Statues de Baillet : un vrai roman

Publié le 29/12/2017
La découverte archéologique de statues soviétiques des années 30 dans la glacière du château de Baillet-en-France est devenue un roman sous la plume d’Isabelle Joz-Roland : "Des héros sortis du froid".

Isabelle Joz-Roland aime s’emparer de personnages historiques et de la trame authentique des événements de leur temps, toujours choisi intense sinon dramatique. Mais pour raconter leurs aventures, elle préfère Voir l'image en grandla forme romanesque.

Elle avait d’abord traité la période de la Révolution française dans Tempête sur Royaumont en suivant le marquis de Travanet, celui-là qui transforma l’abbaye de Royaumont en filature, ou Sophie Arnoult, Une femme libre. Mais ses derniers romans lui ont fait aborder le XXe siècle, les années 30 et la Seconde Guerre mondiale avec L’Esquisse d’un rêve 1936 (2012) et Quand les blés sont sous la grêle (2014) dont le titre, tiré du célèbre poème d’Aragon La Rose et le Réséda, renvoie déjà à cette époque.

Isabelle Joz-Roland ne pouvait donc passer à côté de la découverte, médiatisée internationalement à partir de 2009, de statues modernes en ciment, à Baillet-en-France dans un diagnostic archéologique conduit par François Gentili, de l’Inrap.

« Qu’est-ce qu’ils font là ? lui demanda Alain.

- Je n’en sais rien.

- Pourquoi sont-ils cachés dans une glacière du XVIIe siècle ? rétorqua Alain.

- C’est quand même une histoire bizarre, on a complétement oublié l’existence de ces statues. Pourquoi les a-t-on détruites et a-t-on caché les morceaux dans cette glacière ? C’est une découverte bizarre que nous venons de faire. »

Si le premier chapitre se passe à Baillet en 2004 et le dernier à Guiry-en-Vexin, au musée archéologique en 2011 où les statues sont désormais exposées, la plus grande partie du roman est consacrée aux années 30 et 40 à travers le destin de militants ouvriers engagés dans la lutte. C’est pourquoi sont évoqués au passage les exécutions de Châteaubriant en 1941 ou le maquis de Ronquerolles en 1944. Des héros sortis du froid est aussi une grande fresque historique.

Voir l'image en grand cdvoAvant de rejoindre Guiry, les statues ont eu les honneurs de la Cité de la Musique, à Paris en 2010. « Digne représentant de l’art réaliste, il [statue du violoniste] est allongé dans le sable noir, comme le survivant d’un épisode volcanique ou d’une explosion atomique. Son visage est inspiré, mais de son instrument ne sort aucun son. Il était le musicien, celui qui avait joué pour le peuple. Il était le violoniste du concert égalitaire sans chef de Prokofiev, de l’utopie d’un monde égalitaire (…) Aujourd’hui, il est à terre, abattu par les espoirs déçus, écrasé par la terreur stalinienne. Utopie à jamais perdue. »

C’est tout le talent d’alchimiste d’Isabelle Joz-Roland. Elle a pris de morceaux de ciment et y a retrouvé l’espoir des générations d’hier. Un impossible rêve.

Isabelle Joz-Roland : Des héros sortis du froid, Val d’Oise éditions

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