-vous sur les jeunes et les éducateurs que vous avez filmés ?

Je porte sur les jeunes que j’ai filmés un regard d’admiration car ce sont des jeunes qui ne partent pas tous avec les mêmes chances dans la vie mais qui s’accrochent ! Ils sont attachants, volontaires courageux, talentueux. Je les trouve formidables. Les voici : Akram, est un jeune homme déterminé qui met tout en œuvre pour accomplir son rêve d’acteur; Al Assane, un athlète, un champion de triple saut devenu un modèle pour les jeunes de la cité ; Israa, une jeune escaladeuse qui vise le sommet pas à pas ; Sirine, une jeune fille d’une grande générosité qui n’a pas encore conscience de son talent d’artiste ; Khadidiatou, une collégienne pas comme les autres qui ne vit que pour le foot ; Elmano, un aigle majestueux qui vole sans s’arrêter vers une carrière d’ingénieur prometteuse. Et si les éducateurs comme, Sabah Marouf, Jérôme Carlier et Delphine Klatt n’étaient pas là pour les aider, les motiver, les recadrer, ces jeunes pourraient chuter à tout jamais ! Le regard que je porte sur les éducateurs est un regard « Hors normes » pour des éducateurs « Hors normes», en référence au très beau dernier film de Olivier Nakache et Eric Toledano. Ce qu’ils donnent chaque jour aux jeunes qu’ils accompagnent n’a pas de prix : l’estime de soi, la confiance, les clés pour leur avenir… Et il faut une sacrée dose d’humanité et d’amour pour y croire encore et encore et insuffler à cette jeunesse l’espoir. Dans la société, je pense qu’ils sont le dernier rempart avant la Police et la Justice !

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Ce film est pour moi un combat car la jeunesse est l’avenir de notre pays. Même si un film est une goutte dans l’océan, je rêve que les plus sceptiques changent de regard sur les jeunes de banlieue. Je rêve que ces jeunes servent d’exemples positifs à d’autres jeunes en difficulté. Je rêve que l’on crée des postes d’éducateurs spécialisés dans toutes les communes car ils offrent de vraies solutions. S’il y a un bilan à tirer de cette expérience, c’est celui-ci : montrer le meilleur pour éviter le pire. Choisir la prévention plutôt que la répression !

 

Quelle est la diffusion future du documentaire ?

La diffusion est prévue sur France 3 Paris le 23 mars à 23h. Avec le Conseil départemental du Val d’Oise, nous avons aussi comme projet que le film soit diffusé dans les collèges et lycées du Département, qu’il soit présenté aux équipes de prévention et aux futurs éducateurs en formation. Avec les producteurs, Cinextra Productions, Elzevir Films et France 3 Paris IÎle-de-France, nous souhaitons que le film ait une vie dans les grands festivals (Cinéma du Réel, Etats généraux du film documentaire de Lussas, Festival de la Rochelle, Etonnants Voyageurs, Festival de Films de Femmes de Créteil, FIPADOC Biarritz, RIDM – Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal…).

 

FILM DOCUMENTAIRE « LA CITE DE L’ESPOIR »

Réalisé par Stéphanie Valloatto - Coproduit par CINEXTRA PRODUCTIONS/ ELZEVIR FILMS /FRANCE 3 PARIS ILE-DE-FRANCE

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