
| Les jardins familiaux, ou jardins ouvriers, sont des parcelles de terre cultivées, de 150 à 300 m2 environ, regroupées en lotissement. Les groupes sont gérés par des associations ou des municipalités et les jardins « mis à la disposition du chef de famille comme tel, en dehors de toute autre considération, pour être cultivés personnellement, en vue de subvenir aux besoins de son foyer, à l'exclusion de tout usage commercial » art.I, 561.1, Code rura l. |
La périphérie parisienne, en plein bouleversement, constitue alors un refuge pour des populations modestes qui fuient les loyers trop élevés de la capitale ou qui, venues de la province, espèrent y trouver du travail.
Cet espace qui s'urbanise et s'industrialise offre cependant, à côté des derniers jardins maraîchers ou des usines nouvelles, des terrains encore disponibles qui se révèlent propices à l'implantation de parcelles potagères. Omniprésents, les jardins participent de la double fonction de ces zones interstitielles situées entre ville et campagne, tout à la fois lieux de rejet et de villégiature.
Des potagers « grands comme des mouchoirs de poche, qui s'enorgueillissent de deux ou trois arbres anémiques » et où, le dimanche, les banlieusards « avec la bourgeoise et les deux ou trois gosses savourent sous la tonnelle repeinte à neuf leur manger » (Yvonne Sarcey, Annales politiques et littéraires).
Les jardins ouvriers, qui représentent un appoint alimentaire considérable, se développent beaucoup pendant l'Occupation, avant de disparaître massivement durant les deux décennies suivantes, dévorés par l'urbanisation des petite et moyenne couronnes parisiennes.
Depuis peu, les aménageurs et les urbanistes redécouvrent toutefois l'intérêt de ces jardins appelés aujourd'hui « familiaux » — zones vertes auto-entretenues au plus près des cités qui constituent des lieux de détente et de convivialité.
Pratiques rurales du Vexin et du Pays de France, traditions maraîchères de la grande couronne parisienne, fonctions résidentielles de la proche banlieue ont contribué à façonner les groupes de jardins ouvriers de l'ancien département de Seine-et-Oise. En 1898, l'abbé Tessier fonde à Magny en Vexin « l'œuvre des jardins ouvriers de Saint-Fiacre » ; à Sannois au début du XXe siècle, la Société de Tempérance lutte contre l'alcoolisme en favorisant le jardinage. Montsoult, Argenteuil, Marines, Pontoise .. : les groupes de jardins se multiplient. A Us, Survilliers, Asnières-sur-Oise, Saint-Ouen-l'Aumône les parcelles sont attribuées par des industriels à leurs employés tandis que les jardins cheminots essaiment aux abords des voies ferrées.
Aujourd'hui, même si le groupe le plus important (368 parcelles) est implanté à Fosses et Marly dans un espace encore rural, les quelques 2600 jardins familiaux du Val-d'Oise demeurent cantonnés le plus souvent en limite du tissu urbain : franges de routes à grande circulation, voies ferrées, rivières, établissements industriels ou cimetières. À Cergy pourtant, les urbanistes les ont aménagés à côté d'espaces verts publics et d'équipements sportifs ; à Domont, ils sont inscrits au cœur d'une coulée verte. À Sarcelles, les 160 jardins familiaux permettent aux habitants du Grand Ensemble et du Vieux Village de « se mettre au vert », le temps d'un week-end.
Urbain ou rural, le paysage dans lequel s'intègrent les groupes diffère : les parcelles de la ZUP d'Argenteuil sont à portée d'immeubles tandis qu'à Presles elles s'ouvrent sur les champs environnants. A Fontenay-en-Parisis, Deuil, Osny des groupes se sont récemment mis en place afin de répondre aux demandes.
Les groupes de jardins familiaux constituent des lieux où se transmet un savoir, celui du bon jardinier, et tout un ensemble de pratiques que l'on a pu croire en voie de disparition mais que les jardiniers, souvent fils et petits-fils de jardiniers eux mêmes, se transmettent.
À Sannois, l'un d'eux possède quelques pieds de vigne ; il foule encore le raisin et fabrique son piccolo, le petit vin local : « faut avoir le gosier bien accroché mais c'est de la bonne piquette. »
On sème à la lune descendante les salades et choux qui risquent de "monter". Chacun cultive ce qu'il aime ou ce qu'il avait auparavant l'habitude de consommer : ail, tomate et melon du midi, choux portugais, courgettes et choux de Chine, endives du nord, menthe, aubergines et poivrons d'Afrique du Nord. Au potager, toutes les ethnies se retrouvent et « l'on se comprend toujours question jardinage ». Travaux individuels ou réjouissances communes, échanges de plants, manifestations d'entraide contribuent à faire des groupes de jardins de véritables microcosmes, qui concourent à l'amélioration du cadre de vie de tous.