L’innovation dans les Départements

Publié le 15/03/2018
Valérie Simonet, Présidente du Département de la Creuse et Gérard Seimbille, Vice-Président du Département du Val d’Oise, délégué aux Finances, à l’Administration générale et à l’Innovation dialoguent à propos de l’innovation.



La Creuse et le Val d’Oise sont des Départements différents à bien des égards. Le premier est quatre à cinq fois plus grand que le second mais beaucoup moins peuplé.
Pourtant, ils partagent une même analyse de leurs actions et une même ambition d’y introduire de nouvelles méthodes pour apporter aux habitants des services publics adaptés aux besoins et aux techniques du XXIe siècle.

Pourquoi est-il nécessaire de transformer l'action publique ?

Gérard Seimbille : Le monde change et les attentes de nos concitoyens à l’égard de leurs services publics évoluent. En tant qu’élus locaux, nous avons le bénéfice de la proximité pour être à leur écoute, alors saisissons-la ! Notre collectivité a aujourd’hui l’ardente nécessité de se poser la question de la qualité des services qu’elle rend aux valdoisiens. Nous devons répondre à leur exigence d’efficacité, de transparence et de rapidité, et adapter nos dispositifs et nos processus de travail en conséquence. C’est une dynamique d’amélioration continue que nous avons engagé, avec, pour acteurs principaux, nos concitoyens et les collaborateurs du Conseil départemental, avec qui et pour qui nous devons relever le défi de la transformation de nos politiques publiques. Nous devons aussi considérer les contraintes qui pèsent sur le budget départemental : ces améliorations, ces progrès, nous devons les atteindre sans engager de dépenses supplémentaires !

Y a-t-il une différence pour la mettre en œuvre dans « l’hyper-ruralité » ? Valérie Simonet

Valérie Simonet : L’enjeu majeur pour nous, en Creuse, est de retrouver un dynamisme démographique et économique. Innover, cela semble faire appel à des méthodes moins conventionnelles, qui demandent de nouveaux formats, plus souples, qui s’adaptent plus aisément à l’écosystème local. Un département rural est souvent très homogène, et caractérisé par une densité démographique basse. Ainsi, tout fonctionne en réseau, tout le monde se connait. Les échanges, les partenariats, sont d’autant plus facilités. Amener de l’innovation dans la déclinaison de politiques publiques, souvent co-construites, devient un nouveau mode de « faire ensemble, avec plus d’intelligence ». Nous sommes en train de diffuser ces idées et pratiques, progressivement ; cela recueille l’assentiment progressif des élus, déjà bien au-delà de mes attentes.

Quels chantiers avez-vous engagés ?

Gérard Seimbille : Depuis 2011, l’Assemblée départementale a initié des chantiers ambitieux, pour lesquels elle a souhaité renouveler les méthodes habituelles de travail, plus collaboratives, où Valdoisiens et agents sont les premiers concepteurs. La Maison départementale des personnes handicapées a été le premier chantier à en bénéficier : le bâtiment ouvert en 2014 offre un accueil bien plus adapté, avec une prise en charge individualisée plus rapide, et même si beaucoup reste à faire, les délais de traitement des dossiers ont diminué de près d’un tiers entre 2011 et 2016, alors même que les demandes continuaient à affluer (+29%). D’autres projets ont suivi, sur la santé des jeunes - qui a permis d’initier le rappel des rendez-vous par SMS, avec un impact important sur la présence aux rendez-vous médicaux-, sur l’accompagnement des bénéficiaires du R.S.A ou encore sur la réduction du gaspillage alimentaire dans les restaurants scolaires : nous avons réduit de 25% le gaspillage de pain lors d’une expérimentation sur deux collèges. Imaginez, à l’échelle des 111 collèges ! Plus récemment, ce sont de nouvelles solutions de mobilité pour les habitants du Vexin qui sont actuellement testées.

Présentez-nous le Projet pour la Creuse

Valérie Simonet : « L@ Creuse 2.0\23 » est la proposition que nous avons remise au Préfet, dont l’ambition d’ensemble est de créer un nouveau modèle pour la ruralité en rompant avec une certaine vision du passé. La proposition du Président de la République est de faire de notre département un laboratoire expérimental pour les territoires hyper-ruraux. C’est assez enthousiasmant pour, enfin, sortir des vieux clichés, et s’engager pour inventer les routes et les collèges du futur, les services de demain, innovants et connectés. Investir et s’investir deviennent deux piliers corrélés, entre acteurs publics et citoyens-usagers. La coopération est le pivot de notre démarche : des lieux, des missions et des moyens financiers fléchés sur des projets structurants et ambitieux. Cet objectif, nous allons le décliner dans la création d’un laboratoire d’innovation publique, fondé sur une gouvernance partagée. Loin de l’effet de mode, celui-ci devra être à l’image de la Creuse et de ses habitants. Nous souhaitons aussi intégrer dans ce laboratoire un projet de recherche sur l’innovation dans les territoires hyper-ruraux. Voilà comment nous déclinons une vision prospective modélisable, des politiques publiques pour l’hyper-ruralité.

A quelles conditions l’action publique peut-elle se transformer durablement ? Gérard Seimbille : Notre expérience montre que l’amélioration de services demande d’innover dans la manière de concevoir nos actions. C’est un réel changement de culture. Et cela demande d’accompagner les changements de pratiques professionnelles là où ils sont nécessaires, notamment en formant nos collaborateurs. Le Conseil départemental s’est d’ailleurs doté d’un cursus de formation interne en ce sens, qui met l’accent sur l’empathie, l’observation, l’écoute, l’excellence opérationnelle, la mesure des impacts et de l’efficacité. A ce jour plus d’une cinquantaine de cadres sont formés. Mais nous ne pourrons pas faire seuls ! Le Val d’Oise est aujourd’hui reconnu au niveau national pour la dynamique d’innovation qu’il a engagée. Il faut qu’elle se diffuse progressivement dans les territoires du Val d’Oise, et au-delà. C’est pourquoi nous continuons à partager notre expérience, en organisant chaque année une journée intitulée « Futurs composés – Réinventer les services aux publics », en publiant des livres, en réalisant un MOOC dédié à l’innovation publique et au design, un cours en ligne accessible à tous et gratuit, qui a séduit déjà plus d’un millier d’inscrits.

Valérie Simonet : Je suis parfaitement en accord avec cette vision. Il en va d’un changement de culture et de posture de l’administration publique. L’évaluation et le partage d’expériences sont également indispensables. Les actions mises en œuvre par le Département du Val d’Oise sont, à ce titre, exemplaires. L’accent doit être mis sur le management de l’innovation dans nos organisations. Le droit à l’erreur doit être reconnu et la créativité des agents libérée et encouragée. Il faut se donner les moyens de créer ces espaces de « dérivation » bienveillants, et les protéger, car ils sont, par essence, fragiles. Enfin, pour emporter l’adhésion du plus grand nombre, il faut dépasser les effets de communication et apporter les « preuves du concept », par des résultats immédiats et visibles. En somme, convaincre ! A commencer par les premiers garants de cette transformation durable, nous, les élus...

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