Archéologie & histoire de Saint-Ouen-l'Aumône

Saint-ouen-l'aumone carte état majorVoir l'image en grand Minute de la carte d'État-Major, feuille 18 bis au 1/10000, 1818-1824. IGN / Archives de la cartothèque.Jusqu'au XVIIIe siècle, le terroir de Saint-Ouen-l'Aumône était en grande partie couvert de bois et de vignes, les autres cultures se développant vers l'Oise.

Le maraîchage s'est développé au XXe siècle, après la construction de l'usine élévatrice de Pierrelaye qui redistribuait les eaux enrichies des résidus de la station d'épuration d'Achères.

Les carrières de pierre étaient nombreuses dans les coteaux où existait aussi une exploitation de gypse.

La commune abrite aujourd'hui une des plus grandes zones d'activités de France et, depuis trente ans, son urbanisation se poursuit sans cesse.

Découvertes archéologiques

Des outils préhistoriques et protohistoriques — pointes de flèche taillées en silex, hache en bronze à talon, ciseau à douille de l'âge du Bronze — ont été découverts au cours du XXe siècle.

En 1997, des sondages réalisés dans la zone d'activités concertées (ZAC) de Saint-Prix ont livré quelques tessons de poterie et des éléments métalliques décorés de l'âge du Bronze final ou du début du premier Âge du Fer. En 2000, dans la ZAC des Béthunes, des ossements animaux et d'autres tessons ont été recueillis dans cinq silos gaulois.

Dans les années 1920, cinq sarcophages en plâtre mérovingiens ont été trouvés dans l'ancien parc de Maubuisson. Ils abritaient des squelettes, des « haches » ou des « lampes en fer », une javeline et une bague en or.

L'ancienne abbaye cistercienne de Maubuisson a fait l'objet de fouilles archéologiques entre 1978 et 1983.

Le quartier de l’église

Selon la tradition, l'église paroissiale (voir ci-dessous) doit son origine et sa titulature au sanctuaire érigé près de la chaussée Jules-César en l'honneur de saint Ouen († 686), évêque de Rouen, à l'endroit où le clergé de Paris aurait remis aux Rouennais le corps de leur prélat. Plus tard, le développement de la ville de Pontoise sur le rocher du Mont-Bélien entraîna l'abandon progressif de la chaussée et la création d'un nouvel axe routier passant l'Oise à 700 mètres en amont du pont gallo-romain.

L'histoire du village est méconnue. On sait qu'en 1657, l'Hôtel-Dieu de Paris vendit son fief de Saint-Ouen à Simon de la Corée († 1680), écuyer du roi. Le château fut élevé au XVIIIe siècle et, dans le parc dit Le Nôtre, une glacière porte la date de 1733 ; le pigeonnier de la ferme seigneuriale (7, rue de Saint-Ouen) a été inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1947.

En 1778, Antoine de Saint-Germain d'Apchon (1749-1793), marquis de Montrond en Forez et maréchal de camp des armées du roi, épousait Marie Péricard (vers 1755-1780). Le châtelain fut arrêté et exécuté avec sa belle-mère et son homme d'affaires en 1793. Mariée en 1800 avec Armand François, marquis de Biencourt (1773- ?), sa fille Antoinette Marie (1780-1805) mit au monde deux ans plus tard Armand Marie Antoine. De son union avec Aurélie de Montmorency (1803- ?), contractée en 1824, naquit Marie Sidonie Charlotte "Nathalie" de Biencourt (1839-1882), devenue marquise de Clermont-Tonnerre en 1864. Des membres de la famille furent enterrés près de l'église, dans l'ancien cimetière.

Le 21 pluviôse an II (9 février 1794), la commune prit le nom de Montagne-sur-Oise, la rue de Saint-Ouen devint la rue du Bon-Air, celle de Saint-Lazare, rue de la Montagne-sur-Oise et celle de Maubuisson, rue de l'Hôpital Militaire. Après avoir été dédiée à l'Être suprême en 1794, l'église fut rouverte au culte catholique, le 25 messidor an VIII (14 juillet 1800). Le 14 frimaire an XI (5 décembre 1802), Nicolas Boulogne, ancien directeur des dames de Maubuisson, fut nommé curé de Saint-Ouen.

Saint-Ouen-l'Aumône parc Le notreVoir l'image en grand Les fosses de plantations visibles dans une tranchéeDans une partie du parc Le Nôtre, l’équipe des archéologues du service départemental d'archéologie du Val-d’Oise a effectué un diagnostic archéologique du 25 janvier au 5 février 2016.

La proximité de l'église paroissiale, du château disparu, de sa glacière et de son pigeonnier datés du XVIIIe siècle, présageait un potentiel archéologique à vérifier. De plus, le voisinage de la léproserie Saint-Lazare, devenue le couvent des Capucins, laissait envisager la présence de tombes. Enfin, le parc lui-même, aménagé à la fin du XVIIe siècle pouvait receler des éléments importants du paysage ancien.

Sondé sur 1,5 ha, le terrain a révélé environ 150 fosses de plantation. L'observation d’alignements réguliers de fosses présument d’une organisation rigoureuse des plantations, résultat d'un véritable projet paysager pour le château de Saint-Ouen-l’Aumône.

Haute-Aumône et Basse-Aumône

Le long de la route médiévale s'étendaient La Haute-Aumône, partie la plus peuplée, et La Basse-Aumône, près de la rivière. Le cimetière et la chapelle Sainte-Élisabeth de l'hôtel-Dieu de Pontoise, situé sur la rive opposée, lui faisaient face.

La tête du pont fortifié dépendait de Pontoise. Cet îlot accessible par un pont-levis portait sept maisons en 1589. Pendant les troubles de la Ligue (1588-1594), les tours crénelées de la porte furent à demi-démantelées. Le faubourg de l'Aumôneavait été fermé de portes vingt ans auparavant à cause « des gens d'armes qui y vouloient loger par force, et est la grande rue, pavée de grès, depuis la Maladrerie jusqu'au pont, tout le long de la chaussée, et au bout d'icelle chaussée, il y a encore plusieurs maisons et boutiques de gens de mestier et des hosteliers pour les passans. » (Noël Taillepied).

La chapelle de la léproserie de la Haute-Aumône avait été dédiée, vers 1110, à sainte Madeleine. En 1142, Louis VII (1120-1180) lui avait donné une arche du pont sur l'Oise et en 1183, Philippe Auguste (1165-1223) avait institué une foire en sa faveur, qui se déroulait les 13 et 14 septembre à Saint-Ouen-l'Aumône. On y conservait précieusement le bourdon de pélerin de saint Louis (1214-1270).

En 1465, elle était connue sous le vocable de Saint-Ladre et dépendait de l'église Saint-Maclou de Pontoise qui y fonda un nouvel autel en 1481. Acquise en 1589 par les Frères Minimes de saint François de Paule (1416-1508), elle fut unie au Collège de Pontoise en 1600, et cédée en 1603 aux Capucins qui la reconstruisirent aussitôt.

En 1788, quatre ouvriers employés à réparer les dommages causés par la grêle démolirent deux chapelles de l'église et refirent les toitures au-dessus du cloître, du réfectoire, de la salle, du bûcher, de la bibliothèque, et des latrines. Trois ans plus tard, les trois derniers Capucins quittèrent leur couvent. Le père Germain, chapelain de l'ambassadeur d'Autriche, se retira à Neuville et le père Chrysanthe, alias Sylvain Renard, fut nommé procureur de Saint-Ouen et vicaire de la Madeleine au faubourg de la Ville-l'Évêque à Paris.

Vers Épluches

À l'est de la paroisse, la ferme de Courcelles (Corcelles, 1236) dépendait du gros hameau d'Espeluches,cité en 1267.

Voir l'image en grand SDAVO L'abbaye de MaubuissonEn 1236, Blanche de Castille (1188-1252), fit construire au bord du ru de Liesse, un petit affluent de l'Oise, l'abbaye de Maubuisson pour des moniales cisterciennes (voir les ressources associées). Leur ferme de Liesse, attestée en 1570, présentait deux tourelles sur le chemin de Paris. Elle était située entré Épluches et La Vacherie (villam que vocatur Vacaria, 1256), en ruines en 1731.

Un lieudit situé à l'est de Maubuisson rappelle l'existence de la chapelle Saint-Hilaire (Sancto Ylario). Citée entre 1230 et 1496, elle desservait sans doute le village d'Aulnay, déserté pendant la guerre de Cent ans (1336-1453). Peut-être s'élevait-elle au nord de la rue Alexandre-Prachay, où des sépultures ont été observées, à moins qu'elle n'ait été située du côté de la ferme de Courcelles, où l'abbé Lebeuf mentionne la découverte d'un tombeau de pierre au XVIIIe siècle.

En 1654, René Jacob, écuyer et valet de chambre du roi, acheta la seigneurie d'Épluches. Au XVIIIe siècle, son descendant fit élever une demeure composée de trois ailes ; celle qui subsiste vient d'être restaurée.

L’église Saint-Ouen

Voir l'image en grand SDAVO

Inscrit à l’inventaire des monuments historiques le 16 juin1926. Propriété communale.

Une église romane et gothique

L'église fut bâtie sur le bord de la chaussée Jules-César, à l’emplacement d’une chapelle qui, selon la tradition, avait abrité la dépouille de saint Ouen [† 684], évêque de Rouen, lors de son transfert de l’abbaye de Saint-Denis vers la capitale normande.

Le portail roman de la façade ouest, dont le parement a été refait au XIXe siècle, est encadré de deux couples de colonnes, cylindriques et octogonales. Elles sont coiffées de chapiteaux sculptés de motifs géométriques et végétaux. Ils supportent une arcade décorée de petites rosaces.

La nef du XIIIe siècle comporte trois travées voûtées sur croisées d’ogives dont les clefs ouvragées représentent des personnages. Les arcades latérales en tiers-point donnant sur les bas-côtés reposent sur des colonnes aux chapiteaux à feuilles et crochets. Le mur ouest de la nef porte les traces de deux fenêtres hautes et de deux enfeus en plein cintre de part et d’autre de la porte. Le chœur et les deux chapelles latérales sont du XIXe siècle.

Au XVIIIe siècle, l’abbé Lebeuf a relevé à gauche du chœur une inscription rappelant la dédicace de l’église le 6 mai 1499 par l’évêque de Paris. Le pavé ayant été refait, toutes les pierres tombales avaient disparu et il mentionne seulement l’épitaphe d’Abraham Kreutzer († 1597), aujourd’hui masquée par l’orgue. Né à Soleure (Suisse), ce capitaine dirigea une compagnie de trois cents hommes au régiment du roi Henri IV (1553-1610).

Près du presbytère, se trouvent les plaques et monuments funéraires de Simon de La Corée († 1708) et d’Antoinette Marie de Saint-Apchon, dame de Biencourt († 1805). Quatre sculptures figurant les symboles des évangélistes : Marc (le lion ailé), Luc (le taureau ailé), Jean (l’aigle) et Matthieu (l’homme ailé) sont déposés dans la cour du presbytère.

Classée Monument historique le 31 mai 1897, la Vierge ouvrante de l’abbaye de Maubuisson a malheureusement été volée en 1973. Cette « curieuse madone » un peu plus grande que nature était sculptée dans un tronc de noyer. Marie, assise sur une chaise basse à deux bras sans dossier, tenait l’Enfant Jésus sur son genou gauche. D’un type très rare, la statue s’ouvrait par le milieu et se développait en triptyque : trois parties évidées intérieurement se divisaient en plusieurs compartiments garnis de petites colonnettes en bois et de statuettes représentant le Paradis, le Purgatoire, l’Enfer et des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Du temps où elle se trouvait à Maubuisson, près du maître-autel, la Vierge reposait sur un support « assez grotesque » constitué par un groupe d’ermites chantant et jouant des instruments de musique. Leurs bouches étaient ouvertes comme des fours et tentaient les enfants des environs qui ne venaient jamais pour les processions de Maubuisson sans remplir leurs poches de pommes, de noix et de gâteaux afin de « nourrir les ermites ». La tradition rapporte que les religieuses invoquaient la Vierge par temps de sécheresse et qu’il suffisait de l’ouvrir pour faire venir la pluie. En 1792, elles la confièrent à leur jardinier, Guillaume Chennevière. En 1839, la statue fut donnée à l’église de Saint-Ouen. Lors de son ouverture, elle ne renfermait plus aucune des figurines d’origine, qui furent remplacées par des scènes évoquant la Passion du Christ.

Le pigeonnier seigneurial

Inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques le 26 juillet 1947. Propriété communale.

Cet édifice cylindrique est coiffé d’un toit en forme de cône au-dessus duquel une petite construction couverte d’ardoises permet d’aérer le niveau supérieur où s’ébattaient les volatiles. Le diamètre intérieur de ce pigeonnier est d’environ 4,50 mètres ; régulièrement disposées en quinconce, les alvéoles servant de nichoirs s’étagent sur 33 rangs et occupent la totalité de la paroi. Les 16 500 niches pouvaient accueillir 33 000 colombes ! Le niveau inférieur, aveugle, consiste en une salle voûtée en coupole, au sol de terre battue.

Quartier du Vert-Galant
Voir l'image en grand SDAVO carte de situation

Au nord du chemin de Vaux, au lieudit La Créatte, un diagnostic confié à l'Institut national de recherches archéologiques préventives a révélé l'existence d'un habitat néolithique et d'un autre gaulois.

Sur le coteau dominant l’Oise, une grande fosse contenait des tessons de poteries remontant à la culture dite de Villeneuve-Saint-Germain (4900-4700 avant J.-C.), rattachée au Néolithique ancien, un millier de silex et de quelques fragments de bracelets en schiste. Le sol d’occupation était marqué par de petits galets et du mobilier épars.

Dans la partie basse du terrain, le fossé qui bordait un bâtiment gaulois de La Tène finale (120 à 50 avant J.-C.). appartenait peut-être à un enclos. Orientée Nord-Est/Sud-Ouest, cette construction à six poteaux de bois, parois de terre et toit de roseaux ou de chaume mesurait 7,50 mètres sur 6,40 mètres.

Les autres fossés et fosses fouillés dans le secteur n’ont pu être datés.

De lointains ancêtres aux abords de l’abbaye de Maubuisson
Voir l'image en grand Fouille d'un drain médiéval à Maubuissson

Un chantier d’archéologie préventive s’est déroulé face à la grange aux dîmes préalablement à l’extension d’un golf public en mars 2013. Cette opération a été réalisée par le SDAVO sur des terrains totalisant une surface de 5 ha environ.

Si l'abbaye de Maubuisson est aujourd'hui bien connue grâce aux fouilles menées dans les années 1980, ses abords immédiats ont en revanche rarement été étudiés. Ce diagnostic aréchéologique est venu partiellement combler ce déficit de recherche, avec la mise au jour de nombreux vestiges renvoyant à différentes époques de la Préhistoire et de l'Histoire.

Ce terroir est au moins occupé depuis l'âge de la pierre polie ou Néolithique, et peut-être même avant, si l'on en juge par la mise au jour d'une lame en silex typique de la fin du Paléolithique. Dès l'Antiquité les romains aménagent les abords du ru de Liesse, sans doute pour se faciliter l'accès à l'Oise. Plus tard durant le haut Moyen Âge, les carolingiens s'implantent sur les premiers contreforts du plateau avec des petits bâtiments à usage artisanal. Le site demeure occupé durant le Moyen Âge classique, bien que les vestiges soient moins abondants. Puis, au bas Moyen Âge les abords de la grange aux dîmes font l'objet d'un aménagement destiné peut-être à prévenir toute inondation. Les travaux effectués sont prometteurs et pourraient donner lieu à des recherches plus approfondies dans les années à venir.

En savoir plus

Les antiquités et singularités de la ville de Pontoise, par Noël Taillepied. Paris, Librairie Champion, 1876, 141 pages.

Abbaye cistercienne de Maubuisson : la formation du temporel (1236 à 1256), par Armelle Bonis. Saint-Ouen-l'Aumône, service départemental d'archéologie du Val-d'Oise, 109 pages.

Maubuisson au fil de l'eau... Les réseaux hydrauliques de l'abbaye du XIIIe au XVIIIe siècle, par Monique Wabont. Cergy, Conseil général du Val-d'Oise, 1992, 48 pages illustrées.

Jardins en Val-d'Oise, par Annick Couffy, Laurent Lempereur et Geneviève Roche-Bernard. Cergy-Pontoise, Conseil général du Val-d'Oise, 1993, p. 170.

« La ferme de la Haute-Borne », par Solange Contour.Vivre en Val-d'Oise, 27, 1994, p. 27-31.

Carte archéologique de la Gaule : le Val-d‘Oise, 95, ouvrage collectif dirigé par Monique Wabont, Franck Abert et Didier Vermeersch, Paris, Maison des sciences de l'homme, 2006.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Jean Lebeuf, Paris, Prault Père, 1755.

Le patrimoine des communes du Val d'Oise, ouvrage collectif, Flohic Éditions, 1999. (collection Le Patrimoine des communes de France).