Rencontre avec François Morel

Publié le 11/07/2016
L’invité du magazine Val d’Oise de juillet-août est valdoisien depuis 25 ans.

Comment pouvez-vous tourner avec autant de spectacles en même temps ? Est-ce une chance ou une gymnastique contraignante ?

Vous exagérez ! Je tourne trois spectacles en ce moment : La Fin du Monde est pour dimanche, Hyacinthe et Rose et La vie (titre provisoire). Je suis une petite Comédie Française à moi tout seul, je pratique l’alternance. J’ai du mal à quitter les spectacles que j’aime bien et je sens régulièrement le besoin d’en créer des nouveaux. L’exercice m’inquiète quelquefois quand je laisse un peu trop longtemps un spectacle en jachère mais globalement c’est une façon de ne pas m’endormir et de garder l’enthousiasme de jouer.

Vous avez répondu à une interview « Il m'arrive de faire du vrai avec du faux ». Vous est-il arrivé de faire du vrai avec du vrai ?

Je fais aussi du vrai avec du vrai de temps en temps mais que je mélange avec du faux. L’histoire de Hyacinthe et Rose est complètement vraie et complétement inventée. La plupart des gens se retrouvent dans Hyacinthe et Rose qui évoque une part d’enfance de chacun…

François MorelVoir l'image en grand CDVO / Neway Partners

Il n’y a pas de portrait de vous sans le qualificatif de gentil. N’est-il pas plus facile, et plus dans l’air du temps, de faire de l’humour méchant ?

Je fais l’humour dont je suis capable… Il y a une citation que j’aime bien : « La gentillesse, c’est le courage qui sourit ». Je crois qu’elle est de Jules Renard. Dans l’air du temps, j’ai l’impression, moi, qu’on a besoin d’un peu de bienveillance, d’un peu de réconfort…

Statistiquement, plus de gens connaissent donc François Morel chroniqueur que François Morel comédien. Préféreriez-vous l’inverse ?

Je n’ai pas à préférer quoi que ce soit et le public a bien le droit de réagir comme il le souhaite ! J’essaie de faire mon métier avec cœur, que je m’adresse à des centaines de spectateurs ou des millions d’auditeurs. Ce qui m’importe, c’est que les auditeurs qui deviendraient spectateurs ne soient pas déçus par ma performance scénique et reconnaissent qu’il existe une vraie cohérence entre le chroniqueur de la radio et le comédien de théâtre.

Ecrivez-vous vos spectacles et vos chroniques en pensant qu’ils vont aussi se transformer en livres ?

Les chroniques que je fais pour la radio sont très différentes de nature. Parfois, elles peuvent présenter un intérêt à l’écrit, parfois pas du tout. En général, au bout de deux ans, j’en ai un nombre suffisant pour constituer un livre. Hyacinthe et Rose a été un livre avant d’être un spectacle. Quand j’ai écrit le livre, je ne pensais pas en faire un spectacle. La Fin du Monde est pour Dimanche est sorti aux Solitaires Intempestifs après la création du spectacle…

Jérôme Garcin termine un de ses textes par « et c’est ainsi que François Morel est grand », en écho à Alexandre Vialatte. Hormis François Morel, y-a-t-il aujourd’hui des chroniqueurs de cette lignée ?

La référence de Jérôme Garcin est naturellement flatteuse même si elle n’est pas tout à fait juste. Ce qui est entendu à la radio ne peut pas être ce qui est lu dans La Montagne. Avec la famille Chedid, avec Jacques Higelin ou Juliette, en faisant les « Daechiens » avec Thomas Legrand, en tentant d’imiter Dominique Besnehard, je fais plus du spectacle que de la littérature… J’aime beaucoup mes camarades de la matinale, j’écoute aussi Laurent Gerra qui me fait souvent bien rire. Mais, j’avoue, on est assez loin de Vialatte.

Qui occupe votre panthéon littéraire ?

Mon panthéon (décousu) : Vialatte justement, Renard, Queneau, Vian, Tardieu, Francis Blanche, Marcel Aymé, Brassens… C’est peut-être de Brassens que je connais le plus grand nombre de vers mais j’ai des réminiscences de Jean Tardieu assez souvent par exemple.

Tout le monde n’avait pas compris que La vie (titre provisoire) était le titre définitif. Cela vous amuse-t-il ? Ce titre a-t-il à voir avec le livre (presque) homonyme, de Jack-Alain Léger ?

Je ne connaissais pas Ma vie (titre provisoire) de Jack-Alain Léger. Mon spectacle s’appelle La vie (titre provisoire) et m’a été soufflé par Antoine Sahler, musicien et complice. Régulièrement, dans les journaux, on indique simplement « La vie » de François Morel (qu’il ne faudrait pas confondre avec « Une vie » de Guy de Maupassant. Le premier spectacle que j’avais écrit, je vous parle de ça, c’était dans les années 80 s’appelait « Le spectacle est annulé ». Très mauvais titre. Une fois, avec Marina Tomé, ma partenaire, on est arrivé dans une ville où ils avaient installé de grands calicots avec la simple mention « Le spectacle est annulé ». On s’est dit « Merde, ils auraient pu prévenir… »

Juliette dit qu’avant vous passiez pour un comédien qui chante et que maintenant vous êtes un chanteur qui chante. La chanson prend-elle de plus en plus de place dans votre carrière ?

C’est par crise ! Je vais avoir une période où la chanson va prendre de la place vu que je vais jouer ce spectacle mis en scène par Juliette et où j’ai la chance d’être accompagné par quatre musiciens virtuoses. Maxime Le Forestier m’a fait le même compliment que Juliette quand il est venu nous écouter à la Rochelle. Autant vous dire que j’étais fier !

Vous avez conseillé Alexis HK pour Georges et moi, n’auriez-vous pas envie de proposer le vôtre, de Georges ?

Ce n’est pas prévu pour l’instant parce que je prends beaucoup de plaisir à chanter mes textes mais votre idée n’est pas forcément mauvaise ! Alexis HK a réussi un formidable spectacle Brassens. Il a trouvé le bon ton, pas déférent mais moqueur et surtout affectueux.

Une de vos chroniques évoquait le problème du stationnement à proximité de la gare d’Ermont-Eaubonne. Y-a-t-il d’autres lieux dans le Val d’Oise que vous appréciez ?

Heureusement qu’il y a des lieux que j’aime dans le Val d’Oise vu que j’habite le département depuis vingt-cinq ans ! Je n’ai rien contre la gare d’Ermont-Eaubonne que j’aurais du mal, par ailleurs, à éviter. Je pointais ce qui me semblait être un petit problème de stationnement. Il m’est arrivé de trouver le parking complet et de devoir stationner donc en dehors du parking, ce qui systématiquement me donnait droit à une prune. Ce qui, légitimement, m’a agacé. Il ne faut pas complètement désespérer des politiques qui, j’espère, vont trouver des solutions satisfaisantes pour les usagers. Sur mes sujets d’énervement, je trouve plus que dommage qu’on décide de fermer le théâtre de l’Aventure d’Ermont. C’est un lieu de rencontres, de recherches. C’est un lieu idéal pour débuter des aventures (c’est le mot) théâtrales. Dans le contexte actuel, ne faisons pas disparaître ces lieux indispensables pour la formation et la construction intellectuelle. Il n’y a pas que le foot dans la vie !

Par ailleurs, je ne peux pas citer tous les lieux que j’aime bien dans le Val d’Oise mais il y en a beaucoup : la forêt de Montmorency, Auvers sur Oise, L’Isle-Adam, la librairie Le Presse-Papier d’Argenteuil, l’espace nautique de Soisy-sous-Montmorency, la Fontaine aux Pèlerins de Saint-Prix…

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