La première colonie de vacances est due à un pasteur suisse, M. Bion, qui en 1876 envoie un groupe d'enfants pauvres et chétifs à la montagne. Quelques années plus tard, l'expérience est relayée en France par l'Œuvre des Trois semaines du pasteur Lorriaux, qui envoie ses pupilles dans l'Oise près de Magny-en-Vexin, l'Œuvre de la Chaussée du Maine d'Émilie de Pressenssé, elle-même épouse de pasteur, puis l'Œuvre stéphanoise du pasteur Comte. Les enfants viennent toujours de milieux modestes et ont souvent une santé précaire. Ils sont parfois placés en petits groupes dans des familles paysannes, ce qui leur offre une grande liberté, parfois hébergés et encadrés collectivement. Dans tous les cas, il s'agit de séjours assez longs.
Ces initiatives prennent place au croisement de deux préoccupations : encadrer les écoliers pendant les vacances ; faire respirer "le bon air" aux enfants d'ouvriers, menacés par la tuberculose ou la « débilité », que l'industrialisation entasse dans des villes surpeuplées et des logements insalubres.
Le contexte politique, économique et social permet de comprendre l'essor des colonies de vacances. L'afflux de populations d'origine paysanne vers les villes suscite l'inquiétude des milieux hygiénistes, nostalgiques d'une vie saine à la campagne. Au même moment, les Républicains font de l'école publique, gratuite et obligatoire le socle du système social éducatif. C'est sur ce modèle que se mettent en place les premières colonies, appelées colonies scolaires. Progressivement, le milieu enseignant s'y implique de plus en plus et les préoccupations pédagogiques prennent le pas sur les préoccupations sanitaires. La colonie devient un prolongement de l'école, destiné à occuper utilement les enfants.
La "caravane scolaire" permet aux maîtres de satisfaire leurs objectifs pédagogiques. Ce voyage touristique, instructif et d'assez courte durée est réservé aux élèves méritants et plus âgés, qui préparent ou viennent de passer le certificat d'études. À leur retour, ils doivent rédiger un compte-rendu.
Enthousiastes, les Caisses des écoles des arrondissements parisiens organisent colonies et voyages scolaires, sous la houlette de l'écrivain Edmond Cottinet, philanthrope protestant et administrateur de la Caisse des écoles du IXème arrondissement, qui met en place la première colonie scolaire en 1883. Avec Ferdinand Buisson, ministre de l'Instruction Publique, il crée en 1887 le Comité parisien des colonies de vacances. Le Conseil municipal de la capitale préfère subventionner les séjours plutôt que les voyages : les vertus sanitaires et le coût moindre des colonies de vacances correspondent mieux à l'idéal républicain de justice sociale. Les caravanes scolaires perdurent sous forme d'excursion d'une journée.
La tendance éducative stricte l'emporte sur les objectifs des premiers promoteurs du mouvement, qui désiraient offrir à l'enfant un espace d'indépendance et de liberté. En témoigne la villa scolaire aménagée en 1896 à Saint-Germain-en-Laye par la Caisse des écoles du VIIème arrondissement : son architecture est du plus pur style "Jules Ferry".
Une tendance identique s'observe dans les classes de vacances mises en place l'été dans les écoles pour occuper les enfants que l'on ne peut faire partir : exercices scolaires, récréations et "promenades hygiéniques" dans les jardins publics proches se succèdent sous la houlette d'un instituteur. Mais c'est encore le seul moyen de ne pas laisser les enfants seuls et désœuvrés !
Au tournant du siècle, le mouvement des "colonies scolaires" se structure autour de Congrès nationaux et internationaux, même si la France demeure en retard par rapport à l'étranger. En 1906, 26000 enfants partent en colonie, dont 6400 par le biais des Caisses des écoles parisiennes. Les œuvres privées se multiplient — on en dénombre plus de 200.
Dans la région parisienne, il s'agit parfois de très petites unités n'envoyant qu'une dizaine d'enfants dans des lieux proches : Maisons-Alfort dans la Seine, Meudon, Mandres en Seine-et-Oise. Une instruction de 1887 préconise toutefois la recherche de sites placés "au-delà du souffle contaminé de Paris, à peu près au-delà du soixantième kilomètres", et de préférence en altitude. Les jeunes colons encadrés par leurs maîtres sont placés dans des familles ou hébergés en groupe, en générale dans des écoles. Chiffres à l'appui, on note à leur retour le fait qu'ils se portent mieux : poids, taille, accroissement de la capacité thoracique. On souligne aussi les progrès de leur "'intelligence" et de leur "moralité" !
Soucieuses de faire sortir les enfants des taudis, les communes industrielles de la banlieue parisienne suivent le mouvement. Clichy met en place sa colonie scolaire en 1891. En 1901, faute de mieux, Bezons organise sur place une classe de vacances pour ses écoliers. À partir de 1905, la Caisse des écoles d'Argenteuil envoie 27 fillettes et 27 garçons dans le Calvados. Âgés de 9 à 12 ans, ils sont proposés par les directeurs d'établissements puis choisis par un médecin parmi les plus "délicats.. anémiques.. lymphatiques ...affections qui nécessitent la cure marine".
Les milieux catholiques découvrent l'intérêt des colonies de vacances à l'extrême fin du XIXe siècle. Depuis longtemps déjà, les patronages permettent au clergé de développer une action militante et sociale envers la jeunesse ouvrière, action qui s'est renforcée pour contrer la sécularisation de l'État. Les œuvres parisiennes jouissent parfois même de "maisons de campagne" — à L'Isle-Adam dès 1856 pour le patronage de l'église Saint-Paul, à Ermont en 1872 pour celui de l'église Saint-Roch.
Prolongement du patronage, la colonie de vacances représente pour l'Église, exclue du système scolaire, un moyen privilégié d'investir le temps libre enfantin et de compenser l'école sans Dieu. Prêtres, séminaristes ou religieuses encadrent de petites communautés d'enfants, choisis parmi les plus méritants. L'ambiance y est familiale mais très réglée et encadrée. À Montsoult, entre 1906 et 1914, la Villa Béthanie accueille ainsi de jeunes garçons envoyés par les cercles et patronages de paroisses parisiennes.
Après la Première Guerre mondiale, la lutte contre la tuberculose, déclarée fléau social, met à nouveau en évidence les vertus thérapeutiques des colonies de vacances, aptes à régénérer la jeunesse éprouvée par les privations. À partir de 1919, le ministère de la Guerre organise des cours de vacances dans les chefs-lieux de canton, sous la direction de moniteurs du service de l'Instruction Physique. Aux enfants et aux jeunes gens de l'agglomération parisienne, il propose des camps de vacances à Saint-Germain-en-Laye et à Marly-le-Roi.
En 1927, des notables et des artistes parisiens créent La Vie au Grand Air pour l'Enfance Malheureuse, œuvre chargée de placer, durant l'été, les gamins déshérités de Paris en Seine-et-Oise, dans le Vexin et ou en Basse Normandie. Aujourd'hui encore, cette Fondation assure des placements familiaux dans le Vexin pour le compte du Conseil général du Val-d'Oise.
Lieu d'apprentissage et d'innovations pédagogiques, la "colo" s'insère dans un projet éducatif global dont elle constitue un moment privilégié. De ce fait, elle devient vite un enjeu pour les municipalités el les œuvres confessionnelles qui, s'adressant au même public dans la même commune, entrent en concurrence.
L'État soutient, encadre et subventionne le mouvement par le biais du ministère de l'Hygiène à partir de 1923. Les Caisses d'assurances sociales suivent rapidement et mettent en place les premiers stages de formation pour les moniteurs. En 1937 et 1938, une série de textes émanant du ministère de la Santé marquent le début d'une intervention constante des pouvoirs publics.
La Seine-et-Oise, située aux franges de l'agglomération parisienne, est recherchée pour sa proximité qui permet d'abaisser les coûts de transport. Eaubonne, Saint-Witz, Théméricourt, Viarmes accueillent ainsi régulièrement de jeunes citadins dans les années 1920-1930.
Les municipalités du département envoient elles aussi leurs enfants au bon air. Disposant de moyens réduits, sans encadrement spécifique ni site adapté, utilisant les Caisses des écoles comme relais, Pontoise, Beauchamp, Montmorency ou Herblay font appel à l'Œuvre de la Chaussée du Maine qui pratique le placement familial depuis 1882. Les régions rurales déchristianisées sont privilégiées : Loire, Nièvre, Yonne, Cher, Allier.
Les séjours collectifs sont plus onéreux. En 1927, 41 petits Pontoisiens partent à Paimpol. La commune assume les frais de séjour et de transport et donne à chacun 500 g de sucre, 250 g de chocolat, 500 g de savon, une paire d'espadrilles ainsi qu'une collation à l'aller comme au retour. Renouant avec la tradition des "caravanes scolaires", Wy-dit-Joli-Village envoie 13 enfants, leur instituteur et 4 accompagnateurs au Havre pendant deux jours, pour une visite du phare, du Muséum d'Histoire naturelle et d'un paquebot.
La « colo » témoigne du dynamisme et de la vitalité des divers organismes et leur permet de poursuivre, en été, le travail d'éducation populaire qu'ils mènent durant l'année. Ces structures se distinguent par l'origine de leurs cadres et les publics auxquelles elles s'adressent : associations de provinciaux (l'Œuvre des vacances des petits Belges, de Pontoise, place ses colons à Knock-sur-Mer dans le Brabant), patronages laïques, sections de partis politiques (le Parti social français propose des camps de vacances aux enfants de L'Isle-Adam et de Pontoise en 1938).
L'Œuvre des Pupilles de l'École publique de Seine-et-Oise, qui dépend de l'Inspection académique, les confie à des instituteurs en 1926. Ils gèrent eux-mêmes des sites ou accompagnent un groupe hébergé dans une pension familiale, tout en regrettant l'absence d'établissement conçu spécialement pour les enfants. Cinq ans plus tard, l'Œuvre acquiert sa propre maison à Angoulins (Charente-Inférieure). Bezons achète un château pour ses gosses, Argenteuil fait construire un "palais" pour les siens.
Les catholiques ne sont pas en reste : patronage de l'abbé Mercier dans les paroisses de Goussainville et Garges-lès-Gonesse, associations la Saint-Georges d'Argenteuil, Le Trait d'Union et Les Travailleurs de Saint-Maclou à Pontoise... Tout repose généralement sur un prêtre qui encadre les enfants pendant l'année et s'improvise directeur de colonie l'été. Il collecte les fonds nécessaires (dons, fêtes, kermesses), sélectionne les colons, aménage les locaux, anime le séjour avec une poignée de bénévoles et de jeunes séminaristes.
Des associations plus modestes se bornent à prendre en charge les enfants à la journée, préfigurant les centres aérés actuels. Ainsi, dans le quartier d'Orgemont à Argenteuil, L'Enfant et la Famille utilise d'abord des locaux scolaires puis réussit à acquérir un terrain de 7000 mètres carrés sur une partie des anciennes carrières Poliet et Chausson ; en août 1935, 305 enfants fréquentent le camp de vacances du Belvédère.
Horaires, activités, menus, trousseau, durée du séjour... : les comptes-rendus faits au jour le jour donnent une idée précise de la vie quotidienne pendant les vacances. L'organisation collective, qui permet un meilleur encadrement et la mise en place d'une véritable communauté enfantine le temps d'un été, est préférée au placement familial, en régression.
Sites bombardés ou occupés, difficultés de ravitaillement, zones interdites perturbent, durant l'Occupation, le fonctionnement des colonies. Sous l'œil du Maréchal, la « Croisade pour l'air pur » est lancée. Le Secours National récupère les sites aménagés par les communes et gère les séjours des colons. Les enfants qui ne peuvent plus aller sur la côte, désormais interdite, affluent en Seine-et-Oise.
Les Trente Glorieuses peuvent être considérées comme l'âge d'or des colonies de vacances. Pour répondre à la demande croissante et diversifier l'offre, les sites se multiplient à la mer, à la montagne, à la campagne.
Les villes et les comités d'entreprise acquièrent et réaménagent des châteaux et de grandes villas bourgeoises, à moins qu' ils ne préfèrent se lancer dans la construction de bâtiments fonctionnels ou en louer, comme Villiers-le-Bel à Grez (Lot). Pontoise achète une première propriété à Montmartin (Manche) puis, faute d'une capacité suffisante, la revend pour acquérir une vaste demeure bourgeoise à Carolles-sur-Mer, face au Mont-Saint-Michel, et la compléter par un bâtiment moderne.
Progressivement, les collectivités locales font appel à des prestataires qui organisent des séjours en France et à l'étranger. Mieux formés, les « monos » encadrent des équipes réduites qui peu à peu deviennent mixtes. Les enfants sont regroupés par tranche d'âge et s'adonnent à des activités variées : sports aquatiques ou équestres, tourisme, plus récemment activités scientifiques. L'expression même de « colonie de vacances », qui renvoie à l'organisation rigide d'un séjour au confort rudimentaire — voir les paroles de la célèbre chanson de Pierre Perret ou le récit nuancé de Sempé, Les vacances du Petit Nicolas — est supplantée par celle de « centre de vacances ».
Les structures propriétaires ont toujours cherché à rentabiliser des sites qui ont vu défiler des générations d'enfants, les unes après les autres. Depuis une vingtaine d'années, la demande s'est réduite tandis que le coût des séjours a augmenté, en raison d'une réglementation plus stricte en matière d'encadrement et d'hébergement. Le durcissement des règles de sécurité incendie et de restauration collective n'a cessé de poser problème aux communes qui avaient acquis puis réhabilité sommairement de grandes demeures bourgeoises. Elles cherchent désormais à se débarrasser d'un patrimoine coûteux.
Dans le Val-d'Oise, l'association des œuvres de jeunesse d'Ennery a gardé sa structure d'origine. Créée au début des années 1960 par un prêtre, le père Marical, elle a contribué à regrouper et à sociabiliser les jeunes des villages alentours, Ennery, Livilliers, Nucourt, Nesles-la-Vallée, Hérouville. La colonie de vacances où se retrouvent un mois durant des enfants et des adolescents qui se connaissent et font venir leurs copains est encore très familiale. L'encadrement se compose en partie d'anciens colons. Joie et bonne humeur règnent dans cette "colo" toute simple, dont le projet pédagogique, aujourd'hui laïc, est centré sur l'épanouissement et la responsabilisation de l'enfant.
Aujourd'hui, le département demeure recherché. Depuis Paris et sa proche banlieue, des colonies maternelles, des classes de découverte ou des centres aérés viennent passer une journée ou faire un court séjour dans le château réhabilité de Chaumontel, dans une maison bourgeoise de Presles, dans des préfabriqués à Noisy-sur-Oise. Dans le parc du château de Cormeilles-en-Vexin, les enfants de Rueil-Malmaison dorment dans les pavillons édifiés en 1992 pour loger les athlètes des JO d'Albertville. Le site acquis par la ville fonctionne toute l'année.
En 2001, 112 séjours de vacances et camps de jeunesse, durant au moins six jours et rassemblant au moins douze enfants ou adolescents, se sont déroulés dans le Val-d'Oise. Ces chiffres ont baissé sous l'effet d'une nouvelle réglementation (60 en 2004) alors que les centres de loisirs — anciens centres aérés — ne cessent de se développer avec le soutien du Conseil général.
Mis en place par les communes dans les écoles pour un accueil péri-scolaire de jour, ils fonctionnent aussi le mercredi et durant les vacances. L'été, ils se transforment en vrais centres de vacances où les enfants viennent camper deux ou trois jours.