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Peintures du Grand Siècle

22/02/2012 · Mise à jour : 17:08
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Une nouvelle spiritualité dans l'art


Dès le début du XVIIe siècle, le tableau de chevalet peint sur toile contribue efficacement à l'embellissement des lieux saints. Des petits et moyens formats qui garnissent les chapelles votives aux œuvres monumentales insérées dans les retables, les représentations illustrent les sujets les plus variés, de la manière la plus sobre à la manière la plus sophistiquée.

Dans les années 1630-1640, soutenu par la profonde piété de Louis XIII (1601-1643), l'art religieux prend une nouvelle ampleur. Philippe de Champaigne (1602-1674), peintre français d'origine flamande, en est un des meilleurs représentants. L'ordonnance classique de ses compositions, souvent exécutées pour un monastère, suit une construction géométrique simple, souvent pyramidale.

Le Couronnement de la Vierge, XVIIe s.
Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Le Couronnement de la Vierge. Huile sur toile, XVIIe siècle. Inscrite en 2009. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Armelle Maugin.Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Le Couronnement de la Vierge. Huile sur toile, XVIIe siècle. Inscrite en 2009. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Armelle Maugin.


Le renouveau monastique est sensible à Pontoise avec la fondation, en 1604, d'un couvent de Jésuites puis celle, en 1605, du deuxième Carmel implanté en France par Mme Acarie (1566-1618), la bienheureuse Marie de l'Incarnation, et le Garde des sceaux Michel de Marillac (1563-1632). En 1616, le cardinal François de Joyeuse (1562-1615), archevêque de Rouen, facilite encore l'installation d'un couvent des Ursulines. Parallèlement, les ordres anciens (bénédictins, cisterciens, augustins...) cherchent à se réformer en revenant à la règle "originelle".

La plupart des peintures conservées à la cathédrale Saint-Maclou proviennent de ces établissements religieux, fermés à la Révolution.

Disposés en triangle, les personnages du Couronnement de la Vierge sont représentés dans des attitudes très sereines : Dieu le Père et Jésus-Christ, assis sur une nuée, couronnent ensemble la Vierge. Agenouillée à leurs pieds, elle lève les yeux vers son fils.

Jésus, simplement vêtu d'un long manteau rouge, porte la croix. Dieu le Père, enveloppé dans un manteau ocre, tient le globe terrestre surmonté de la croix. La colombe du Saint-Esprit plane au-dessus de la couronne, dans une trouée de lumière. Le ciel aux tons pastels rouge et bleu s'harmonise avec les couleurs de la composition. Le paysage à l'horizon lointain est composé de forêts, de collines et d'une étendue d'eau.



Vétheuil, Adoration du saint nom de Jésus, vers 1640.
Église Notre-Dame de Vétheuil. L'Adoration du Saint nom de Jésus. Huile sur toile attribuée à Jean Senelle (1605- vers 1670), peinte vers 1640. Classée en 2000. Photo Conseil général du Val d'Oise / Jean-Yves Lacôte. Église Notre-Dame de Vétheuil. L'Adoration du Saint nom de Jésus. Huile sur toile attribuée à Jean Senelle (1605- vers 1670), peinte vers 1640. Classée en 2000. Photo Conseil général du Val d'Oise / Jean-Yves Lacôte.

 

Le monogramme IHS (IESUS, HOMINUM SALVATOR, « Jésus, Sauveur des hommes », ou encore IESUS, HOMO, SALVATOR, « Jésus, Homme, Sauveur »), se détache au centre, sur un fond doré cerné de nuées. Il est surmonté d'une croix que tient une silhouette indistincte et rayonnante de gloire.

À droite, un saint abbé accompagne sainte Véronique, reconnaissable au linge où s'est imprimée la Sainte Face ; à gauche, on reconnaît saint Fiacre à sa bêche en forme de tau, précédé d'un saint évêque avec crosse et mitre.

L'iconographie peu banale de cette œuvre est surtout à l'honneur dans la Compagnie de Jésus, qui a pris pour devise IESUM HABEMUS SOCIUM, « Nous avons Jésus pour compagnon », résumée par le sigle IHS.

Roger du Plessis-Liancourt (1598-1674), duc et pair de La Roche-Guyon, a fondé en 1667 la Condrérie du Nom de Jésus de Vétheuil, pour porter assistance aux pauvres et aux malades. Peut-être a-t-il acquis cette œuvre pour orner la chapelle de sa nouvelle fondation.

La Résurrection de Louise Hollandine de Bavière, 1695.
Église Saint-Ouen de Saint-Ouen-l'Aumône. La Résurrection. Huile sur toile datée de 1695 et signée de Louise Palatine de Bavière (1622-1709), abbesse de Maubuisson. Classée en 1991. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.Église Saint-Ouen de Saint-Ouen-l'Aumône. La Résurrection. Huile sur toile datée de 1695 et signée de Louise Palatine de Bavière (1622-1709), abbesse de Maubuisson. Classée en 1991. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.

 

Le Christ planant dans une gloire au-dessus de son sarcophage est apparu dans la peinture italienne à partir du XIVe siècle, reprenant l'iconographie jusqu'alors réservée aux thèmes de l'Ascension et de la Transfiguration. 

Au centre de cette composition, le Christ ressuscité s'élève dans les airs, rayonnant de lumière. Dans le quart inférieur gauche du tableau, trois soldats chargés de garder le tombeau manifestent leur effroi. Un autre dort encore près du tombeau ouvert.

Les armes de la princesse Palatine, entourées de la couronne d'épines et surmontées du bonnet et de la crosse abbatiale, sont représentées en bas à droite. Protestante, Louise Hollandine de Bavière (1664-1709) s'est convertie au catholicisme à l'âge de 35 ans. Entrée à Maubuisson en 1660, elle en devint abbesse quatre ans plus tard.

La mise en scène du pouvoir royal

  
La dévotion singulière à la Mère de Dieu que professait Louis XIII s'exprime avec éclat dans la Déclaration publiée le 10 février 1638 et conservée aux Archives nationales : « prenant la très sainte et glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire ».

Le caractère personnel du vœu apparaît très bien sur Le Vœu de Louis XIII, un très grand tableau commandé à Philippe de Champaigne : le roi, agenouillé devant le Christ mort, offre son sceptre et sa couronne à la Pieta. L'œuvre fut mise en place dans la cathédrale Notre-Dame de Paris dès le 15 août suivant, fête de l'Assomption dont le roi avait décidé qu'elle serait désormais fêtée chaque année avec éclat. Elle est aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Caen.

La naissance du Dauphin en septembre 1638, après 23 ans d'une union stérile, apparut à tous comme une première grâce accordée par Marie.

Jouy-le-Moutier, ex voto, 1646.
Église Notre-Dame de la Nativité de Jouy-le-Moutier. Ex-voto : sainte Thérèse intercédant pour la naissance du Dauphin. Huile sur toile, 1646. Classée en 1905. Photo Conseil général du Val d'Oise / Jean-Yves LacôteÉglise Notre-Dame de la Nativité de Jouy-le-Moutier. Ex-voto : sainte Thérèse intercédant pour la naissance du Dauphin. Huile sur toile, 1646. Classée en 1905. Photo Conseil général du Val d'Oise / Jean-Yves Lacôte

 

L'ex-voto de Jouy-le-Moutier, daté de 1646, montre l'évolution rapide des représentations : cette commémoration du vœu de 1638 associe Anne d'Autriche (1601-1666) à Louis XIII, et la Vierge à Thérèse d'Avila (1515-1582), la réformatrice de l'ordre du Carmel. Son apparition sur ce tableau s'explique par l'existence du Carmel de Pontoise, fondé dans la ville en 1605.

L'inscription gravée dans le bois du cadre ajoute encore un niveau de lecture, en assimilant les souverains du XVIIe siècle à la reine Blanche de Castille (1188-1252) vouant saint Louis (1290-1270) à Marie, en prononçant ces fortes paroles écrites en exergue :

« Mon fils, j'aimerais mieux vous voir mort que de vous voir commettre un péché mortel ».

 

Pontoise, La Bénédiction de Jacob, XVIIe s.
Église Notre-Dame de Pontoise. La Bénédiction de Jacob. Copie d'après la fresque peinte vers 1518 par Raphaël (1483-1520) aux loges du Vatican. Huile sur toile, XVII siècle. Classée en 1938. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte. Église Notre-Dame de Pontoise. La Bénédiction de Jacob. Copie d'après la fresque peinte vers 1518 par Raphaël (1483-1520) aux loges du Vatican. Huile sur toile, XVII siècle. Classée en 1938. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.

 

Cette copie tardive, qui n'est pas inversée, est sans doute l'œuvre d'un peintre qui a fait le voyage en Italie et vu l'original. Elle s'en distingue en représentant de manière ressemblante Louis XIV (1638-1715), sous les traits de Jacob.

Selon la Genèse (27-1/28-5), sa mère lui conseilla d'obtenir par la ruse, au détriment de son frère aîné Esaü, la bénédiction de leur père Isaac, à l'article de la mort.

Cette toile a peut-être été peinte en 1650. Le 25 mars, fête de l'Annonciation, le jeune roi, âgé de douze ans, vint consacrer solennellement sa personne et son royaume à Notre-Dame de Pontoise.

Les chantiers artistiques du Roi-Soleil


Avec le début du règne personnel de Louis XIV en 1661 commence une nouvelle ère pour la peinture française. La diversité des courants des décennies précédentes s'estompe au service du grand dessein du jeune monarque.

Charles Le Brun (1619-1690), nommé premier peintre du roi à son retour de Rome en 1646, est sans conteste la figure dominante de ces années. Il fait ses preuves au château de Vaux-le-Vicomte puis le puissant surintendant des Bâtiments, Jean Baptiste Colbert (1619-1683), le choisit pour orchestrer la création du décor de Versailles. 

Admirateur de Poussin, Le Brun a développé un style personnel alliant les formules classiques à une mise en scène théâtrale, qui a déterminé le baroque français. Ses compositions mouvementées et dramatiques soulignent tout son talent de coloriste et sa maîtrise de la lumière. Son équipe va prolonger le style monumental et structuré de l'atticisme parisien dans les tableaux d'église avant que le marquis de Louvois (1641-1691), nouveau Surintendant des Bâtiments, ne lui préfère Pierre Mignard (1612-1695).

La fin du règne de Louis XIV, marquée par la diminution des commandes, voit émerger de nouveaux modèles. Jean Jouvenet (1649-1717), Charles de La Fosse (1636-1716), les frères Louis (1654-1733) et Bon Boullogne (1649-1717) renouent avec la leçon de Le Brun, tout en introduisant des effets théâtraux, des jeux de lumières et de couleur qui apportent aux compositions plus de lyrisme et de liberté.

Gonesse, La Descente de Croix d'après Le Brun, XVIIe s.
Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse. La Descente de croix. Huile sur toile, copie d'époque d'après Charles Le Brun, XVIIe siècle. Classée en 1969. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Armelle Maugin.Église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse. La Descente de croix. Huile sur toile, copie d'époque d'après Charles Le Brun, XVIIe siècle. Classée en 1969. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Armelle Maugin.

 

La Descente de croix de l'église de Gonesse est peut-être une réplique d'atelier d'un original peint en 1680, disparu depuis mais connu par d'autres copies conservées à la Galerie nationale de Prague et au Los Angeles County Museum.

La lumière et les actions des personnages privilégient les deux moments de la tragédie : la descente de la croix et la pâmoison de la Vierge.

Trois femmes, assise, agenouillée ou penchée, sont rassemblées autour de la Vierge évanouie de douleur. Seule la jeune mère qui apparaît à l'arrière-plan apporte une lueur d'espoir. La Madeleine éplorée qui tend les bras et le jeune homme qui tire de toutes ses forces sur la corde prolongent l'oblique formée par le bras et la tête inclinée du supplicié et par les deux disciples qui le descendent. Au pied de la croix, saint Jean reçoit le corps blafard dans un linceul. 

À l'arrière-plan, n'appartenant déjà plus au drame qui se joue, apparaissent trois personnages à mi-corps. À droite, la scène est équilibrée par le bon larron, mort sur la croix, et le centurion à cheval.

La palette chromatique accentue la tension dramatique de la scène : ciel d'orage sombre et menaçant, lividité cadavérique des crucifiés, visage exsangue de la Vierge et des saintes femmes. Les couleurs froides ou éteintes de leurs vêtements, bleu, vert, marron ou jaune pâle, ainsi que le blanc gris des linceuls, tranchent avec la gamme des rouges orangés qui pare le cavalier casqué et cuirassé, émissaire du pouvoir romain, Nicodème et saint Jean.

Jésus sur le chemin du Calvaire d'après P. Mignard, XVIIe s.
Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Jésus sur le chemin du Calvaire. Huile sur toile d'après Pierre Mignard, XVIIe siècle. Classée en 1975. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Jésus sur le chemin du Calvaire. Huile sur toile d'après Pierre Mignard, XVIIe siècle. Classée en 1975. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.

 

Pierre Mignard, grand adversaire de Le Brun et directeur de l'Académie concurrente de Saint-Luc, lui a succédé en 1690 à la charge de premier peintre du roi.

Ce Portement de croix, légèrement antérieur, est un bon exemple de la concurrence qui opposait les deux artistes. La composition originale, conservée au musée du Louvre, fut en effet peinte en 1684. Elle résulte d'une commande passée par Colbert de Seignelay en 1681 pour être offerte au roi. Le point de départ en est un dessin de Léonard Thiry (mort en 1550).

Parmi plusieurs répliques connues, celle de Pontoise est l'une des plus proches dans la composition et la gestuelle des personnages. Le dessin, toutefois, en est plus raide et les couleurs plus froides.

L'Adoration des bergers, fin XVIIe s.
Église Notre-Dame de Magny-en-Vexin. L'Adoration des bergers. Huile sur toile attribuée à Louis de Boullogne, dit le Jeune (1654-1733), deuxième moitié du XVIIe siècle. Classée en 1907. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.Église Notre-Dame de Magny-en-Vexin. L'Adoration des bergers. Huile sur toile attribuée à Louis de Boullogne, dit le Jeune (1654-1733), deuxième moitié du XVIIe siècle. Classée en 1907. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.


L'Adoration des bergers de Magny-en-Vexin respire la douceur et la joie de la Nativité. Loin d'être figée, sa composition savante, qui résulte d'un emboîtement de triangles, est égayée par le mouvement des personnages.

Du regard ou de la main, Marie et Joseph présentent le bébé à la ronde des bergers extasiés. Le bœuf prend son rôle au sérieux tandis que l'âne est distrait par les angelots qui batifolent en l'air.

Les lignes pures, les couleurs franches du groupe principal contrastent avec les teintes assourdies mais chaleureuses des autres figures. La lumière qui émane de Jésus rayonne sur le visage de sa mère et sur la toison de l'agneau apporté en offrande, dont la présence anticipe le sacrifice rédempteur.

La Descente de croix de J. Jouvenet, 1708.
Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. La Descente de croix, signée J. Jouvenet et datée de 1708. Huile sur toile. Classée en 1908. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.Cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. La Descente de croix, signée J. Jouvenet et datée de 1708. Huile sur toile. Classée en 1908. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Jean-Yves Lacôte.

 

Cette œuvre a été donnée par le cardinal de Bouillon (1643-1715), abbé de Saint-Martin de Pontoise, aux Jésuites de la ville pour orner le maître-autel de leur chapelle consacrée à la Sainte-Trinité.

Après la dissolution de la Compagnie, en 1762, la toile passa en vente publique le 24 février 1765. Elle fut acquise par la confrérie de la Passion de Saint-Maclou, pour orner le retable de sa chapelle, commandé en 1740.

Cette composition, exceptionnelle par sa maîtrise, résume toutes les aspirations de la Réforme catholique. Les lignes se détachent admirablement et les figures sont parfaitement distribuées. La puissance lyrique de l'ensemble révèle le sommet atteint par un artiste dans la plénitude de son talent.

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