
Le château s'inscrit dans un méandre de la Seine, du pied au sommet d'une falaise calcaire d'où la vue embrasse la vallée. De forteresse féodale, il s'est fait maison de plaisance à la Renaissance, château des Lumières au XVIIIe siècle. Les chapelles expiatoires aménagées dans la falaise remontent à la Restauration, et les décors troubadour de la Salle des Gardes et de la salle à manger datent des années 1880.
En 2003, l'État, la Région Ile-de-France, le Conseil général du Val-d'Oise et l'Association pour la sauvegarde et l'animation culturelle du site se sont associés dans un établissement de coopération culturelle qui en assure la gestion.
« Au sommet d'un promontoire abrupt, dominant la rive du grand fleuve de Seine, se dresse un château affreux et sans noblesse appelé La Roche. Invisible à sa surface, il se trouve creusé dans une haute roche. L'habile main du constructeur a ménagé sur le penchant de la montagne, en taillant la roche, une ample demeure pourvue d'ouvertures rares et misérables ».
Ainsi l'abbé Suger de Saint-Denis, régent de France entre 1147 et 1149, décrit-il, dans sa Vie de Louis VI, une place stratégique dont la position frontière était de première importance pour son roi.
En 1190, Philippe Auguste concède aux sires de La Roche les revenus du péage sur les marchandises naviguant sur le fleuve entre Paris et Rouen. Ce privilège leur permet de financer la construction d'une tour haute de 38 mètres, protégée par une double enceinte et reliée au logis troglodytique par un escalier souterrain creusé à l'intérieur de la falaise au pied de laquelle deux portes fortifiées complétaient ce système défensif en contrôlant l'accès au chemin de Normandie.
Adossé au rempart oriental, le logis de Guy V de La Roche, grand panetier de France en 1406, comprenait quatre niveaux reliés par un escalier à vis. Quatre croisées s'ouvrant au sud éclairaient le « bel étage » qui abritait la grande salle et la chambre conjugale.
La première pierre de l'église paroissiale Saint-Samson fut posée par Guy VI qui fut tué à Azincourt (1415). Ayant perdu son château par traîtrise en 1419, sa veuve Perrette de La Rivière se réfugia avec ses enfants à Bourges. Son fils Guy VII en rentra en possession trente ans plus tard.
Passé par mariage aux barons de Silly, le manoir fut remanié de fond en comble au XVIe siècle : vers l'ouest, le corps de logis prolongé jusqu'à la poterne fut complété par une aile en retour d'équerre joignant la falaise.
Après la mort de François de Silly au siège de La Rochelle (1628), sa mère Antoinette de Pons, remariée à Charles du Plessis-Liancourt, réunit les deux fiefs de La Roche-Guyon et de Liancourt sur la tête de leur fils Roger, qui avait épousé Jeanne de Schomberg.
Entre 1652 et 1661, ils firent régulariser la falaise, agrandir la cour du haut, aménager une vaste terrasse sur le flanc ouest du château et remblayer les marécages qui le séparaient de la Seine. La Roche-Guyon passa ensuite aux La Rochefoucauld en 1659, grâce au mariage de leur petite-fille Jeanne Charlotte avec son cousin François VII.
François VIII et Madeleine Le Tellier installèrent un grand potager en bord de Seine et transformèrent la cour haute en cour d'honneur.
Exilé en 1744 sur ses terres de La Roche-Guyon par Louis XV (1710-1774) pour s'être compromis dans une cabale contre la maîtresse du roi, le duc Alexandre de La Rochefoucauld (1690-1762) va transformer son château en une résidence fastueuse
Il charge son architecte Louis Devillars de recomposer la cour des écuries et de construire un système d'adduction d'eau bénéficiant aux villageois. Devant le corps de logis central, sous les fenêtres de la salle des gardes, la terrasse à arcades édifiée par l'architecte supporte un jardin suspendu, odorant et coloré.
La cour des écuries et sa prairie rustique, encadrées de douves sèches, servaient jadis aux exercices du régiment de la cavalerie ducale. Elles accueillent aujourd'hui les parasols de Plantes, Plaisirs, Passions. De l'autre côté de la route, le potager-fruitier se déploie sur près de quatre hectares.
Le duc Alexandre de La Rochefoucauld, sa fille la duchesse d'Enville et son petit-fils, le duc Louis Alexandre (1743-1792), l'ont conçu plus comme un jardin scientifique que comme un jardin de plaisir.
Les salles vertes et les allées sinueuses des bosquets d'agrément soulignent la symétrie de son plan, rigoureusement ordonné nord-sud, sur l'axe principal de la demeure. Vers la Seine, un puissant mur de soutènement en brique et pierre renforce la digue qui le protège des crues. Les trois autres murs qui l'enserrent créent un micro-climat favorable aux cultures exotiques ou fragiles.
Le réseau d'adduction d'eau ne fonctionne malheureusement plus : il captait une source à Chérence, rejoignait l'aqueduc médiéval pour descendre la falaise, franchissait sur un pont la charrière ou route des bois et arrivait dans un énorme réservoir d'où des conduites partaient vers les salles du château, le lavoir et la fontaine du village, ainsi que les bassins du potager.
Un livret et un plan datés de 1741 illustrent la composition géométrique de l'ensemble et donnent le détail des plantations : le verger comprenait 442 poiriers, 143 pommiers, 16 pruniers et 74 pêchers conduits en espaliers.
Ces documents ont inspiré la restauration conduite par Pierre-André Lablaude, architecte en chef des monuments historiques : quatre carrés formés chacun de huit pétales triangulaires ordonnés autour d'un bassin rond, et deux bosquets à l'est et à l'ouest.
La remise en culture parrainée par le paysagiste Gilles Clément renoue avec la vocation expérimentale du site : abandon des pesticides et des engrais chimiques au profit de solutions alternatives préservant la biodiversité (engrais verts, faux semis, désherbage des allées à la herse et des parterres à la main, paillages divers, brebis tondeuses, etc.).
Une quinzaine de "jardiniers du futur" y travaillent dans le cadre d'un chantier d'insertion professionnelle, le potager-fruitier s'avérant un excellent support d'apprentissage dans le secteur pointu des métiers du paysage.
Des visites et ateliers pédagogiques permettent aux visiteurs de s'initier aux nouvelles pratiques du jardinage écologique et de la "cuisine verte".
Nectars et jus de pommes et de poires, confitures, soupes de potirons, potimarrons et autres courges, légumes de saison... l'équipe du château commercialise ses productions sous la marque Potager-fruitier de La Roche-Guyon.
Veuve à trente ans, la duchesse d'Enville accompagna son père dans ses travaux avant de marcher sur ses traces. On lui doit en particulier le pavillon occidental, édifié entre 1765 et 1771. Certaines pièces, décorées « à la grecque » ou « à la chinoise », sont meublées de sièges en bois doré et tendues de Gobelins.
Le pavillon abritait aussi une bibliothèque dont les quelque 10 000 volumes ont été malheureusement dispersés en 1987, un cabinet de curiosités et un petit théâtre.
Après avoir fait planter une promenade dans l'île aux Bœufs, en aval du château, puis un jardin d'agrément au sud du pavillon neuf, Madame d'Enville met en œuvre son "grand dessein" à partir de 1777.
Des allées en lacets escaladent le flanc du coteau jusqu'à l'entrée, surmontée d'un fronton dorique, percée dans la vieille enceinte du donjon ; à côté se trouvent une "chaumine" servant d'ermitage et un pavillon en belvédère.
L'aqueduc qui capte les eaux de Chérence alimente directement la Mare de la Tour, qui elle-même se déverse dans le Bassin intermédiaire puis dévale la Grande Cascade, haute de 22 mètres.
Aux endroits stratégiques de ce dispositif auditif et visuel, six grottes ou "salles fraîches" sont creusées dans la falaise ; leur décor de rocailles juxtapose des pierres, des galets, des coquillages et des tessons de céramique, verre, tuile.
Les plantations privilégient les arbres exotiques aux arbres indigènes. D'Amérique du Nord viennent les Néfliers du Canada, les Cèdres de Caroline ou encore les Érables à sucre. Aux pays méditerranéens ont été empruntés les Lauriers cerise, les Pêchers de Malte et les arbres de Judée. L'Asie est représentée le Mélèze, le Thuya de Chine et le Gingko Biloba, et l'Europe du Nord par le Pin d'Écosse ou le Rosier de Hollande.
De ces "promenades sublimes" subsistent quelques témoins - les deux cèdres de la Tour, un hêtre pourpre, un févier, et des alignements d'ifs ou de marronniers. Mais des tapis de verdure qui se déroulaient sous leurs ombrages, il ne reste rien. Les buis, jadis taillés en bordures, ont pris leurs aises et les semis spontanés ont refermé les cônes de vue.
La direction du château réfléchit aux moyens de réenchanter le site.