Cette page : Aggrandir le texteRéduire le texteInverser le contrasteRétablir les styles par défaut Partager RSS Imprimer la page

Votre magazine de mars

Votre e-mag d'avril

e-mag AVRIL 2014

Lire l'e-mag d'avril 2014

Retrouvez votre e-mag "#valdoise"

L'Afrique en noir & blanc

Voter Donner la note 1 Donner la note 2 Donner la note 3 Donner la note 4 Donner la note 5


Le capitaine Binger par Marcel Monnier.
Le capitaine Binger, 1892. Photo Archives nationales de l'Outre-Mer / Marcel Monnier.Le capitaine Binger, 1892. Photo Archives nationales de l'Outre-Mer / Marcel Monnier.
Marcel Monnier, autoportrait.
Autoportrait, 1892. Photo Archives nationales de l'Outre-Mer / Marcel Monnier.Autoportrait, 1892. Photo Archives nationales de l'Outre-Mer / Marcel Monnier.

L’Afrique en noir et blanc du capitaine Binger


En 1887, le capitaine Binger se vit confier l'exploration de la boucle du Niger entre Bamako et Grand-Bassam, sur le golfe de Guinée ; en 1892, il repartait pour délimiter la frontière avec le protectorat britannique de la Gold Coast (Ghana actuel).



Réalisée par le musée d'art et d'histoire de L'Isle-Adam avec la participation active des Archives nationales de l'outre-mer, de l'association Images et mémoires et du Conseil général du Val-d'Oise, L'Afrique en noir et blanc suit les pistes qu'il a tracées avec ses compagnons. Les photographies du reporter Marcel Monnier égrènent les joies et les souffrances d'un peuple bigarré de piroguiers, pêcheurs, paysans, commerçants ou guerriers. Les figures croquées par le capitaine dans ses carnets de route, les gravures qu'en tira Édouard Riou, l'illustrateur des romans de Jules Verne, sont confrontées aux masques, pagnes, armes, bijoux, outils agricoles, instruments de musique et autres poupées de fécondité des peuples agni, ashanti, baoulé, dioula ou lobi, rencontrés par les voyageurs. Des cartes levées au cours de leur périple voisinent avec des correspondances officielles et des traités conclus au nom de la République avec les rois des régions traversées.

 


L'exceptionnelle épopée de cet explorateur bienveillant, qui savait être tour à tour anthropologue, géographe, botaniste ou zoologue, ne doit pourtant pas effacer les ambiguïtés de la politique coloniale qu'il a mise en œuvre. En cartographiant des terres alors inconnues des Européens, le capitaine Binger a permis à la France de relier à la côte les protectorats qu'elle venait d'établir dans la région du Haut-Fleuve, sur la rive gauche du Niger, et de créer la colonie de la Côte d'Ivoire. Il en fut le premier gouverneur, de 1893 à 1896, avant d'être nommé directeur des affaires d'Afrique au ministère des Colonies.

Il ne partageait sans doute pas l'opinion du ministre Jules Ferry, qui fondait le droit des « races supérieures » sur leur « devoir de civiliser les races inférieures ». Mais il ne dénonça pas non plus avec Georges Clémenceau « l'abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s'approprier l'homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. »

Le marché de Bondoukou.
Le marché de Bondoukou. Photo Archives nationales de l'outre-mer, 37 Fi561 / Marcel Monnier.Le marché de Bondoukou. Photo Archives nationales de l'outre-mer, 37 Fi561 / Marcel Monnier.



Le gouverneur Binger, qui voulait faire de la Côte d'Ivoire une colonie d'exploitation, s'était donné pour mission « de fournir les denrées intéressant le commerce européen et de faire adopter peu à peu un genre de vie conforme aux règles de la morale et des mœurs européennes ».

Pour dynamiser le commerce, il favorisa la circulation des marchands et des marchandises. Pour s'assurer la collaboration des chefs traditionnels, il privilégia la négociation sur toute autre forme d'action.

Mais lui-même n'hésita pas à réprimer les insurrections de la lagune de Dabou, de Tiassabé ou de l'Indébié et, après son départ, des révoltes incessantes ont mis en cause l'autorité coloniale dans les régions de la Côte d'Ivoire où un chapelet de postes prétendait témoigner de la mainmise de la France.

Son roman Le serment de l'explorateur, publié en 1903, conte l'histoire d'un jeune savant parti à la recherche de son ami d'enfance, disparu en Afrique de l'Ouest, après avoir promis à sa fiancée (sœur de l'ami en question) qu'en aucun cas il ne verserait le sang... Trois ans plus tard, Binger démissionnait du ministère des colonies. Peut-être faut-il voir là l'indice d'une prise de conscience tardive : la colonisation, c'est-à-dire l'occupation de territoires et la soumission de leurs populations, ne pouvait pas se passer de la force pour atteindre son objectif premier — servir les intérêts de la métropole.

Louis Gustave Binger, « Du Niger au golfe de Guinée », Le Tour du Monde, 1891.
Dessin d'Édouard Riou d'après un croquis de l'auteur.

 

Accueil - Plan du site - Mentions légales - Crédits