Rencontre avec Vanessa Gladone

Publié le 04/01/2016
« Donner du bonheur aux gens » : à l’heure des bonnes résolutions pour 2016, telle est la belle devise de cette championne d’athlétisme qui dialogue avec Marie-Evelyne Christin, vice-présidente du Conseil départemental, sur le sport au féminin dans votre magazine de janvier. Les propos lucides de Vanessa Gladone, qui conserve un mental d’athlète de haut niveau, traduisent aussi son énergie communicative. Au jeu du portrait chinois, elle incarnerait volontiers Xena la guerrière. Une rencontre roborative pour bien commencer l'année.

rencontre avec Vanessa GladoneVoir l'image en grandOriginaire de Martinique, championne de France de la longueur et du triple saut la même année, Vanessa Gladone a été médaillée d'or et d'argent aux Jeux de la Francophonie. Depuis 2012, elle intervient comme journaliste et animatrice, réalisatrice et conceptrice de programmes. Elle anime actuellement « Femmes de sport » de la chaine Demain ! diffusé à l'échelle nationale par le réseau des télés locales ; la seule émission consacrée au sport féminin.

En France, les femmes sont 37 % du total des licenciés ; comment analysez-vous cette différence ?

Vanessa Gladone : Ce qui m'intéresse c'est de savoir pourquoi les femmes ne font pas plus de sport, comment elles sont socialement conditionnées. Si les chiffres sont trop faibles, il ne faut pas rejeter la responsabilité sur l'Etat ou les instances sportives. C'est à nous citoyen(ne)s, hommes comme femmes, d'affirmer la place de la femme dans la société ce qui inclut l'accomplissement de ses envies, par exemple de pratique sportive. C'est d'abord à nous de renvoyer une image différente de la femme et de faire évoluer la société. Pour moi, ça sera le jour où je ne m'émerveillerai plus de voir un père faire les courses tout seul avec ses enfants. Et que sa femme fera peut-être du sport pendant ce temps-là, à l'inverse de ce qui se passe actuellement.

Le sport féminin représente moins de 10 % des retransmissions télé. Alors la faute aux medias ?

Les hommes courent plus vite et tapent plus fort, le sport masculin restera toujours plus spectaculaire. Mais les medias valorisent toutes les performances, aussi bien celles des femmes que celles des hommes. Qui connaissait le 10 km de nage en eau libre avant la médaille d'or d'Aurélie Muller l'année dernière ? En tennis, à l'époque de leurs meilleures performances, Amélie Mauresmo ou Marion Bartoli avaient surement plus de notoriété que les garçons. Les performances de Marie-Jo Pérec ont amené vers le sport des sponsors qui ne s'y intéressaient pas jusque-là. En septembre, à la première de Femmes de sport, j'ai invité Laura Georges, cadre d'une équipe de France de football de plus en plus reconnue. A côté des grands medias, il y a les réseaux sociaux et tous les canaux d'Internet. J'encourage par exemple le blog Toutes en basket de deux filles de l'EFCVO, Laurina et Elsa.

Votre carrière dans les medias est-elle une volonté de promouvoir le sport féminin ?

Quand j'étais athlète, j'ai éprouvé une grande satisfaction à entendre que je donnais du bonheur aux gens. Je me suis demandé comment je pourrais le faire ensuite pour un grand nombre en même temps ; c'est pour ça que j'ai choisi les medias. J'anime des émissions de sport ou je défends le sport ultramarin parce je connais très bien ce milieu mais je ne voudrais pas y être cloisonnée. En France on est vite cataloguée. Que je crée un programme sur la mode, une émission « Belle à l'intérieur comme à l'extérieur », ça étonne tout le monde mais j'étais aussi mannequin au début de ma carrière sportive.

Le passage de la piste aux plateaux a-t-il été facile ?

Il en donnait l'impression puisque quelques semaines après la fin de ma carrière je commentais les JO de Londres en direct à la télé. Mais on n'a pas conscience du traumatisme que vivent les athlètes dans leur reconversion. Les portes du monde précédent se referment, celles de la Fédération par exemple, et personne de ce monde-là ne s'inquiète de savoir comment se passe la suite. Pour ma part, j'ai eu l'impression de me retrouver jetée en pleine mer, sans bouée, sans savoir nager, et même pas avec la direction de la côte.

Pourquoi un tel bouleversement ?

Durant notre carrière, le quotidien n'est fait que de sport, jusqu'à l'obsession : entraînement, compétition, alimentation, loisirs. Le seul horizon est celui de la compétition suivante. Moi, j'étais d'autant plus incapable de prévoir l'avenir que j'étais persuadée de mourir si je ne participais pas aux JO.Et on se retrouve à 30 ans avec un CV qui manque de l'essentiel pour un employeur : l'expérience professionnelle. 0 année d'expérience et pas de relationnel dans le milieu qu'on vise, c'est rédhibitoire.

Le Conseil départemental prévoit des rencontres régulières, pour faire un point très large, avec les sportifs de haut niveau à qui il attribue des bourses. Cela vous semble-t-il pertinent ?

C'est très important ! Plus que le soutien financier. C'est une chose qui m'a manqué dans ma carrière comme à beaucoup d'autres car votre dispositif est rare. Au temps où j'étais licenciée à Val-de-Reuil, il y avait des remises de trophées ou autres manifestations collectives mais pas de suivi individuel. Même si on voit des élus et beaucoup de gens durant les compétitions, on est trop concentré pour échanger vraiment. On ne profite même pas des relations de cette période pour se constituer un réseau qui serait utile à la reconversion. Au-delà de la carrière, il ne faut pas lâcher les athlètes car les besoins sont encore plus grands.

Peut-on généraliser votre expérience ?

Si on met de côté une poignée de vedettes médiatiques comme Teddy Riner ou Renaud Lavillenie, tous les athlètes sont concernés. Il faut distinguer reconversion professionnelle et « reconversion psychologique ». A la première, les athlètes pensent toujours un peu. Mais à la reconversion psychologique personne n'est préparé. La vague de 4 mètres, on la prend sur la tête. Richard Dacoury dit qu'il a mis 7 ans à s'en sortir et avec un grand soutien familial. Au CHU de Bordeaux, il y a maintenant une cellule spécialisée dans ce domaine. Pouvez-vous croire qu'une athlète médaillée aux championnats du Monde et après 2 JO, Pékin et Londres, soit aujourd'hui au RSA ? J'écris beaucoup de programmes courts, de documentaires. Je me bats pour réaliser un documentaire sur le « deuil » de la carrière par les athlètes et les difficultés qu'il engendre.

Je serai toujours athlète avant d'être journaliste ; si physiquement je ne le suis plus, mentalement je le reste ; la résistance à l'effort ça aide quand on se lève tous les matins pour briser des portes.

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