Archéologie & histoire de Pontoise

Pontoise minute EMVoir l'image en grand Minute de la carte d'État-Major, feuille 18 bis au 1/10000 - 1818-1824. IGN / Archives de la cartothèque.Sur la rive droite de l'Oise, au confluent de la Viosne et du ru de l'Ermitage, Pontoise s'étage entre 25 et 85 mètres d'altitude.

Dès le Haut Empire, Brivisara, le pont sur l'Oise, commandait la traversée de la rivière par la chaussée Jules-César.

La ville médiévale s'est développée au nord de ce passage, à partir de l'éperon rocheux du Mont-Bélien, en laissant hors de ses remparts les hameaux de L'Ermitage, du Chou, de Marcouville et de Saint-Martin.

Siège d'un château royal, la capitale du Vexin français fut une des villes les plus prospères du royaume jusqu'à la guerre de Cent ans : elle, qui comptait près de 10 000 habitants en 1332, ne retrouva ce niveau de population qu'en 1906. Pontoise est Ville d'art et d'histoire depuis 2006. On peut découvrir son histoire au Carré Patrimoine, ouvert en 2017.

Pontoise avant la ville

La Préhistoire

Voir l'image en grand SDAVO L'allée couverte néolithique provient d'Us. Elle a été déplacée à Pontoise à la fin du XIXe s.En 1993, les ossements d'équidé et de marmotte découverts à 13 mètres de profondeur sous les jardins de l'hôtel de ville n'étaient associés à aucun outil préhistorique. Quelques silex taillés ou polis au Néolithique ont été signalés jadis rue de la Roche, chemin de Cergy et vers la rivière près du site de l'ancien hôtel-Dieu. Le lieudit La Table Ronde, près du collège Chabanne, évoque un ancien dolmen.

En savoir plus sur l'allée couverte située au musée Tavet : le petit guide des mégalithes du Val-d'Oise.

Des tessons de céramique non tournée, attribuable à l'âge du Fer, ont été recueillis dans les fouilles du parvis de l'église Saint-Maclou.

L'Antiquité gauloise et gallo-romaine

Dans un manuscrit conservé au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France, l'abbé Barthélemy (1716-1795) mentionne une monnaie en or attribuable aux Suessions (peuple gaulois établi dans l'Aisne autour de Soissons), sans préciser le lieu de la trouvaille.

Entre Lutèce (Paris) et Rotomagus (Rouen), Brivisara - "le pont sur l'Oise" - est la première station qu'indique la table de Peutinger sur la chaussée Jules-César. En 1685, des ouvriers mirent au jour « au fond de la rivière quantité de grands et gros pieux de bois des piles dudit pont, au fondement desquels on a trouvé beaucoup de pièces de monnaie de cuivre à l'effigie de Jules César (vers 100 / 44 avant J.-C). Le bois était encore fort dur, mais noir comme du charbon. » D'autres pilotis furent trouvés en 1846, quand l'écluse fut installée. Jadis, le cours d'eau divaguait et se partageait en plusieurs bras. Un chenal, comblé naturellement dès l'Antiquité tardive, a été observé lors de sondages archéologiques au 16, chemin de la Pelouse.

Malgré sa position privilégiée, les traces avérées de l'occupation antique sont rares. Dans le parc de l'école Saint-Martin-de-France, quelques murs, des pesons de métiers à tisser, des tessons de céramique sont datés de l'Antiquité tardive.

Le musée archéologique du Val-d'Oise conserve quelques objets réputés venir du centre-ville où aucun site n'est formellement attesté :

  • un col en verre et un fragment de déesse en terre blanche de l'Allier, ramassés lors de la construction du palais de justice, place du Vieux-Cimetière (place Nicolas-Flamel)
  • deux coupelles en sigillée (une céramique à vernis rouge grésé, décor en relief et estampille du potier) recueillies rue de la Roche
  • un col de cruche romaine trouvé rue du Tribunal (impasse Tavet)
  • un pied et un fond de sigillée avec estampille ainsi que deux fragments de jatte provenant de la place du Grand-Martroy, contre l'impasse aux Fèves (1911) et une assiette sigillée de La Graufesenque (Aveyron) estampillée OFMCCAR, avec un graffiti sur le pied, provenant de l'impasse Tavet.


Le haut Moyen Âge

Au sud de la chaussée Jules-César, une nécropole mérovingienne découverte au XVIIe siècle dans l'enclos de l'abbaye Saint-Martin a livré de nombreux sarcophages, inscriptions, monnaies, médailles, vases, lampes, etc. Orientées têtes à l'ouest, les onze sépultures fouillées en 1993 comprenaient six inhumations en pleine terre, deux sarcophages en plâtre et trois autres en calcaire. Ces derniers, en forme de trapèze et sans décor, étaient faits de deux blocs accolés, le troisième étant monolithe.

Un homme d'environ 25 ans inhumé en pleine terre avait subi une déformation crânienne importante. Obtenu par la pose d'un serre-tête dès la naissance de l'enfant, ce crâne « en pain de sucre », qualifié de « burgonde » par les archéologues, résulterait d'une pratique en vigueur vers le VIe siècle en Europe de l'Est. À proximité, se trouvaient un fond de cabane, des fosses et un silo du haut Moyen Âge.

La ville dans ses murailles

Le mont Bélien

Voir l'image en grand Saint-Mellon et Saint-Pierre, gravure, C.Chastillon, XVIIe s. Selon certains auteurs, le premier castrum de la capitale du Vexin aurait été établi dans une île de l'Oise, près de la chaussée Jules-César. Après son incendie par les Vikings en 885, il aurait été reconstruit quelque 600 mètres au nord sur une position défensive plus avantageuse. La séparation entre le mont Bélien et le plateau était alors davantage marquée par une dépression, observée en 2005 dans les fouilles de la rue de l'Ordre et aujourd'hui masquée par l'urbanisation. L'église Saint-André s'élevait à mi-pente au sud, sous le château royal, puis venaient l'abbaye Saint-Mellon et le prieuré Saint-Pierre au nord, qui dominait le château de la famille Tyrel, siège du fief de Poix.

La ville haute

Au nord-ouest, Saint-Maclou était la paroisse principale de la ville haute où se regroupaient les pouvoirs religieux – dans le Grand-Vicariat –, et les pouvoirs civils – autour de la maison de ville avec la prison et l'hôtel de la lieutenance générale du bailliage de Senlis.

Les abbayes Saint-Martin de Pontoise et Notre-Dame du Val à Mériel, la léproserie Saint-Lazare de Saint-Ouen ou le prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris y possédaient des maisons avec celliers.

Les artisans et les commerçants habitaient les rues de la Coutellerie, de la Cordonnerie, de la Tonnellerie, etc. Des boutiques bordaient les places de la Harengerie, de la Pierre-aux-Poissons, de l'Étape-aux-Vins ou marché à la laine (place de l'Hôtel-de-Ville).

Les marchés aux grains, au chanvre, aux herbes ou aux navets se tenaient dans l'enceinte du XIIe siècle, les marchés aux bestiaux étaient relégués aux entrées de la ville, le marché au Bœufs à la porte Bûcherel près de l'Oise, le marché aux Porcs à la porte d'Ennery, non loin du premier couvent des Cordeliers.

Au milieu du XVIIIe siècle, le déclassement de la place forte entraîna le démantèlement des murailles et l'aliénation des fossés, permettant à M. Levasseur de Verville (1729-1824) d'agrandir sa propriété.

Pontoise moulinsVoir l'image en grand SDAVO les moulins de PontoiseLa ville basse

La muraille courait le long de la rivière, protégeant l'hôtel-Dieu puis, à l'ouest, la ville basse qu'irriguait le canal de la Viosne détournée depuis Osny. Il faisait tourner les cinq moulins établis le long des rues de la Grande-Tannerie et de la Petite-Tannerie (rue Pierre-Butin) où des bacs de tanneurs médiévaux ont été mis au jour en 1991. La partie est de ces rues prit le nom de Grande-Boucherie quand les bouchers s'y installèrent au XVIe siècle.

Entre 1600 et 1620, le couvent des Ursulines et le Carmel Saint-Joseph furent fondés dans ce quartier et les Jésuites s'établirent près de l'hôtel-Dieu. Vers 1650, la ville fonda l'hôpital des Pauvres enfermés près du Collège.

Voir l'image en grand L'Hôtel-Dieu de Pontoise, gravure, C.Chastillon, XVIIe s.Depuis 1510, un aqueduc en plomb, alimenté par les sources de Busagny à Osny, fournissait en eau potable des fontaines plantées devant l'église Notre-Dame, puis, suivant la future rue Pierre-Butin, devant l'hôpital Saint-Jacques (à l'angle de la rue du Grand-Godet), dans le Collège, devant le logis de Pierre Honoré (détruit par la rue Adolphe-Thiers), à la croix du Bourg (à l'angle de la rue Alexandre-Prachay), à l'hôtellerie des Deux-Anges, devant l'église Saint-André (à l'angle de la rue Séré-Depoin), à l'hôtel-Dieu et enfin dans les jardins des Cordeliers.

Les faubourgs

Sur le plateau dominant au sud la vallée de la Viosne, le bourg Saint-Martin relevait depuis la fin du XIe siècle de l'abbaye du même nom. Il comptait en 1328 une centaine de foyers qui furent ruinés par la guerre de Cent ans. Les caves voûtées sur croisées d'ogives qui furent découvertes dans une tranchée de tout-à-l'égout creusée en 1914 rue du Général-Delarue en sont sans doute les vestiges. À l'époque moderne, le bourg était réduit à un quadrilatère de 150 sur 110 mètres commandé par une porte s'ouvrant à l'angle des rues Saint-Martin et des Carrières. Au-delà, vers le nord-ouest, les Bénédictines anglaises établirent leur couvent en 1658.

Avant 1150, les seigneurs de Gisors avaient cédé à l'abbaye Saint-Martin le bourg des Moulins et le bourg Neuf. Le premier correspondait aux moulins de tanneursélevés sur le canal de la Viosne (rue des Étannets). Le second était établi entre ce même canal et l'ancien lit de la rivière, renommée la Couleuvre.

Jusqu'au milieu du XIIIe siècle, ces trois bourgs relevèrent de la paroisse de la Trinité dont l'église était l'abbatiale de Saint-Martin. La fondation en 1226, dans le bourg Neuf (faubourg Notre-Dame), d'une chapelle Notre-Dame, et le développement rapide d'un pèlerinage autour de la statue miraculeuse de la Vierge, justifièrent l'érection d'une nouvelle paroisse en 1249, l'abbé de Saint-Martin conservant le patronage de la cure. Le quartier environnant, appelé parfois la Foulerie, doit son nom aux ouvriers foulons qui s'y installèrent au XIVe siècle.

Le domaine de Marcouville s'étend à l'ouest du faubourg Notre-Dame. Il subsiste des caves du château bâti en 1604 sur les plans de Nicolas Le Mercier (1541-1637) pour la famille de la Grange-Trianon, seigneur de Neuville. Agrémentés de canaux, miroirs et jets d'eau, les jardins à la française, plus tard remaniés en un parc à l'anglaise, descendent en terrasses jusqu'à la Viosne. Ouverts au public, ils sont classés à l'inventaire des sites naturels. Transformé en maison bourgeoise au XIXe siècle, le château fut en partie détruit par un bombardement durant la Seconde Guerre mondiale. Il a été restauré dans les années 1950 et appartient aujourd'hui à la chambre de commerce.

À la fin de l'Ancien régime, le château de Beaujour s'élevait au nord de Pontoise dans le clos de Montjavoult, où les religieuses de l'hôtel-Dieu soignaient un siècle plus tôt les malades atteints de la peste (rue Jean-Paul-Soutumier).

La maladrerie Saint-Antoine d'Ennery a donné son nom au ru qui se jette dans l'Oise au nord de la ville et la sépare du faubourg de l'Ermitage, où les Mathurins s'installèrent en 1579. À la même époque, des ruines dites château Verger, Berger ou Belger se dressaient « sur un rocher en un coin de montagne, tout devant la place de Maubuisson, de l'autre côté de la rivière où il y a encore plusieurs petites maisons au bas des ruines, sur le chemin par où on va de la ville au village d'Auvers. » Au-delà, le hameau du Chou doit sa célébrité à Camille Pissarro (1830-1903) et à Paul Cézanne (1839-1906).

Collections publiques
  • Au British Museum à Londres : des fibules aviformes découvertes à Pontoise.
  • Au musée archéologique du Val-d'Oise à Guiry-en-Vexin : un fragment de couvercle de sarcophage gravé (dépôt du musée Tavet-Delacour, don de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Vexin et du Val d'Oise) et un vase globulaire (n° D680) ; sans doute aussi un fragment de stèle ou de couvercle de sarcophage orné sur trois côtés de dents de loup (n° D679) attribué par erreur au site de La Ballastière à Cergy.
  • Près du château et de l’église Saint-Mellon, un trésor a été découvert en 1892. Un vase contenait ainsi 6 000 pièces de monnaies et quelques bijoux, visibles au musée.
Le couvent des Cordeliers

Voir l'image en grand SDAVO Plaque apposée sur les vestiges du couvent des CordeliersVestiges inscrits à l’inventaire des monuments historiques le 6 avril 1929. Propriété privée.

Le 5 juin 1792, les Cordeliers furent expulsés, leur cloître servit de halle pour la vente de la farine. L’église transformée en écurie fut en partie rasée en 1799 puis démolie en 1860 pour l’élargissement de la place de l’Hôtel-de-Ville. Les bâtiments occupés aujourd'hui par l’hôtel de ville remontent à la fin du XVIIe siècle.

Une première implantation hors les murs

Appelés à Pontoise par la reine Blanche de Castille (1188-1252), les Cordeliers, frères mendiants qui suivaient la règle de saint François d’Assise (1182-1226), s’installèrent hors les murs de la ville, près du marché aux Pourceaux (3 et 5, rue Saint-Jean). La porte des Cordeliers fut condamnée au début de la guerre de Cent ans et leur monastère rasé pour éviter son occupation par les Anglais.

De nouveaux bâtiments sur la place de l’Étape-aux-Vins

Les pierres de l’ancien couvent servirent en 1359 à bâtir un nouvel établissement à l’abri des fortifications. Pour ce faire, devant le Marché à la Laine (place de l’Étape-aux-Vins puis de l’Hôtel-de-Ville), ils avaient acquis une maison avec cour et dépendances, l’hôtel aux Sauniers et la chapelle Saint-Jacques relevant du prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris.

Entre 1500 et 1550, ils édifièrent une nouvelle église dédicacée en 1515, puis agrandirent leur couvent. Leur dortoir s’étendait au-dessus du réfectoire long de quatre travées. Les frères, réputés pour leurs travaux intellectuels, disposaient d’une bibliothèque riche en livres de grammaire, philosophie, mathématiques, théologie, droit canon et civil, etc. À la fin du siècle, leur communauté comptait, sans les novices et les serviteurs, une quarantaine de frères qui prêchaient l’Avent et le Carême à Saint-Maclou tous les dimanches et fêtes.

Des aménagements hydrauliques

Dans la partie basse de leur domaine, une fontaine était alimentée par un aqueduc venant des sources de Busagny à Osny. Dans le cloître, une citerne circulaire de dix mètres de diamètre, bâtie en pierre de taille autour d’un pilier central, recueillait les eaux de pluie et alimentait au moins un bassin qui ornait les jardins. En son centre, le pilier recèle un puits qui s’ouvre dans la cour du cloître.

L’hôpital général des Pauvres enfermés

Voir l'image en grand SDAVO Vestiges de la fontaine (seconde moitié du XIIIe s.)Portail d'entrée (inclus l'ensemble du motif à bossages et la fontaine à stalactites de pierre placée à l'angle du bâtiment) inscrit à l’inventaire des monuments historiques le 27 décembre 1939 ; façade sur rue et toiture correspondante : le 4 janvier 1954. Propriété communale.

Le premier hôpital général

La fille du baron Gaston Jean Baptiste de Renty (1611-1649) avait pris le voile au Carmel de Pontoise sous le nom de sœur Marie Innocente de la Nativité († 1665). En 1645, ce proche de Vincent de Paul (1581-1660), supérieur de la Compagnie du Saint-Sacrement, entreprit de convaincre les notables de la ville d’établir un hôpital général. De tels établissements, apparus sous le règne de Louis XIII (1601-1643), tentaient de résoudre le problème de la mendicité en enfermant les pauvres. En 1654, la Confrérie aux Clercs de Pontoise offrit 300 livres de rente et le séminaire attenant au Collège. Plusieurs corps de logis et bâtiments avec des jardins hébergeaient « les pauvres hommes et femmes, vieillards et orphelins, indigents sans famille [domiciliés dans la ville depuis au moins deux ans], pour les soigner dans leurs maladies, avec une école pour instruire les enfants et [une fabrique de bas, de bonnets et d’ouvrages en soie, laine et coton] pour leur apprendre un métier ». À leur sortie, les pauvres recevaient des vêtements, une aide qui pouvait être de l’argent (5 à 10 sols par semaine), et les femmes un rouet et du matériel à filer ; un potage quotidien leur était offert au couvent des Ursulines.

La première pierre de la chapelle fut posée en mai 1657 sur un terrain acheté de l’autre côté de la rue. Dédiée à Notre-Dame de Lorette, elle était édifiée sur le plan de l’église du couvent des Madelonnettes à Paris. En 1666, l’acquisition d’une maison mitoyenne permit de construire un pont couvert pour traverser la rue sans être vu. L’eau était fournie par un tuyau branché sur la fontaine du collège, elle-même alimentée depuis Osny.

De grands donateurs

Dirigé par une gouvernante laïque sous l’autorité d’un conseil dont les membres étaient élus pour deux ans, l’hôpital général bénéficia de nombreuses libéralités. En 1657, Louis XIV (1638-1715) lui transféra les revenus de l'hôpital Saint-Jacques où les mendiants étrangers étaient reçus pour une nuit. En 1662, il leur donna le havage – droit de prendre une poignée de chaque mesure de grains ou de chaque lot de denrées mis en vente sur le marché de Pontoise. Outre des dons en argent, les Carmélites offraient tous les vendredis le « potage à disner trempé avec le pain » et subvenaient régulièrement aux repas du temps de Carême par des pruneaux, des lentilles, des pois et de la morue. En 1678, le seigneur de Saint-Ouen, Simon Pierre de la Corée († 1680), contrôleur de feu la reine Anne d’Autriche (1601-1666), demanda une messe pour le repos de son âme et, un an après sa mort, son épouse offrit une bague en or à la communauté.

Du travail des enfants

L’hôpital accueillait des enfants orphelins ou abandonnés, certains très jeunes (2 ans) ; ils y étaient « élevés en la crainte de Dieu, nourris et entretenus », avaient un maître et une maîtresse d’école et travaillaient dans les ateliers. Au XVIIe siècle, les grandes filles apprenaient à carder et filer la laine et les plus petites à filer, à partir de 6 ans. Vers 12-13 ans, les garçons étaient placés en apprentissage pour trois ou quatre ans. En 1764, l’hôpital accueillait une quarantaine d’enfants et d’adolescents, dont une vingtaine était en âge de travailler : treize garçons étaient occupés à la filature de coton ou à l’épluchage, cinq heures par jour l’hiver, six heures par jour l’été ; deux filles filaient du coton et huit autres étaient employées alternativement à la cuisine et à la couture ou tricotaient pour la maison ou pour les marchands bonnetiers. Tous bénéficiaient d’un jour de congé par semaine comme les écoliers.

Les bâtiments de Pierre Mouchet

Quand en 1771, les administrateurs décidèrent de reconstruire l’hôpital sur les plans d’un architecte parisien, Pierre Mouchet, Louis François de Bourbon-Conti (1717-1776), prince de Conti, autorisa les bateaux à décharger leurs cargaison de pierres au port près de l'abbaye Saint-Martin.

L’hôpital fut réuni à l'hôtel-Dieu à la Révolution. La chapelle Notre-Dame de Lorette fut vendue à un particulier en 1818 et le reste des bâtiments, mis en vente en 1830, fut rétrocédé quelques années plus tard à la ville qui y installa, en 1845, l’école communale de garçons.

La Cathédrale Saint-Maclou

Voir l'image en grand SDAVO

Classée aux monuments historiques en 1840. Propriété communale.

L'église Saint-Maclou a été érigée en cathédrale après la création de l'évêché de Pontoise. Siège au Moyen Âge de la plus importante paroisse de la ville, sa construction s'est échelonnée du XIIe au XVIe siècle Son architecture garde les traces du premier édifice roman et des modifications qui y furent apportées jusqu'à la Renaissance.

Dédiée à saint Eustache puis à saint Maclou, l'église élevée entre 1140 et 1160 a remplacé une chapelle desservie par les vicaires de Saint-Mellon. Elle se composait d'une nef de cinq travées, bordée sans doute de bas-côtés, d'un transept et d'un chœur entouré d'un déambulatoire voûté d'ogives donnant sur cinq chapelles rayonnantes. De cet édifice roman, subsistent quelques traces dans les contreforts nord et l'élévation de la nef, les baies du transept, une partie du chœur et des chapelles, des chapiteaux du déambulatoire ornés de monstres et de feuillages stylisés.

De grands travaux eurent lieu entre 1450 et 1470 : l'abside du chœur fut voûtée de neuf et, au sud, une sacristie remplaça une des chapelles rayonnantes ; deux travées supplémentaires furent édifiées vers l'ouest, celle du nord supportant la tour du clocher ; la nouvelle façade présente un décor flamboyant avec une immense rose qui, démontée en 1888, a été reconstituée dans les jardins du musée Tavet-Delacour en 1992.

En 1515, un passage couvert fut aménagé pour relier l'église au presbytère bâti de l'autre côté de la rue du Pis-de-Vache (rue de la Bretonnerie). Dans les années 1530-1550, le maître maçon Jean Delamarre dirigea la construction du bas-côté nord, de la chapelle de la Passion et de la tour du transept dont la voûte s'orne à la fois du "F" de François Ier (1494-1547) et des croissants de Henri II (1519-1559), d'une représentation de la Trinité à la clef des ogives et des Évangélistes à celle des tiercerons. En 1552, Pierre Lemercier († 1570) lui succéda en couronnant la tour du clocher d'un dôme à lanternon en pierre de Saint-Leu. Le portail donnant sur la place du Grand-Martroy porte la date de 1566. La même année débuta, à l'emplacement d'une ancienne rue, l'érection du bas-côté sud ; ses chapelles latérales sont de profondeur décroissante et il ouvre sur la place du Petit-Martroy par un portail Renaissance. Parallèlement, les voûtes de la nef et des piles de la croisée furent modifiées ; de type corinthien au sud, les chapiteaux s'ornent au nord de figures humaines marquant les angles.

L'ordonnance intérieure est simplifiée dans les années 1780, les murs badigeonnés de blanc, le trumeau et le tympan du grand et du petit portails supprimés. Pendant la Révolution, le « Temple Saint-Maclou » était réservé aux assemblées publiques et aux fêtes.

L'église Notre-Dame

Voir l'image en grand SDAVOInscrite aux monuments historiques le 16 juin 1926. Propriété communale.

Avant 1249, année de la création de la paroisse Notre-Dame au quartier de la Foulerie dit aussi Maudétour, existait une chapelle dédiée à la Vierge Marie. L'église fut construite aux XIIIe et XIVe siècles et la statue miraculeuse (attestée en 1231) fut placée au trumeau du portail donnant accès au croisillon nord du transept, le long du grand chemin menant à Rouen. Objet d'un important pèlerinage, Notre-Dame suscita dès 1247 une foire qui se tenait devant le porche pendant une semaine à partir du 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge.

L'église, qui s'élevait hors les murs de la ville, fut en partie détruite pendant la guerre de Cent Ans. Elle fit l'objet après 1441 d'importants travaux auxquels Charles VII (1403-1461) et Louis XI (1423-1483) participèrent et qui n'étaient pas terminés lors de sa consécration en 1484. À partir de 1550, le chantier fut conduit par le maître maçon Pierre Lemercier († 1570), habitant du faubourg et enterré dans l'édifice avec son épouse Jeanne Fourmont. Noël Taillepied (1540-1589) décrit le vaste transept avec sa magnifique rose au sud et ses deux portails - avec « l'image » du Christ au sud et celle de Marie au nord. Deux tours encadraient la façade occidentale, percée de deux portes qu'on ouvrait « quand l'affluence du peuple était grande », notamment lors de la fête de la Nativité de la Vierge. Un haut clocher pyramidal s'élevait au-dessus du transept. Les chapelles qui entouraient le chœur étaient alors en cours de construction.

Voir l'image en grand SDAVO Le plan de l'église au XVIIIe s.Le bâtiment mesurait à cette époque 100 mètres de long, soit près du double de la longueur de Saint-Maclou. Notre-Dame de Pontoise était un sanctuaire à répit, où les parents venaient présenter leur enfant mort à la naissance afin d'obtenir un retour momentané à la vie permettant au prêtre de les baptiser ; ils étaient ensuite inhumés devant le portail nord du transept, au pied de la statue miraculeuse « où se sont faits plusieurs miracles des petits enfants morts-nés, qui ont reçu la vie par les mérites de la Mère de Dieu ».

L'église fut à nouveau ruinée lors du siège de juillet 1589 et ses vestiges abattus par Nicolas Lemercier (1541-1637), procureur et receveur de la confrérie de l'Ascension siégeant à Notre-Dame. On lui confia sans doute la reconstruction sur un plan plus modeste - environ 40 mètres sur 25 mètres. Consacré le 16 avril 1599, l'édifice comporte une large nef terminée par un chœur en abside et flanquée de bas-côtés. Les quatre travées voûtées sur croisées d'ogives sont précédées d'un porche élevé au XVIIIe siècle ; il est décoré de bas-reliefs et flanqué au nord d'une grosse tour basse, surmontée d'un petit dôme à lanternon.

À droite en entrant, une chapelle moderne abrite la statue miraculeuse de Notre-Dame sculptée à la fin du XIIIe siècle. Le tombeau de saint Gautier († 1099), fondateur de l'abbaye Saint-Martin, a été sculpté en 1154 ; il a été transféré dans la nef au XIXe siècle. Le buffet d'orgue en chêne, acheté par la paroisse en 1808, provenait de la chapelle de l'hôtel-Dieu ; construit en 1639 par le maître sculpteur et peintre Nicolas Duchâtel, il est installé au centre d'une tribune portée par quatre colonnes cannelées. L'église abrite au total une trentaine de tableaux, objets et meubles liturgiques classés monuments historiques.

Le Grand Vicariat, aujourd'hui musée Tavet-Delacour

Voir l'image en grand SDAVOInscrit à l’inventaire des monuments historiques le 2 novembre 1926. Propriété communale.

Contemporain de l’hôtel de Cluny à Paris, l’hôtel d’Estouteville abritait le grand vicariat de Pontoise. Il offre un bel exemple d’architecture civile de la fin du XVe siècle avec ses tourelles d’angle, ses fenêtres à meneaux et son escalier à vis installé dans une tour en façade.

Le Grand Vicariat de Pontoise a été construit entre 1477 et 1483 à l’initiative de l’archevêque de Rouen, Guillaume d’Estouteville (†1483). Proche des remparts de la ville, il faisait face au couvent des Cordeliers. La façade principale de cet édifice en pierre de taille présente une tour d’escalier octogonale faisant saillie et elle est encadrée par deux tourelles d’angle en encorbellement sur contrefort.

Au XVIe siècle, le bâtiment comportait deux grandes salles avec des chambres, une garde-robe, une cuisine, des étables, un puits, une cour et un jardin. Parfois, le grand vicaire faisait dire la messe dans une petite chapelle dédiée à saint Marcel.

Au nord et dans l’enclos, un autre logis réunissait l’auditoire, la prison et le domicile de l’appariteur qui communiquait par la rue de la Cloche (impasse Tavet) avec le grand marché de la ville (place du Grand-Martroy).

En 1791, le district de Pontoise en fit un tribunal civil de première instance, puis le siège de la sous-préfecture.

Le musée Tavet-Delacour

Un siècle plus tard, l’un des fondateurs de la Société historique de Pontoise, Camille Tavet, le fit restaurer et le loua à la ville pour en faire un musée. Aujourd’hui, le musée Tavet-Delacour présente des expositions consacrées principalement à l’art moderne et à la peinture de paysage du XIXe siècle.

L’allée couverte néolithique du hameau de Dampont (commune d’Us), fouillée en 1886, a été remontée dans le jardin, à côté de vestiges architectoniques provenant de divers sites du Val-d’Oise.

L'ancienne mairie de Pontoise

Voir l'image en grand SDAVO Portail de l’hôtel de ville élevé au XVIIIe s. sur la place du Petit-Martroy.Inscrit à l’inventaire des monuments historiques le 19 juin 1939. Propriété communale.

De part et d’autre de l’entrée du jardin de la ville, deux colonnes ioniques à fût cannelé et chapiteau à volutes soutiennent une architrave et un fronton triangulaire avec mouluration et modillons où étaient sculptées jadis les armes du prince Louis François de Bourbon-Conti (1717-1776). Au-dessus du portail voûté, une grande baie rectangulaire donne sur un balcon supporté par quatre consoles.

Cette façade orientale, avec les traces d’arrachement de voûtes sur le mur sud de la ruelle, est le dernier vestige du siège de l’administration municipale de l’Ancien régime, qui s’élevait à l’emplacement de l’actuelle école maternelle. En 1593, l’auditoire royal, dominé par les trois étages de la tour carrée du beffroi, abritait une grande salle de cinq travées de long décorée de basses et hautes stalles ainsi que la chambre du conseil. Celle-ci communiquait avec une petite chapelle où l’on disait la messe les dimanches et fêtes pour les prisonniers incarcérés dans les six cachots donnant dans la cour.

L’hôtel de ville bâti dans les années 1770 comprenait un corps de garde à droite de l’entrée ; à gauche, un escalier conduisait à une grande salle destinée aux assemblées, près de laquelle se trouvait le cabinet du greffe. Ce bâtiment a été démoli après l’installation, en 1855, de la municipalité dans l’ancien couvent des Cordeliers.

L'hôtel de la Coutellerie à Pontoise

Façade ouest, vestibule, escalier à rez-de-chaussée, salle à manger, ancienne chambre à coucher et grand salon classés monuments historiques le 21 décembre 1928 ; jardins inscrits le 22 juin 1946. Propriété départementale depuis 1865.

Voir l'image en grand SDAVO Hôtel de la Sous-Préfecture, XVIIIe s.

François Claude Levasseur de Verville (1729-1814), sieur de Moussy, écuyer et contrôleur des finances de la maison du roi, se fixa à Pontoise en 1767 et entreprit d’agrandir la maison paternelle. Il acquit une partie des fossés de la ville – entre les portes d’Ennery et Chappelet – et plusieurs maisons donnant sur la rue des Quatre-Souris (qui n'existe plus). Entre 1776 et 1789, il établit un parc avec labyrinthe, terrasses, parterres, orangerie et potagers ; par dessus la rue de la Coutellerie, une galerie reliait la terrasse de l’hôtel aux jardins.

Après avoir abrité un temps les Carmélites, l’hôtel fut acquis en 1820 par la ville de Pontoise. En 1865, elle le céda au Département qui en fit la sous-préfecture, devenue la résidence du préfet. Les « Jardins de Verville », appelés aujourd’hui le « Jardin de la Ville », couvrent les fossés et la contrescarpe des fortifications.

Le Carmel Saint-Joseph à Pontoise

Voir l'image en grand SDAVO Vu de la terrasse du châteauInscrit à l’inventaire des monuments historiques les 6 décembre 1986 et 30 septembre 2002. Propriété privée.

Les débuts de l’ordre du Carmel à Pontoise

La réforme de l’ordre du Carmel impulsé par Thérèse d’Avila (1515-1582) atteignit la France au début du XVIIe siècle. Les familiers de la dévote Barbe Avrillot (1566-1618), femme de l’officier ligueur Pierre Acarie (vers 1560-1613), s’en firent les promoteurs zélés : ils s’appelaient Michel de Marillac (1563-1632), conseiller d’État et futur garde des sceaux du royaume, Pierre de Bérulle (1575-1629), aumônier du roi et futur cardinal, André Duval (1564-1638), professeur de théologie au Collège royal et natif de Pontoise, François de Sales (1567-1622), évêque de Genève, ainsi que Jacques Gallemant (1559-1631), curé d’Aumale près de Dieppe et fondateur à Pontoise d’une congrégation de jeunes filles pieuses vouées à l’enseignement.

Le premier Carmel de France ouvrit ses portes à Paris en 1604. Un an plus tard, le deuxième s’installa à Pontoise dans une maison rue du Soleil (15 et 15 bis, rue Marcel-Rouzier) offerte par André Duval. Le soutien de Michel de Marillac permit aux religieuses d’acquérir, près des Ursulines, seize maisons avec jardins rue de la Grande-Tannerie (rue Pierre-Butin) pour bâtir un couvent plus adapté où elles déménagent en avril 1610. L’église fut dédiée à saint Joseph en présence de l’archevêque de Rouen, François de Joyeuse (1562-1615).

Madame Acarie

En 1614, le pape confia à Pierre de Bérulle, général de l’Oratoire de France, et à ses successeurs, la charge de visiteur perpétuel des carmélites françaises. La même année, Barbe Acarie prit le voile blanc des sœurs converses au Carmel d’Amiens, sous le nom de Marie de l’Incarnation. En 1616, elle rejoignit celui de Pontoise où elle rendit l’âme deux ans plus tard en odeur de sainteté. Pour répondre à la dévotion populaire – en deux ans, plus de 1800 messes furent dites et plus de 10 000 cierges brûlés –, Michel de Marillac et les Carmélites commandèrent à l’artiste Francesco Bordoni (1580-1654) un tombeau dont une face était tournée vers le chœur des religieuses et l’autre visible par les fidèles. D’abord inhumé dans le cloître, le corps de la « sainte de Pontoise » y fut placé en 1636, son cœur restant enterré dans le cimetière des sœurs.

Entre 1639 et 1672, la communauté eut pour prieure Jeanne de Jésus (1595-1675). Son frère aîné, le chancelier Pierre Séguier (1588-1672), finança divers travaux et aménagements entraînant à sa suite de nombreux donateurs. En retour, les Carmélites se montrèrent généreuses envers les pauvres qu’elles associaient à chaque solennité ; elles contribuaient aux repas et au chauffage de l’hôpital des Pauvres enfermés.

En un siècle, les effectifs avaient plus que doublés, passant d’une quinzaine à une quarantaine de sœurs.

Au début du XVIIIe siècle, pour se mettre à l’abri du besoin, le Carmel encouragea vivement les productions maisons. Le roi leur ayant fait don du terrain jusqu’à l’étang du Vert-Buisson, au-delà du rempart, elles y plantèrent un verger de pommiers et firent du canal de la Viosne un vivier de carpes. Pour éviter de recourir au boulanger, elles construisirent un double fournil et pour avoir du lait frais, elles firent bâtir une étable. Les rentes dont elles avaient hérité et les loyers de la ferme des Flambertins (Yvelines), de celle de Frémainville et du moulin de la Braque leur permettaient d’équilibrer leur budget.

Après la Révolution

En 1792, comme dans toutes les communautés féminines, les religieuses durent quitter leur couvent. Les bâtiments abritèrent une manufacture de carabines puis une filature. Elles les rachetèrent en 1820 et y vivent toujours.

L'enceinte

Voir l'image en grand SDAVO Vestiges de l'enceinte dans les jardins du musée Tavet-DelacourInscrits au titre des monuments historiques en 1954, des vestiges des remparts sont encore visibles rue de la Coutellerie, boulevard Jean-Jaurès et dans les jardins du musée Tavet-Delacour. Propriété communale.

L’enceinte du XIIe siècle, renforcée sous Philippe Auguste (1165-1223), englobait le bourg bâti sur les collines du château et de Saint-Maclou. La porte du Pont ouvrait vers Paris, la porte du Pothuis vers Auvers, la porte d’Ennery vers Gisors, les portes de Bart et Chappelet vers Rouen et la porte du Bûcherel, vers l’abbaye Saint-Martin et l’Oise. D’autres accès moins importants débouchaient dans les fossés, comme la poterne du Pas-d’Âne ou celle menant au premier couvent des Cordeliers condamné pendant la guerre de Cent ans. Au XVIe siècle, une ouverture fut percée pour accéder au nouveau cimetière de Clamart. Côté Saint-Ouen-l’Aumône, le pont était lui même protégé par une porte fortifiée avec pont-levis.

Les fortifications représentaient une lourde charge pour la ville et ses habitants, à qui incombaient les réparations selon la charte de commune de 1188. En 1364, ils furent autorisés à lever de nouveaux impôts « sur le vin, les draps et les cuirs afin de subvenir à l’entretien des gens de guerre et à la remise en état des murailles ». Les défenses furent améliorées aux XVe et XVIe siècles par l’aménagement de boulevards d’artillerie et de contrescarpes exigés par les progrès de l’armement. Les comptes des argentiers témoignent de dépenses importantes entre 1474 et 1505, notamment pour la porte d’Ennery. Celle-ci fut à nouveau renforcée au milieu du XVIe siècle par un bastion triangulaire très évasé, de type à orillons. Plusieurs salles, couloirs et postes de tir subsistent sous les maisons situées à l’angle du boulevard Jean-Jaurès et de la rue de Gisors. Couvrant l’accès aux fossés, ces dispositifs permettaient l’utilisation simultanée des deux techniques en usage depuis la seconde moitié du XVe siècle : armes posées à terre pour les canonnières à louche et armes utilisées à l’épaule en position accroupi ou à genou pour les orifices rectangulaires.

En 1589, Charles de Neufville (vers 1566-1642), marquis d’Alaincourt, seigneur de Magny et gouverneur de Pontoise, assura la mise en défense de la ville – ce qui ne l’empêcha pas d’être prise et reprise pendant les guerres de la Ligue. Les travaux se concentrèrent sur la zone dénommée par la suite « l’éperon », entre le faubourg Notre-Dame et la porte d’Ennery. La « citadelle », vaste édifice bastionné sur les hauteurs du nord-est, fut entreprise mais jamais terminée.

À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, les fortifications furent peu à peu démantelées et leur espace concédé à des particuliers. C’est ainsi que les vestiges de la porte d’Ennery furent transformés en caves, que les Jésuites purent s’établir en 1697 sur la tour du Friche au sud, et qu’au nord, vers 1770, M. Levasseur de Verville († 1814) aménagea sur les anciens fossés le parc de son hôtel de la Coutellerie. Propriété de Pontoise depuis 1820, le jardin de Verville est devenu le jardin de la Ville. On peut y voir des vestiges de la muraille comme le long du boulevard Jean-Jaurès ou dans la rue de la Coutellerie.

Rue Pierre Butin, un quartier au XIXe s.
Pontoise rue P ButinVoir l'image en grand SDAVO rue Pierre Butin

En 2006, des archéologues ont procédé à des sondages à l'emplacement d'un ancien garage automobile situé 92-96, rue Pierre-Butin. Devant l'impossibilité de conduire une fouille dans des conditions de sécurité optimale, le service régional de l'archéologie d'Ile-de-France a commandé une étude documentaire à l'Institut national de recherches archéologiques préventives, pour préciser l'évolution de cet îlot urbain depuis le Moyen Âge.

La parcelle étudiée (AK 258 du cadastre actuel) appartient à un îlot triangulaire circonscrit par les rues Pierre-Butin (jadis de la Grande Tannerie, puis rue Bassejusqu'en 1957), du Grand-Godet (de la Servoise au XVe siècle) et du Champ-Loisel(ainsi dénommée depuis le XVIe siècle). Tanneries et fouleries se sont développées ici au XIIe siècle grâce à la force motrice procurée aux moulins par la dérivation de la Viosne.

La rue Pierre-Butin,principal axe de Pontoise, correspond à la vieille route de Paris à Rouen. Le secteur étudié, localisé entre les actuels numéros 92 et 96, comprenait au XIXe siècle des parcelles avec maison, cour ou jardin, et cave pour trois d'entre elles. L'une correspondait aux dépendances du moulin de Chantereine¸ qui s'élevait de l'autre côté de la rue. Elle comportait « écurie, remise, magasin et autres bâtiments, avec chambres et greniers dessus, jardin, cour et terrasse ». À l'est, dans un terrain adjacent et au-delà d'un poulailler, une autre maison avait au rez-de-chaussée « cuisine avec four, d'une chambre à feu, c'est-à-dire avec cheminée ; au premier étage, grenier en appentis avec chambre lambrissée au-dessus, couvert en tuiles, et cave ». Des murs observés dans les sondages peuvent être rapportés à certaines constructions décrites dans les matrices cadastrales et les actes notariés. D'une manière générale, aux maisons établies sur la rive sud répondaient cours et dépendances sur la rive nord.

Le Quartier Bossut : l'archéologie urbaine, à la croisée de l'histoire et de l'ethnologie

Voir l'image en grand SDAVO La caserne Bossut, souterrain découvert en 2008Le projet de rénovation urbaine du quartier Bossut a motivé l’étude de ce secteur situé au cœur de l’agglomération de Cergy-Pontoise. Les sondages archéologiques associés à des recherches en archives ont permis de retracer l’histoire de la présence militaire à Pontoise au XXe siècle.

Construit entre 1914 et 1916 sur le plateau Saint-Martin, le "Quartier de cavalerie de Pontoise" s'étendait sur plus de 15 hectares. L'armée y édifia une caserne moderne bénéficiant de tous les équipements de confort courants à l'époque, notamment en matière d'hygiène. Les bâtiments prenaient place autour d'une vaste cour d'honneur. L'ensemble comprenait des cantonnements pour la troupe, deux infirmeries, militaire et vétérinaire, une prison, ainsi que des écuries, selleries et manèges à chevaux. Pendant la Première guerre mondiale (1914-1918), un hôpital militaire s'y installa.

Le quartier doit son nom au commandant Louis Bossut, tué en avril 1917 près de Berry-au-Bac (Aisne) à la tête du 1er groupement d'artillerie d'assaut, rattaché au 22e régiment de Dragons — premier à occuper les lieux dans l'entre-deux-guerres (1918-1939).

Après l'Occupation (1940-1944), des prisonniers de guerre allemands puis soviétiques ont été détenus dans la caserne avant le retour de l'armée française. Jusqu'en 1998, divers régiments spécialisés dans les transmissions ainsi que le régiment de marche du Tchad s'y sont succédé.

Les archéologues ont collecté du matériel militaire de la Seconde guerre mondiale (1939-1945) et découvert un souterrain jusqu'alors inconnu. Parallèlement, l'étude des cartes et des plans anciens a permis de reconstituer l'histoire du site depuis le XVIIIe siècle.

En savoir plus

Carte archéologique de la Gaule : le Val-d‘Oise, 95, ouvrage collectif dirigé par Monique Wabont, Franck Abert et Didier Vermeersch, Paris, Maison des sciences de l'homme, 2006, p. 265.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Jean Lebeuf, Paris, Prault Père, 1755.

Le patrimoine des communes du Val d'Oise, ouvrage collectif, Flohic Éditions, 1999, volume 1, p. 377-383 (collection Le Patrimoine des communes de France).

Les antiquitez et singularitez de la ville de Pontoise, par Noël Taillepied, 1587. Réédition complétée par H. Le Charpentier et A. François. Pontoisen Librairie Alex. Seyès ; Paris, Librairie Champion, 1876, 141 pages.

Pontoise, deux mille ans d'histoire, ouvrage collectif. Pontoise, Imprimerie Paris, 1973, 197 pages illustrées.

La commune de Pontoise au Moyen Âge : étude administrative et économique de 1188 au début du XVIe siècle, par François Dousset. Pontoise, Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, 1989, 189 pages illustrées. [Thèse de l' École nationale des chartes, 1936].

Les anciennes fortifications de Pontoise : leur disparition : l'urbanisme pontoisien du début du XIXe siècle à nos jours, par Charles Gantois, Pontoise Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, 1943, 75 pages illustrées.

Le Pontoise féodal et souterrain : historique et description des principaux fiefs urbains et de Pontoise au XVIe siècle dans ses fortifications ainsi que des caves et souterrains de la ville, par Georges Duclos. Pontoise, Imprimerie Paris, 1981, 233 pages. [1ère édition en 1952].