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Ruines & Vestiges au musée archéologique du Val-d'Oise

25/01/2011 · Mise à jour : 16:00
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Cette allégorie sculptée par Joseph Tchaïkov s'intégrait aux frises du propylée du Pavillon de l'Union soviétique, construit en 1937 à Paris par l'architecte Boris Iofan pour l'Exposition internationale des Arts et Techniques appliqués à la Vie moderne. 
Une plate-forme pétrolière s'élève sur un tertre au centre du blason, devant un coucher de soleil, dans un médaillon ceint de gerbes de blé enrubannées ; à cette évocation des richesses industrielles et agricoles de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, constituée en 1937 sur les décombres de la république indépendante proclamée en 1918, s'ajoutent l'étoile rouge, symbole du socialisme, ici associée au croissant de lune, au slogan Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! et à la titulature officielle du nouvel État.
Coiffé d'une toque en laine, l'homme paraît tourner une vis sans fin qui pourrait évoquer une activité de forage ; la femme, aux cheveux couverts d'un foulard auquel sont accrochées de petites médailles, la femme porte un collier et des boucles d'oreille. Elle cueille de sa main droite une boule de coton et range sa récolte dans un linge serré contre sa taille.
Cette reconstitution, due à l'archéologue François Gentili, est un photomontage des éléments retrouvés en fouille dans une glacière du parc du château de Baillet-en-France.

Des mémoriaux


À quel impératif transcendantal répond la construction de mémoriaux reliant les morts aux vivants et les vivants aux morts ? Et que nous disent les vestiges matériels des civilisations passées ? Le musée archéologique du Val-d'Oise répond à ces questions en comparant la statuaire du sanctuaire de Genainville, reconstruit sur un plan monumental au milieu du IIe siècle après Jésus-Christ, aux blocs sculptés en 1937 par l'Ukrainien Jospeh Tchaïkov pour le pavillon soviétique de l'Exposition internationale des Arts et Techniques de la Vie moderne.

Les statues du sanctuaire gallo-romain de Genainville


Le règne d'Antonin le Pieux (138-161) fut celui de la pax romana. Le temple de Genainville était ainsi construit "à la romaine". Au centre de l'aire sacrée et entourées d'une galerie où circulaient les fidèles, ses deux salles étaient dédiées l'une à Mercure, protecteur des voyageurs et messager des dieux, et l'autre à Rosmerta, déesse gauloise de la fertilité. Une frise de tritons en ornait les façades, de magnifiques enduits peints revêtaient ses parois et, dans le nymphée et les bassins, des Cyclopes musculeux, des naïades paisibles et des enfants joueurs composaient un décor spectaculaire. L'ensemble, conforme aux canons de la beauté classique, respire la paix et la prospérité et traduit l'apparente harmonie du syncrétisme religieux auquel était arrivé l'Empire.

Les statues du pavillon soviétique de 1937


En 2004, une équipe de l'Institut national de recherches archéologiques préventives a retrouvé, dans la glacière d'un parc de Baillet-en-France, des fragments de sculptures colossales en béton armé. Très vite, le responsable des fouilles les a identifiées avec celles qui ornaient la frise courant sur le soubassement du pavillon soviétique dressé face à celui de l'Allemagne nazie, au pied du Trocadéro. L'URSS les offrit à l'Union fraternelle de la Métallurgie pour remercier les ouvriers engagés dans la construction d'avoir, à titre exceptionnel, renoncé à participer aux grandes grèves du Front populaire. Transportées dans le parc du château de Baillet que le syndicat avait acquis pour les premiers congés payés des métallos, les statues furent brisées par les Jeunesses pétainistes auxquelles la propriété fut attribuée pendant la guerre. Elles y voyaient, sans doute aucun, les symboles dangereux d'un régime honni. Elles auraient pu, tout aussi bien, se reconnaître dans ces figures académiques exaltant le travail, la famille, la patrie − toutes valeurs dont elles se réclamaient. Et, bien que celles-ci soient exemplaires d'un mensonge d'État formulé à l'un des pires moments de la dictature stalinienne, nous ne saurions ignorer qu'elles représentèrent, à l'époque, un message d'espoir pour la classe ouvrière.

En valorisant ses collections, en faisant appel à la création, le musée archéologique du Val-d'Oise met ces vestiges en perspective et invite ses visiteurs à regarder autrement les reliques de l'histoire.

À lire


Ruines & Vestiges, sous la direction de Catherine Vaudour, Saint-Ouen-l'Aumône : Conseil graphique Éditions du Valhermeil, 2011, 125 pages illustrées.

Prolongation exceptionnelle jusqu'en juin !


Musée archéologique du Val-d'Oise

Musée de France / Site du Conseil général du Val-d'Oise
Place du Château — 95450 Guiry-en-Vexin
01 34 67 45 07 —  musee.guiry@valdoise.fr
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