Pas de territoire dynamique sans entreprises

Publié le 10/11/2016
Pour votre magazine, Pierre Gattaz, le président du MEDEF, et Philippe Sueur, le vice-président du Conseil départemental délégué au Développement économique et à l'Emploi, ont débattu des rapports entre les entreprises et les institutions.

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Avec 17500 entreprises inscrites au répertoire des métiers en 2016, le Val d’Oise dispose d’une force économique majeure qu’il faut savoir préserver et développer. Les élus locaux sont les partenaires quotidiens des chefs d’entreprises. Comment les attentes de ceux-ci sont-elles comprises et peuvent-elles être mise en œuvre par ceux-là ? Le président du MEDEF, principal représentant des entreprises, et le vice-président du Conseil départemental délégué au Développement économique et à l’Emploi en débattent.

Dans votre discours d’investiture en 2013, Monsieur Gattaz, vous disiez : « notre capacité à mobiliser sur le terrain au plus près des élus est indispensable ». Pourquoi les élus devraient-ils mieux connaitre l’entreprise ?

Pierre Gattaz : Les élus, qui votent et/ou inspirent les projets de loi, sont les mieux placés pour plaider et défendre la cause des entreprises. Ils sont très directement responsables du développement des entreprises à travers la fiscalité locale et la politique d’investissement, deux leviers de compétitivité. Mais surtout, les élus peuvent (ou non), instaurer un climat de confiance favorable aux entrepreneurs. En règle générale je pense que les élus, et notre élite en général, devraient faire un stage en entreprise afin de mieux en connaitre les fondamentaux.

Philippe Sueur : Si les Départements et les autres collectivités territoriales sont autant mobilisés contre le désengagement de l’Etat, c’est justement parce qu’il réduit beaucoup nos capacités d’investissement dont vous relevez l’importance. Quant au « climat de confiance », nous y contribuons en développant ce que nous appelons des écosystèmes, c’est-à-dire le rapprochement des entreprises de même filière dans les pôles de compétitivité, ou des clusters, leur croisement avec les laboratoires universitaires et les chercheurs. C’est bon pour tout le monde.

Avez-vous un avis sur les réformes territoriales successives ?

P. G. : Les réformes territoriales successives se sont traduites par une multiplication des échelons territoriaux et des compétences avec à la clé une augmentation significative du personnel en charge de leur fonctionnement et une explosion des dépenses. Les collectivités territoriales doivent être au plus près des entreprises, c’est un facteur déterminant pour leur attractivité et leur activité économique. Il faut renforcer la proximité et améliorer le terreau des entreprises avec une fiscalité ad hoc et réfléchir avec elles aux moyens de développer l’attractivité du territoire, aux investissements nécessaires pour cela.

P. S. :L’échelon départemental reste indispensable.Je suis en permanence en contact avec des chefs d’entreprises. Cette proximité est une nécessité pour tous les élus. Une connaissance exacte du territoire permet de décider à bon escient. Dès 1973, le Département avait créé un comité économique, le CEEVO, pour accompagner les petites et moyennes entreprises dans leur développement et favoriser la création d’emplois. Nous pensons que la Loi NOTRe, réduisant la compétence départementale, va à l’encontre des besoins des entreprises même si nous conservons certains moyens d’actions.

Quelle importance accordez-vous à l’apprentissage et à la formation ?

P. G. Dans une économie de la connaissance, avec l’accélération des cycles et des progrès technologiques, la formation doit être la priorité des priorités. La révolution numérique va entrainer une requalification des compétences. Tout ce qui peut être automatisé, numérisé - les métiers répétitifs, les postes les moins qualifiés, les tâches pénibles – va disparaître au profit de nouvelles qualifications et de nouveaux métiers. La formation continue est l’instrument indispensable pour accompagner ces mutations irréversibles. Il est impératif de donner au salarié toutes les possibilités de développer les compétences en lien avec son activité immédiate mais aussi de lui permettre de les enrichir, de les renouveler afin de le préparer aux métiers à venir et lui donner la maitrise de son avenir professionnel. Quant à l’apprentissage, c’est une voie d’excellence pour accéder à l’emploi, c’est une garantie contre le chômage : 70 à 80 % des apprentis décrochent un poste à l‘issue de leur formation. Il faut absolument le dire et le redire aux jeunes et à leurs parents. Et changer de regard sur cette filière dévalorisée parce que méconnue. L’apprentissage n’est pas une voie par défaut. Au contraire ! Les métiers se sont transformés, ils exigent des compétences de plus en plus pointues et une mise à niveau permanente. Avec l’évolution des technologies numériques, les gestes, les technologies, les matériaux évoluent à une vitesse prodigieuse et nécessitent une main d’œuvre de plus en plus qualifiée.

P. S. : Les collèges, et les collégiens, relèvent de notre compétence. Nous nous sentons donc concernés par toutes les formes d’apprentissage et plus largement nous facilitons aux jeunes valdoisiens les contacts avec le monde de l’entreprise, comme dans les speed-meetings organisés en partenariat avec le MEVO. A travers tous nos dispositifs d’accompagnement social – EVA en est un exemple - nous pouvons favoriser l’accès à la formation. De même, autour du grand projet EuropaCity dans le Triangle de Gonesse, nous agissons pour que les Valdoisiens puissent occuper les emplois de demain, grâce à la formation.

Le Val d’Oise et le Japon tissent des liens économiques et d’amitié forts depuis près de 30 ans. Quel en est le résultat ?

P. S. : Les élus du Département ont eu l’initiative de contacts privilégiés avec la préfecture d’Osaka au Japon. Aujourd’hui, près de 70 entreprises japonaises sont implantées dans le Val d’Oise sur quelque 400 pour la France entière. Et la coopération s’est étendue à la culture et à l’enseignement supérieur. C’est une démonstration éclatante de vos propos initiaux, à savoir que les élus peuvent avoir une réelle efficacité pour préparer le terrain aux entreprises. Et qu’il y a d’autres leviers, d’autres critères, que la simple arithmétique fiscale.

P. G. C’est une belle histoire en effet qui doit servir d’exemple. Cela montre les effets bénéfiques d’une politique économique dynamique menée au plus près des entreprises aussi bien en termes d’attractivité du territoire que de développement des entreprises. Avec à la clé des créations d’emploi et la prospérité assurée du territoire.

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