
L'abbaye de Maubuisson et la galerie des Filles du Calvaire, qui représente la plasticienne Emmanuelle Villard, exposent ses artifici finti — des objets improbables qui captivent l'attention par leur séduction vénéneuse.
Artifici finti, artifices factices... L'expression, qui est un pléonasme dont les termes s'annulent, affiche l'ambition de la jeune femme : produire des effets de réalité pour mieux dénoncer la société de consommation qui est la nôtre.
Le parcours qu'elle a imaginé débute dans le parloir, traversé en biais par un meuble de contreplaqué qui tient de la cimaise et du socle. Sur la première sont accrochés quinze dessins aux teintes assourdies, acidulées ou étincelantes, qui ressortent sur le fond blanc des cadres. Sur le second sont posés trois objets pailletés qu'on croirait fabriqués en usine — deux noirs, un blanc.
La série graphique a été réalisée à l'aveugle en suivant un protocole gestuel maîtrisé. Le peintre a d'abord projeté ses couleurs sur une bâche plastique tendue au sol de son atelier, avant d'imprimer ces gouttes, éclaboussures et coulures sur une feuille de papier ou une toile. L'ensemble, dit-elle, est sa manière de contourner l'interdit frappant l'acte de peindre dans le milieu contemporain des Beaux-Arts.
La salle est plus claire et plus spacieuse que la précédente, la référence au baroque s'y fait plus explicite. Des collages obsessionnels d'images de joyaux, de brocards, de dentelles, de fourrures, patiemment découpées dans des magazines de luxe, décorent dix-huit piliers rectangulaires dont les faces miroitantes reflètent la lumière, les carreaux bicolores du sol, les voûtes et les colonnes qui les soutiennent.
Tout est chic, tout fait choc, et la séduction exercée par l'artifice se referme comme un piège dans cette galerie des glaces.

VEniaisery et Objets-visuels dans la salle des religieuses. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Catherine Brossais.
Le dispositif conçu pour la plus grande salle de l'abbaye conjugue des pendentifs et des tableaux ronds suspendus aux voûtes.
Les uns résultent de l'assemblage de boules de polystyrène enduites de peintures et ornées de bijoux extravagants. Emmanuelle Villard les pense comme un écho lointain aux décolletés des belles dames de la Renaissance et de l'Ancien Régime, dont les portraits peuplent les musées.
Les autres, elle les appelle tondo au singulier et tondi au pluriel, en raison de leur forme. Elle les a couchés au sol pour les enduire de résine acrylique et y emprisonner des milliers d'éléments minuscules — paillettes, perles, strass, miroirs et éclats de verre aux effets de pierres précieuses.
Séduisantes à première vue, ces pièces sursaturées où tout est toc dégagent assez vite un réel effet d'obscénité qui tient à leur caractère décadent, dégoulinant et, à bien y regarder, répugnant.

Installation de céramiques dans les anciennes latrines. Photo Conseil général du Val-d'Oise / Catherine Brossais.
Alors vient le temps de de la respiration, grâce à la contemplation de six sculptures. Ce sont autant d'essais de céramistes auxquels l'artiste a demandé de pousser leurs matériaux et les techniques qu'ils leurs appliquent jusqu'à un point-limite.
La première, noire et magnifiquement illuminée en clair-obscur, est un conglomérat fusionnel dû à la température extrême du four. Les formes étirées des cinq autres, blanches, tiennent vaillamment debout, fragiles et vulnérables, dans un équilibre bien réel quoique improbable.