Le musée de l'Éducation du Val-d'Oise remue joyeusement les mémoires des élèves et de leurs enseignants. Pupitres et cartables, cahiers et manuels, plumes, crayons et accessoires divers illustrent l'histoire de la Nation et celle de son école. Une visite indispensable pour comprendre les défis qu'affronte le système éducatif, reconnaître ses forces et réfléchir aux solutions qui permettraient de remédier à ses faiblesses.
Si le système éducatif français n'a jamais cédé sur l'ambition universaliste que le marquis de Condorcet affichait en 1792, chaque génération a dû et doit encore ré-inventer les moyens de la traduire dans les faits en s'adaptant à l'évolution des mœurs et des techniques.
De l'école de Brignancourt telle qu'elle était en 1838 à l'école de filles de Saint-Ouen-l'Aumône, bâtie en 1903, du collège Pierre-et-Marie-Curie de L'Isle-Adam, construit en 1970, au collège Rosa-Bonheur de Bray-et-Lû, inauguré en 2006, quatre vues suffisent à saisir l'ampleur des changements intervenus dans l'espace scolaire.
Les classes uniques, de garçons (loi Guizot, 1833) ou de filles (loi Fallé, 1850), disparaissent pendant le Second Empire, qui préfère regrouper les enfants par niveaux en fonction de leur âge.
L'école laïque, gratuite et obligatoire (lois Ferry, 1881-1882) est ouverte à tous jusqu'à 13 ans, puis 14 ans, mais la gratuité de l'enseignement secondaire n'est acquise qu'en 1932.
Les filières des collèges d'enseignement secondaire institués en 1963 ont disparu dans le collège unique créé en 1975. Depuis une trentaine d'années, l'exigence de la réussite pour tous a conduit à multiplier les dispositifs de lutte contre l'échec scolaire et à redéfinir les programmes pour bâtir un socle commun de connaissances et de compétences.
Tous les écoliers de France doivent savoir lire et écrire. Ils doivent aussi acquérir les notions de grammaire, d'orthographe et de conjugaison indispensables à la compréhension et au bon usage de la langue française.
Longtemps, la pédagogie a peu varié, lectures, dictées et récitations scandant la semaine qui s'achevait par une rédaction. Depuis, cet enseignement a été repensé en l'articulant autour des capacités d'expression orale et écrite des élèves.
Arithmétique et géométrie se sont émancipées plus vite du "par cœur". À partir de 1923, leur apprentissage a suivi quatre étapes : les nombres, les opérations, le raisonnement, la résolution de problèmes pratiques. Depuis 1985, il privilégie le développement des capacités de raisonnement, d'abstraction, de rigueur et d'imagination qui permettent aux élèves d'inventer une stratégie personnelle pour résoudre les problèmes.
Les "Leçons de choses" fondées sur l'observation avaient pour premier objectif d'enseigner les bienfaits du progrès.
Mais très vite, il fut admis qu'enseigner les sciences revenait à enseigner la démarche même de la science à partir de la méthode expérimentale, qui permet de tester les hypothèses et d'expliquer les phénomènes.
La gymnastique, qui cherchait au départ à développer la force et la discipline, s'est orientée depuis vers les pratiques sportives.
Appuyée sur la culture de l'oreille et de la voix, l'instruction musicale a fait place à l'éveil musical, indissociable de l'écoute et de la pratique.
L'enseignement du dessin, fondé sur la perspective, la figure et la copie, s'est lentement ouvert à une expression plus libre en s'élargissant à tous les arts plastiques.
Longtemps, l'histoire a eu pour mission de former de bons patriotes en enseignant le roman national, la géographie insistant sur "l'unité dans la diversité" de l'hexagone et de son Empire.
Aujourd'hui, les professeurs construisent avec leurs élèves une "intelligence du temps et de l'espace", en les aidant à mettre en relation les documents, les traces et les monuments du passé, les cartes, les paysages et les territoires d'aujourd'hui.
L'objectif de l'instruction civique, indissociable de la morale, était de faire connaître les principes et les institutions de la République aux futurs citoyens. Elle a été supprimée en 1970.
L'éducation civique a été réintroduite en 1985. Elle facilite l'intégration des élèves dans la collectivité scolaire en insistant sur « les liens qui existent entre la liberté individuelle et les contraintes de la vie sociale, le respect de valeurs partagées, l'importance de la politesse et du respect d'autrui ».