Au service du Val d'Oise

Publié le 16/07/2018
Dans le cadre des 50 ans du Val d’Oise, rencontre exclusive avec Jean-Phlippe Lachenaud, ancien Président du Département de 1989 à 1997

CDVO - NEWAY PARTNERS Jean-Philippe Lachenaud Pouvez-vous nous rappeler votre parcours en mettant l'accent sur la période valdoisienne?

Faire un effort de mémoire et de synthèse pour évoquer mon parcours professionnel et politique qui pour l'essentiel, de novembre 1969 à 2004, s'est déroulé en Val d'Oise, voilà une tâche difficile… J'avais 30 ans, je venais avec enthousiasme participer à l'aventure de la Ville Nouvelle en tant que secrétaire général de l’établissement public d’aménagement et décidai de vivre à Pontoise. Le hasard et ma volonté d'action publique ont ensuite tracé le chemin des diverses responsabilités que j'ai exercées successivement... et parfois simultanément... en Val d'Oise. Ce n'est donc pas un projet, un itinéraire, une carrière politique. Ma passion constante c'est l’aménagement du territoire, la gestion des collectivités locales, le développement urbain, social et culturel, la maîtrise d'ouvrage de grands projets publics.

Je peux rappeler les principales étapes de ce parcours :1969-1975 la Ville Nouvelle; 1977-1989 : Maire de Pontoise et « en même temps » Directeur au Ministère de l'Environnement puis au Ministère de la Culture (direction de l'Architecture); 1978-1981 : Président de l’établissement public du Musée d'Orsay. Je suis élu en 1982 au Conseil général sur le canton de Pontoise; le Président Pierre Salvi me confie la responsabilité de la nouvelle commission des affaires culturelles. Élu Député en 1986, puis 1988. En 1989 le groupe UVO, majorité du Conseil général, me demande de revenir au Conseil général pour assumer les missions de président. Réélu dans le canton de Saint-Leu-la-Forêt je renforce mes capacités d'action en devenant Vice-président du Conseil Régional. En 1997, je décide de mettre un terme à mes fonctions de Président .C'est une grande surprise. Je ne réussis pas à expliquer les motifs de cette décision. Je voudrais donner au Val d'Oise de nouvelles forces et chances de développement.

Je souligne le rôle décisif du hasard dans ce parcours, jugé par certains un peu chaotique ! Je suis venu à la Ville Nouvelle à l'initiative de mon ami, camarade de l'ENA, Jean-Paul Proust, directeur de cabinet du Préfet pour renforcer le dialogue entre le Président Adolphe Chauvin et Bernard Hirsch, directeur général de l'EPAVN. Je suis devenu Maire de Pontoise à la suite de la défaite d'Adolphe Chauvin aux élections municipales de 1977. C'est dans les circonstances dramatiques du décès brutal du Président Pierre Salvi que j'ai accédé à la présidence du Conseil général.

Quel rôle avez-vous joué dans la création de la ville nouvelle ?

La création de la Ville Nouvelle a été pour nous tous une aventure exceptionnelle. Au sein de cette équipe pluridisciplinaire d’aménagement public animée par Bernard Hirsch j'ai tout appris des métiers, compétences, méthodes, indispensables pour promouvoir le développement urbain, économique, social, culturel d'un territoire et exercer des responsabilités au niveau des collectivités locales. Je décrirais mon rôle personnel et mon action autour de 5 thèmes :

- relations entre l’État, l’EPA, les communes, leurs institutions de Coopération (SIVOM, SCA, CAN) le Département.

- planifier et réaliser, en maîtrise d'ouvrage déléguée, tous les équipements

Publics (première école, premier collège, centre culturel, hôtel de communauté, premier IUT, ESSEC...)

- mettre en place les institutions juridiques, financières, spécifiques de la Ville

Nouvelle.

- concevoir et assurer la conduite d’opérations innovantes : base de loisirs, télédistribution, centre commercial, complexe piscine-patinoire.

- accueillir les nouveaux habitants dans une perspective humaniste et renforcer l'identité de la Ville Nouvelle

Quelles sont les forces et les faiblesses du Département quand vous accédez à la présidence ?

Analyser les forces et faiblesses du département du Val d'Oise lorsque j’accède à la présidence en janvier-mars1989 nécessite un bref rappel historique. Le département du Val d'Oise est une institution nouvelle, jeune, née dans les années 1965-1968 à la suite du découpage de ce « monstre » géographique, administratif et politique qu’était la Seine-et-Oise. Le statut juridique de cette institution date du 19e siècle, ses compétences sont limitées; les lois de décentralisation ne sont pas intervenues (ce sera en 1982), l'administration est à la Préfecture et les Préfets (Chadeau puis Paraf) sont l’exécutif. Dans le cadre de mes responsabilités à la Ville Nouvelle je dialogue donc principalement avec les autorités et services préfectoraux.

J'essaie de convaincre les Présidents et leurs assemblées que la Ville Nouvelle doit être traitée comme toute autre communauté de communes du Val d'Oise notamment pour le régime de subventions. Maire de Pontoise je défends mes dossiers au Conseil Général c'est notamment le cas pour le dossier innovant de financement de la construction du Hall Saint Martin…

Je veux rendre hommage au dynamisme de ces élus et administrateurs, pionniers de la création du Val d'Oise, à leur capacité d'innover et d'animer cette nouvelle institution autonome. Je veux reconnaître la qualité de gestion financière des «ministres des finances » successifs MM. Bichet et Berthod. Je l’affirme très sincèrement : en 1989 le Conseil général est une institution solide ; les finances sont saines ; les compétences légales majeures (collèges, sécurité incendie, social enfance et vieillesse, routes...) sont assurées. Les services généraux sont organisés et pilotés de manière efficace. Le Président Pierre Salvi est le véritable fondateur du Département du Val d'Oise devenu collectivité autonome décentralisée. Le Val d'Oise affirme son identité, traite de manière équilibrée ses divers territoires. Un dialogue très constructif est engagé avec l'ensemble des communes. Le SDIS démontre son excellence et efficacité. Le Val d'Oise assume ses responsabilités dans le domaine social dans un contexte évolutif de prise en charge de l'enfance, du handicap, de la vieillesse et de la solidarité (mise en place du RMI).Le Département a mené à bien le programme de rénovation et de construction des collèges. Bientôt le 100e collège ! Voici les forces du département en 1989. J'inscris mon action dans la continuité. Dans ce bilan, je ne constate pas à vrai dire de faiblesses majeures... mais j'ai la volonté d’accélérer le développement économique, d'amplifier le rythme d'investissement, de lancer des projets innovants, de renforcer l'identité du Val d'Oise... Même pour un paresseux que je suis il va vraiment falloir se mettre au travail !

Quelles ont été vos principales initiatives ?

De quelles marges d'initiative disposent réellement les exécutifs (maires, présidents) des collectivités locales? Telle est la question préalable. La liberté d'action tout d'abord est très contrainte par la situation financière. Faut-il ensuite oui ou non respecter les règles légales fixant les compétences de la collectivité locale concernée? Est-on assuré de l'accord et de la cohésion de sa majorité ? Sera-t-il possible d'obtenir le soutien politique de l'opposition ? Comment convaincre l'ensemble des partenaires de l'action publique engagée : communes et communautés, Région, État ? Comment évaluer l'impact sur la société valdoisienne? Je dois reconnaître que j'ai bénéficié tout au long de mon mandat de président, de circonstances très favorables pour lancer de nouveaux projets et initiatives. La majorité UVO a été loyale et cohérente et m'a fait confiance. Tous les vice-présidents ont été dynamiques. Le dialogue avec l'opposition a été sauvegardé et s'est révélé très constructif. Avec Gérard Claudel, premier vice-président, le bon sens, le réalisme, la ville et la campagne étaient alliés pour faire aboutir les projets.

Je citerai 7 domaines principaux d'initiatives ou d'intensification de notre action :

- renforcer l'identité du Val d'Oise par un effort de communication populaire ;

- devenir un acteur majeur du développement universitaire du Val d'Oise, ceci en allant au-delà de nos compétences ;

-renforcer l'unité territoriale et la mobilité en développant le réseau routier au-delà de nos compétences (routes nationales, liaison Cergy-Roissy) ;

- amorcer, à l'occasion de l'« année thématique » environnement, une politique de développement durable ;

- être le partenaire majeur de la création du P.N.R du Vexin ;

- participer de manier spécifique et contractuelle à la politique de la ville ;

- intensifier notre soutien aux grands pôles culturels (Royaumont) et lancer le parcours spectacle impressionnisme du château d’Auvers.

Continuez-vous aujourd’hui à vous intéresser au Val d’Oise ?

Je réside en Région Nouvelle Aquitaine; j'ai cessé toutes activités professionnelles et bien évidemment politiques. Je veille strictement à ne pas interférer dans la gestion des affaires locales. Je reste cependant un citoyen informé et engagé dans le débat républicain et je dialogue avec tous ceux qui le souhaitent. J'ai maintenu quelques amitiés et relations avec les responsables ou animateurs de diverses associations : Royaumont, Société Historique de Pontoise et du Val d’Oise, Amis du Vexin... Je participe assez fréquemment, comme ce jour à des travaux de mémoire et d'histoire sur la Ville Nouvelle, la Direction de l'Architecture, la conception et la réalisation du Muse d’Orsay.

Comment avez-vous vu évoluer le Val d’Oise depuis une quinzaine d’années ?

Il ne m'appartient pas d’évaluer l'action de mes successeurs (F. Scellier, Didier

Arnal, Arnaud Bazin) au cours de ces quinze dernières années. Je voudrais plutôt évoquer la force, la continuité, la capacité de résistance et d'adaptation de l'institution départementale. Par l’expérience de ses élus, par leur modération, en maintenant un dialogue républicain, l’assemblée départementale a conforté l'institution, elle a tiré le meilleur des alternances et renouvellements politiques qui sont intervenus au cours de cette période. Comme l'ensemble des Départements, le Val d'Oise a surmonté de graves difficultés financières dues à la crise économique et aux restrictions budgétaires de l’État; il a fait face à l'aggravation des charges sociales et notamment du RSA; il a consenti un haut niveau d'investissement; une coopération étroite a été maintenue entre le Département et les communes ou communautés.

J'ai été particulièrement sensible à la continuité de l'effort financier pour le développement universitaire et culturel, domaines, qui vous le savez, me tiennent particulièrement à cœur. La période 2011-2017 a été cruciale pour l'avenir des départements et du Val d'Oise.

L'existence même de l'institution départementale a été remise en cause et ceux-ci menacés de disparition. Le Val d'Oise devait par ailleurs se battre pour trouver sa place dans les nouvelles instances et projets du Grand Paris. Le combat est loin d’être terminé. J'ai suivi cela avec attention notamment par le magazine Val d'Oise. J'ai apprécié la force de conviction et d'action du Président Arnaud Bazin dans ce débat essentiel .J'ai noté sa participation volontaire et active dans ce combat engagé de manière concertée par l'Assemblée des Départements de France, désormais sous l'impulsion de mon ami Dominique Bussereau.

Que pensez-vous des réformes territoriales récentes ou en cours ?

Je répondrai plutôt en qualité de citoyen attaché au fonctionnement de nos institutions républicaines, en tant que juriste certes, spécialisé dans le droit des collectivités locales et de l’aménagement, mais surtout en tant que praticien formé par l’expérience des divers mandats représentatifs ou exécutifs exercés : maire, conseiller communautaire, conseiller général, conseiller régional, député, sénateur... La Ville Nouvelle m'a certes formé aux solutions innovantes et je pense avoir persévéré ensuite dans cette voie. Mais, aux yeux de la presse et sans doute de la majorité aujourd’hui de nos concitoyens, j'ai conscience d’être un représentant de « l’ancien monde » et l'exemple typique des cumuls contestables et de durée excessive !

Je suis attristé par l'abstention électorale croissante, la contestation de la démocratie républicaine et représentative, l'ignorance civique et médiatique des institutions locales, la faiblesse des idéaux de décentralisation. Pour transformer un monde qui évolue sans cesse à un rythme plus rapide il faut adapter notre action publique, il faut reformer, il faut innover... En marche les vieux bougons nostalgiques !

La dernière réforme institutionnelle dite loi « Notre » doit être révisée. La remise en cause périodique, médiatique et populiste des Départements, la proposition de leur suppression, doit être définitivement abandonnée. Il faut renforcer le droit à l’expérimentation. Les modes de partenariat et coopération entre institutions devraient être requalifiés pour réactiver les différentes politiques économiques, sociales, éducatives et culturelles. Je ne suis pas favorable au « cantonnement », à la spécialisation, des départements dans le domaine social. On attend toujours la réforme de la fiscalité locale départementale. On attend toujours la mise en place effective du plan national pour la « dépendance ».

A quels défis les élus sont-ils aujourd’hui confrontés?

Certains se lancent dans l'action publique, locale ou nationale, en niant les réalités et les contraintes, ou bien en voulant les dépasser par l'utopie, ou par une action autoritaire ou bien leur action est paralysée par le pessimisme et l'immobilisme...

L’aménagement, l'institution, la gestion et le développement global de la Ville Nouvelle, comme l'exercice des fonctions de maire, ont été pour moi, et pour beaucoup d'entre nous, une excellente école de formation à l'action publique, à l'analyse des contraintes, à l’appréhension des réalités, à l'action concertée et démocratique avec l'objectif du bien commun, de l’intérêt général, ce qui exige une constante transformations de la société, des réalités économiques, culturelles, sociales, urbaines....

Je parlerai des défis majeurs auxquels, à mon sens, est confronté le Val d’Oise. Je le fais à titre de réflexion et pour contribuer au débat, sans vouloir définir des orientations ou des priorités, ce qui n'est plus mon rôle.

Le premier défi est de démocratie locale: informer, concerter l'action publique avec les associations, les citoyens, intensifier le sens du vivre ensemble en Val d'Oise.

Le deuxième est d’intégration urbaine par l'action publique locale, éducative, culturelle et sociale. Le département exerce des responsabilités majeures dans ce domaine.

Le troisième est de renforcer les conditions favorables et chances de développement économique de l'ensemble du territoire valdoisien par un effort accru d'investissement pour la mobilité, le numérique...

Le quatrième est de poursuivre le développement universitaire.

Le cinquième est de conjuguer l'action de l’État et du Conseil départemental pour renforcer la qualité éducative au niveau décisif du collège.

Le sixième serait, comme cela est la tradition déjà en Val d'Oise, l'actualisation constante des plans d'action sociale : enfance, handicapés, vieillesse, dépendance.

A l’évidence les contraintes humaines, financières resteront très fortes et limiteront la liberté de l'action publique des départements ceci tout particulièrement en Région

Parisienne. J'exprime de très graves inquiétudes sur la manière dont a été engagé le projet et l'organisation du Grand Paris. Ceci doit être clarifié au plus vite. Je sais combien la Présidente Marie-Christine Cavecchi s'est engagée avec conviction et énergie dans ce combat pour donner au Val d'Oise toute sa place qui doit légitimement lui revenir. J'ai confiance dans l'avenir du Val d'Oise. Je reste du côté des « optimistes actifs » et je soutiens l'action dynamique des élus du Val d'Oise.

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