Le Très Haut Débit change la vie

Publié le 15/09/2017
Pour votre magazine de septembre, Pierre-Edouard Eon, Conseiller départemental délégué au Numérique, Président du syndicat Val d’Oise Numérique, et Olivier Huart, Président Directeur Général de TDF ont dialogué.
En attribuant en début d’année la délégation de service public (DSP) à TDF pour le déploiement de la fibre optique dans la zone Vortex, soit 116 communes, le Conseil départemental et le syndicat Val d’Oise Numérique ont fait un choix audacieux car c’était le premier appel d’offres remporté par TDF. Mais une audace mesurée, tant l’opérateur historique de la diffusion maîtrise déjà la technologie de la fibre et la réalisation de grands projets.

Quelle importance donnez-vous au Très Haut Débit ?

Olivier Huart : La fibre permet l’accès à la technologie de demain. C’est une technologie très robuste, avec une capacité infinie.

Le plan national Très Haut Débit est un moment important pour construire la France de demain. Tout se joue dans les 24 mois. C’est donc très important pour TDF de s’inscrire dans cette démarche.

Le plan Très Haut Débit est ambitieux pour la France ; il était nécessaire car en termes d’infrastructures d’accès à internet la France était 26e sur 28 en Europe. La France s’était d’abord focalisée sur les zones les plus denses mais 80 % de la population restait à desservir. D’où le plan Très Haut Débit qui a l’ambition de couvrir l’ensemble du territoire, en distinguant les zones laissées à l’initiative privée à travers l’AMII (Appel à Manifestation d'Intention d'Investissement) et les RIP (Réseaux d’Initiative Publique) qui mixent des financements publics et privés.

A l’horizon 2022, 80 à 90 % de la population française sera raccordable. Et là, la France sera passée dans le peloton de tête. Voir l'image en grand

TDF était connu comme diffuseur, quelle place la fibre vient-elle occuper ?

O. H. : La diffusion reste une activité majeure du groupe TDF. Nous sommes N° 1 de la diffusion audiovisuelle en Europe. C’est le D de TDF dont les trois initiales résument parfaitement les trois secteurs que nous développons : télécoms, diffusion et fibre. Il est vrai que notre programme d’investissement dans la fibre n’a qu’un an et la phase concrète de réalisation intervient avec la décision du Conseil départemental du Val d’Oise.

Mais TDF maitrise la technologie de la fibre, maitrise la réalisation de grands projets et maitrise les relations avec les collectivités territoriales. Nous avions donc des arguments solides. Nous avons su écouter le Département et faire évoluer notre offre pour traduire ses demandes en termes opérationnel, économique, et sociétal afin que l’ensemble des Valdoisiens puissent avoir accès à la modernité.

C’était le premier réseau d’initiative publique (RIP) que nous remportions. Depuis, les Yvelines nous ont également attribué leur réseau. Notre ambition est fixée à l’installation d’1 million de prises raccordables. Le Val d’Oise et les Yvelines réunis représentent déjà 20% de cet objectif.

Comment le déploiement s’est-il fait dans le Val d’Oise ?

Pierre-Edouard Eon : Le Conseil départemental a lui aussi développé une véritable expertise dans le déploiement de la fibre optique. Cela avait commencé avec Debitex, un réseau public à cheval sur le Val d’Oise et la Seine-Saint-Denis, avec 36 000 foyers à raccorder sur notre territoire. Puis nous avons été très attentifs à l’activité des opérateurs privés, Orange et SFR, dans les zones denses. J’en veux pour preuve le fait que le Val d’Oise est le seul département francilien à avoir signé des conventions avec ces opérateurs. Il restait les zones moins peuplées à équiper, moins intéressantes pour les opérateurs. D’où une nouvelle zone d’initiative publique, que nous appelons Vortex, et qui est l’objet de la délégation à TDF pour un achèvement complet en 2019.

En quoi consiste la délégation confiée par le Département ?

O. H. : Notre engagement est d’installer 85 000 prises, dont un millier d’entreprises et 300 sites publics sur 116 communes. La DSP est accordée pour une période de 25 ans à l’issue de laquelle le réseau reviendra au syndicat Val d’Oise Numérique. Nous avons vocation à déployer une infrastructure de façon tout à fait neutre, sans favoriser un canal de vente plutôt qu’un autre. Les Valdoisiens auront le choix au final entre de gros FAI (fournisseurs d’accès internet) comme Bouygues, Free, SFR, Orange ou des plus petits, comme par exemple Coriolis, Adista ou Vitis.

Le RIP est conçu pour absorber la densification de population à venir. Son architecture tient compte des évolutions connues par les communes pour les dix ans à venir, et aussi de celles qui pourraient advenir pour les dix ans suivants.

P.-E.E. : Nous proposons une solution supérieure à celle des opérateurs privés dans les zones denses. Pour les entreprises et les administrations c’est plus large car l’offre ftte [fibre jusqu’à l’entreprise] n’y est pas proposée. Concrètement, ça permettra aux entreprises de bénéficier d’un débit pouvant aller jusqu’à 1 giga pour un coût bien moins onéreux que dans d’autres territoires. Or dans les zones rurales à couvrir, comme le Vexin, on trouve plutôt des petites entreprises qui ont des budgets modestes à consacrer au THD. L’offre de Val d’Oise Fibre, société délégataire créée par TDF permettra de les accompagner. Dans la zone Vortex, on va diviser par 10 ou 20 les frais d’accès au service pour un collège.

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La fibre, c’est donc bon pour l’économie valdoisienne

O. H. : Pour déployer la fibre sur des centaines de kilomètres, nous avons recours à des entreprises valdoisiennes en nombre significatif. Nous abondons également un fonds fixé à 6,5 millions d’euros dédié au développement des usages, aux actions d'insertion et de formation. Les clauses d’insertion sur les chantiers prévoient que 40 000 heures de travail seront réservées à des actions d’insertion dont 15000 heures en formation.

Enfin, nous avions convenu que notre Centre technique national Réseaux et Fibres serait installé sur le territoire de la première collectivité à nous confier un RIP. Ce sera donc dans le Val d’Oise.

P.-E.E. : Vortex, c’est près de 100 millions d’euros d’investissements, dont seulement 15 millions de financements publics.

Dans la perspective des formations aux métiers de la fibre, le Département rénove la Segpa (section d'enseignement général et professionnel adapté) d’Ecouen. Ça représente 1 000 m² et un budget de 2 millions d’euros pour la rénovation et 1,5 million pour l’équipement des plateaux. On y installera deux plateaux fibre, un pour les compteurs intelligents, un pour la gestion d’énergie… Concernant la fibre, le plateau technique serait la propriété du syndicat Val d’Oise numérique, cofinancé par le fonds que Monsieur Huart vient de nommer. Nous confierons la gestion à unorganisme de formation permanente. A l’issue des différentes étapes de la formation, les personnes reçoivent un diplôme qui atteste de leur niveau.

Dans les quelques départements où des formations équivalentes existent, 9 personnes sur 10 débouchent sur un emploi durable dans ce secteur en tension. Notre département a une démarche particulière car il cible sur l’insertion. Nous visons à former une centaine de personnes par an.

Bref, Vortex cumule les avantages

P.-E.E. : Notre schéma directeur d’aménagement numérique du Val d’Oise a d’abord été mis en place pour lutter contre la fracture numérique. Le risque était que les zones les moins peuplées du territoire soient les oubliées de la fibre.

Vortex est un réseau dont le déploiement sera plus rapide que dans les zones denses, qui donne la garantie de traiter tous les locaux -dans les zones AMII, les villes sont réputées terminées même si 5% des locaux ne sont pas traités -, et enfin avec une qualité de service supérieure parce que les opérateurs seront plus nombreux.

Pour les particuliers, la révolution c’est que tout le monde est traité à égalité et avec la certitude d’être raccordé dans un délai connu.

O. H. : L’aménagement numérique du Val d’Oise montre que l’on peut introduire de la concurrence en garantissant un : une sorte de monopole sur l’infrastructure, deux : une concurrence sur les services. Les usagers seront les gagnants de cette formule.

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Quels sont les autres grands projets numériques dans le Val d’Oise ?

P.-E.E. : Je citerai les deux principaux : un réseau sécurisé réservé aux collèges et lycées valdoisiens - on dit un GFU, groupe fermé d’utilisateurs - pour développer l’e-éducation ; une plateforme publique régionale avec un data center pour stocker les données, et même un green date center pour tenir compte des questions environnementales que nous voulons installer dans l’ancienne centrale EDF de Champagne-sur-Oise.

O. H. : TDF est également acteur du stockage de données ; nous gérons 4 proxicenters. Nous avons fait le choix de la proximité car beaucoup de structures sont méfiantes vis-à-vis du « cloud ». Elles aiment savoir très précisément où se trouvent leurs données. La proximité, c’est notre ADN.

Rien ne vaut l’investissement dans le savoir et l’éducation. L’accès au THD est très important pour les élèves également. Mais au-delà, la fibre est un vecteur de services et d’attractivité important pour le territoire. Par nos compétences et notre relation privilégiée avec le Département, nous allons pouvoir accompagner les collectivités dans le déploiement de la fibre pour apporter le Très Haut Débit pour tous, partout, sur les sites publics, dans les parcs… et ainsi contribuer à faire émerger des services qui restent encore à inventer.

Dans combien de temps ces projets pourront-ils voir le jour ?

P.-E.E. : Ils sont évidemment liés au déploiement de la fibre sur l’ensemble du territoire mais ils peuvent se concrétiser à l’horizon 2018. Le 6 juillet dernier, nous avons signé avec EDF et la Préfecture du Val d'Oise une charte de coopération pour le développement économique du site EDF de Champagne-sur-Oise en y associant huit autres acteurs du territoire.

Cet ancien site industriel de 73 hectares a une position stratégique. Trois filières, également stratégiques dans l’économie francilienne prioritaires assureront sa reconversion : le développement d’infrastructures de très haut débit et de traitement de l’information ; le recyclage et la valorisation des déchets; la production d’énergie.

En ce qui concerne le datacenter communautaire régional et sa plateforme publique de services numériques, plusieurs acteurs majeurs ont rejoint notre initiative.L'Université de Cergy-Pontoise, la Région Ile-de-France, Val d'Oise Numérique, l'École Internationale des Sciences du Traitement de l'Information ou encore l'Agence Régionale de Santé pourrait ainsi s'installer dans la future « usine d'énergie connectée ».

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