

À quel impératif transcendantal répond la construction de mémoriaux reliant les morts aux vivants et les vivants aux morts ? Et que nous disent les vestiges matériels des civilisations passées ? Le musée archéologique du Val-d'Oise répond à ces questions en comparant la statuaire du sanctuaire de Genainville, reconstruit sur un plan monumental au milieu du IIe siècle après Jésus-Christ, aux blocs sculptés en 1937 par l'Ukrainien Jospeh Tchaïkov pour le pavillon soviétique de l'Exposition internationale des Arts et Techniques de la Vie moderne.
Le règne d'Antonin le Pieux (138-161) fut celui de la pax romana. Le temple de Genainville était ainsi construit "à la romaine". Au centre de l'aire sacrée et entourées d'une galerie où circulaient les fidèles, ses deux salles étaient dédiées l'une à Mercure, protecteur des voyageurs et messager des dieux, et l'autre à Rosmerta, déesse gauloise de la fertilité. Une frise de tritons en ornait les façades, de magnifiques enduits peints revêtaient ses parois et, dans le nymphée et les bassins, des Cyclopes musculeux, des naïades paisibles et des enfants joueurs composaient un décor spectaculaire. L'ensemble, conforme aux canons de la beauté classique, respire la paix et la prospérité et traduit l'apparente harmonie du syncrétisme religieux auquel était arrivé l'Empire.
En 2004, une équipe de l'Institut national de recherches archéologiques préventives a retrouvé, dans la glacière d'un parc de Baillet-en-France, des fragments de sculptures colossales en béton armé. Très vite, le responsable des fouilles les a identifiées avec celles qui ornaient la frise courant sur le soubassement du pavillon soviétique dressé face à celui de l'Allemagne nazie, au pied du Trocadéro. L'URSS les offrit à l'Union fraternelle de la Métallurgie pour remercier les ouvriers engagés dans la construction d'avoir, à titre exceptionnel, renoncé à participer aux grandes grèves du Front populaire. Transportées dans le parc du château de Baillet que le syndicat avait acquis pour les premiers congés payés des métallos, les statues furent brisées par les Jeunesses pétainistes auxquelles la propriété fut attribuée pendant la guerre. Elles y voyaient, sans doute aucun, les symboles dangereux d'un régime honni. Elles auraient pu, tout aussi bien, se reconnaître dans ces figures académiques exaltant le travail, la famille, la patrie − toutes valeurs dont elles se réclamaient. Et, bien que celles-ci soient exemplaires d'un mensonge d'État formulé à l'un des pires moments de la dictature stalinienne, nous ne saurions ignorer qu'elles représentèrent, à l'époque, un message d'espoir pour la classe ouvrière.
En valorisant ses collections, en faisant appel à la création, le musée archéologique du Val-d'Oise met ces vestiges en perspective et invite ses visiteurs à regarder autrement les reliques de l'histoire.