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Archéologie & histoire d'Osny

Osny plan d'intendanceVoir l'image en grand Plan d'intendance, 1778. Archives départementales du Val-d'Oise, 25Fi53La paroisse d'Osny comptait 71 feux et 217 habitants en 1728. Le village s'élevait sur la rive droite de la Viosne, tandis que sur la rive opposée on trouvait d'amont en aval les hameaux des Côtes-Bizières et d'ImmarmontHirmermont en 1233 —, le château d'Osny, la ferme de La Groue et enfin l'écart de Busagny.

Quatre moulins hydrauliques s'égrenaient le long de la rivière. Vers 1900, deux briqueteries employaient une dizaine d'ouvriers au lieudit La Demi-Lieue, de part et d'autre de la route de Gisors (D915).

Découvertes archéologiques

Les vestiges les plus anciens remontent au Mésolithique. En plusieurs endroits — Le Clos de Bourgogne, Le Bois d'Houssemagne, Le Chemin d'Osny,Les Sablons, Les Petits Saules, Le Parquet, La Chevaurue — des outils remontant au Néolithique — fragments de haches polies, armatures de flèches et grattoirs de silex — ont été recueillis. À la fin du XIXe siècle, l'archéologue Paul Guégan de L'Isle signalait, sur la colline qui surplombe la route de Pontoise à Osny, « un amas assez considérable de blocs de grès, ainsi que des dalles de même nature, qui semblent provenir d'une construction mégalithique en état de dislocation ». Les lieudits La Haute Borne et La Grosse Pierre évoquent desmenhirs. Le second, « un grès colossal », aurait été détruit au XIXe siècle.

Récemment, au lieudit Les Hayettes, une fosse de La Tène ancienne a livré deux fragments de fer et des tessons d'une coupe à bord ourlé. Des céramiques protohistoriques et gallo-romaines ont été trouvées dans le comblement de trois fossés repérés sur le site du Parc d'activités de Cergy Saint-Christophe. Des poteries gallo-romaines avaient déjà été signalées au lieudit Le Parquet et près du hameau d'Immarmont, avec des monnaies aux effigies de Trajan, Hadrien et Antonin. Lors des travaux de l'autoroute A15, les vestiges d'un bâtiment des IIe et IIIe siècles après J.-C. sont apparus près de la chaussée Jules-César. Les archéologues y ont recueilli des tessons de poterie, des clous en fer, des ossements animaux, les fragments d'une meule à main, une double boucle de bronze et une améthyste. D'autres éléments gallo-romains, notamment de la sigillée, proviennent du Clos-de-Bourgogne.

Deux nécropoles de l'Antiquité tardive ou de l'époque mérovingienne s'étendaient de part et d'autre de la Viosne. Les squelettes de La Garenne étaient déposés dans des cercueils en plâtre. La découverte du Grand Plant ou de La Chevaurue, localisée « près du cimetière actuel », est antérieure à 1882. En 1898, des terrassiers y mirent au jour de nombreux squelettes accompagnés de divers objets, dont un scramasaxe (couteau franc à un seul tranchant). Enterrés dans des fosses creusées entre 0,60 et 1,50 mètre de profondeur, parfois superposés, ils étaient « serrés les uns contre les autres avec d'énormes grès ou placés dans des cercueils en plâtre ».

L'instituteur a vu le dégagement d'« une urne lacrymatoire d'un verre très fin et d'une épée en fer de 0,75 mètre sur laquelle était fixée par la rouille une lance de 0,35 mètre à gorge ajourée » ; il signale aussi « de nombreux couteaux ou poignards avec des incrustations roses à la poignée, quatre pièces de monnaie en bronze, des fragments de poteries gallo-romaines ». Le mobilier comportait encore des boucles de fer avec ardillons, des couteaux et quelques silex.

La paroisse

Selon certains auteurs, la titulature de l'église Saint-Pierre-aux-Liens témoignerait d'une fondation mérovingienne. La rareté de cette dédicace, jointe à la proximité de voies antiques, plaident pour une fondation paroissiale ancienne. La chaussée Jules-César passait à quelque 600 mètres au sud du village ; les vieux chemins de Beauvais et de Chars desservaient le nord-est du territoire ; la Voie Droite le parcourait du nord au sud.

Alnidum apparaît en 832 quand Hilduin, abbé de Saint-Denis, en assigne une part des revenus pour la nourriture de ses moines. Ce toponyme latin est devenu vers 1100 Oeni ou Oeny. Les transcriptions suivantes — Ooniacum, 1144 ; Oenitum, 1150 ; Osniacum, 1264, etc. — sont dues aux scribes latinisant des noms de lieux déjà francisés.

L'abbaye de Chelles (Seine-et-Marne) et le chapitre cathédral de Beauvais (Oise) se partageaient les dîmes d'Osny, celles de Génicourt allant aux bénédictins deSaint-Martin de Pontoise et aux augustines de l'hôtel-Dieu de Pontoise, ainsi qu'aux prémontrés de Marcheroux (Beaumont-les-Nonains, Oise).

La limite entre ces deux paroisses fut précisée en 1482. Du côté de Puiseux, il fallut attendre le 13 octobre 1652 pour qu'un poteau soit posé près de la ferme de la Seaule ou Ciaule, qui relevait de Saint-Martin de Pontoise, et dont le site est proche du magasin Décathlon d'Osny.

Les moulins

Jusqu'au XXe siècle, plusieurs moulins tournèrent sur la Viosne. Celui de Réal se dressait à la limite de Boissy-l'Aillerie (près de la route RD92). Saint-Martin de Pontoise touchait une rente sur le moulin d'Hirmermont, Ars ou Moulinard (au bas de la rue Henri-Léchauguette) et une autre sur celui de la Roche ou Petit-Moulin(aujourd'hui rue du Grand-Moulin !).

Le moulin du Pont de Pierre, dit plus tard Grand-Moulin (2, rue William-Thornley) est cité en 1514. Les habitants de Cergy, eux, devaient moudre leurs grains au moulin banal relevant de l'abbaye de Saint-Denis qui s'élevait sur la sente Saint-Denis formant la limite paroissiale puis communale avec Pontoise. Le moulin Saint-Denis était alimenté par un bief creusé « depuis la haie d'Osny à la sortie du parc de Busagny jusqu'à la porte de Bart à Pontoise » ; cette dérivation garda le nom de Viosne. Pour ne pas priver d'eau les moulins établis en aval sur l'ancien lit, une ouverture y fut pratiquée pour laisser passer la Couleuvre, sur laquelle fut construit le moulin à blé du Pas-d'Âne.

Au XIXe siècle, les moulins et leurs biefs ont été transformés ou reconvertis. Les riverains de la Viosne se plaignaient de la pollution engendrée par la mégisserie établie à Réal. Le Moulinard, d'abord spécialisé dans les boutons, s'est ensuite converti dans le polissage. La chute d'eau du Petit-Moulin (actuel restaurant de laRenardière) fournissait l'électricité nécessaire au château de Grouchy.

Vers 1900, Le Grand-Moulin produisait des poulies en bois et l'ancien moulin Saint-Denis broyait du plâtre cru pour la fabrication de papier. À 270 mètres en amont, vers 1850, les trois paires de meules du moulin de Busagny créé cinquante ans plus tôt pouvaient moudre chaque jour 16,5 hectolitres de blé.

Les seigneuries

1. de Guillaume du Breuil à Nicolas I Le Sueur

Plusieurs familles liées entre elles par des liens de vassalité se partageaient le territoire. En 1319, 1325 et 1329, Guillaume du Breuil acheta trois fiefs. En 1343, il en déclarait d'autres relevant de seigneurs laïcs — Pierre d'Osny, Gautier de Bendeville, Adam de Puiseux, Renaud de Trie, Jacques de la Bonneville — et ecclésiastiques — les abbayes de Saint-Denis et de Chelles. Ses biens consistaient alors en un manoir avec cour, grange, greniers, bergeries, des maisons, vignes, terres, pré, redevances, éparpillés à Osny mais aussi à Auvers, Boissy, Cergy, Ennery et Jouy-le-Moutier.

Françoise de Saint-Simon, dame d'honneur de la reine Anne de Bretagne (1477-1514), et femme de Louis de Hédouville, était au tout début du XVIe siècle dame de Vigny et d'Osny en partie — possession qui passa à ses neveux Charles de Saint-Simon († 1560), écuyer de Henri II (1519-1559), et Louis de Saint-Simon, gentilhomme de la chambre du roi Charles IX (1559-1574). Mathieu Le Turcq acquit la haute, moyenne et basse justice en 1522, que sa veuve revendit en 1544 à Jacques Le Sueur († vers 1550).

Celui-ci avait déjà rassemblé suffisamment de biens pour désormais revendiquer le titre de seigneur d'Osny. Son fils Jacques († 1573) persévéra dans cette entreprise et sa fille Geneviève, mariée à Jean Testu, seigneur de Balincourt et de Mergicourt à Arronville, racheta le fief de la Tourdu Bus, comprenant le moulin de La Roche et la ferme de La Groue (chemin de la Friche). Elle le revendit à son oncle Nicolas Le Sueur († 1594), notaire et secrétaire du roi, plus connu sous le nom de Sudorius. Ronsard (1524-1585) le célébra dans un sonnet pour sa traduction en vers latins des Odes du poète grec Pindare (518-438 av. J.-C.).

2. de Nicolas I Le Sueur à Charles de Lameth

Quand Nicolas légua la seigneurie à son neveu Guillaume († vers 1624), elle comprenait, avec le fief de la Tourdu Bus relevant du fief de Poix assis à Pontoise, celui de Châteaupers consistant en un manoir seigneurial, basse-cour, jardins, vignes, bois, prés, aulnaies et terres labourables, haute, moyenne et basse justices, droit de pêche sur la Viosne avec des revenus sur les territoires de Boissy-l'Aillerie, Génicourt, Livilliers, Pontoise et Gouzangrez.

Le deuxième Nicolas Le Sueur († 1656), conseiller du roi en son conseil d'État, intendant des finances et fortifications des frontières de Champagne, épousa Marie Sublet, cousine de François Sublet de Noyers (1589-1645), secrétaire d'État de Louis XIII (1601-1643). Nicolas fit sans doute construire son château près du manoir dont certains vestiges subsistent. Au milieu du XVIIe siècle, la seigneurie comportait les deux moulins d"Ars et de La Roche et les trois fermes de La Groue, d'Immarmont (à l'angle de la rue Paul-Doumer et du chemin d'Immarmont) et du Bas d'Osny (de part et d'autre de la rue Ambroise-Paré). La paroisse comptait alors une soixantaine de feux.

L'héritage de Nicolas Le Sueur passa à sa fille Marie Madeleine (1634-1659), épouse de César Philippe de Chastellux (1623-1695), vicomte d'Avallon. Après la mort de leur fils en bas âge († 1661), leurs biens allèrent à leur cousin Guillaume Sublet de Noyers, secrétaire du roi, qui mourut en 1673 sans descendance.

L'absence de testament entraîna une succession difficile et, de procès en rachat, la seigneurie échut vers 1678 à la femme du maréchal Noël Bouton, marquis de Chamilly (1636-1715), lointaine cousine des Le Sueur. Après plusieurs transactions, elle fut acquise en 1719 par Antoine Nicolas de Nicolaÿ (1692-1731), huitième Premier président de la Chambre des Comptes. Après sa mort sans descendance, son père Jean Aymar (1658-1737), également seigneur de Goussainville, hérita de ses biens, qui passèrent ensuite à son demi-frère Aymar Jean (1709-1785).

3. Charles de Lameth

La seigneurie d'Osny agrandie des fiefs voisins de Réal avec son moulin, et de Marcouville avec les moulins Martin, Guibert et Barré à Pontoise, fut acquise en 1785 par le comte Charles François Malo de Lameth (1757-1832), qui était à la tête d'une immense fortune grâce à son épouse Marie Picot (1768-1825), fille d'un riche planteur de Saint-Domingue.

Héros de la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique (1775-1783), cet aristocrate au parcours politique ambigü vota l'abolition des privilèges en 1789 mais refusa l'abolition de l'esclavage. Émigré à Hambourg en 1792, il se rallia à l'Empire (1804-1815), à la Restauration (1814-1830) puis à Louis-Philippe (1830-1842). Au carrefour des chemins de Marines et de la Colonne, Charles de Lameth éleva en 1828 un monument à la mémoire de ses neveux et amis tombés pendant les guerres napoléoniennes.

Le caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879) modela son buste quelques mois avant sa mort, alors qu'il était député de Seine-et-Oise. L'œuvre, intitulée L'Indécis, est conservée dans le fonds ancien de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Le château d’Osny

Il est représenté sur le plan terrier de Gérocourt dressé vers 1700. Le U formé par deux corps de bâtiments reliés par une galerie s'ouvre sur des parterres bordés d'arbres. L'entrée principale est tournée vers la ferme seigneuriale de La Groue devant laquelle se dressaient une croix et un poteau. En 1785, les jardins s'ornaient de pièces d'eau au dessin géométrique alimentés par la Viosne canalisée ; à l'ouest, sous Immarmont, s'étendaient des aulnaies parcourues d'allées en étoile.

Avant la Révolution, Charles de Lameth avait fait incorporer la galerie dans un corps de logis central à deux étages dont la façade donnait sur un étang irrégulier qui entourait une île plantée de peupliers et d'osiers. Au nord, s'étageaient trois terrasses : l'une, close de murs le long du chemin d'Immarmont, était plantée de vignes et d'arbres fruitiers en espaliers ; la deuxième était garnie d'arbustes ; la plus proche des bâtiments donnait accès au potager orné d'un bassin ; à l'ouest, peupliers et tilleuls ombrageaient la glacière monumentale dont la coupole hémisphérique couvre un puits qui descend à 8 mètres de profondeur.

Planté d'essences rares (plusieurs arbres sont classés au titre des arbres remarquables), le parc s'agrémentait de fabriques. Il en reste un « temple d'Amour » circulaire à huit colonnes dont les chapiteaux ioniques supportent un entablement. La Vénus sortant du bain est une copie de celle commandée au sculpteur Christophe Gabriel Allegrain (1710-1795) par Madame du Barry (1743-1793) pour son château de Louveciennes, dont l'original est conservé au Louvre.

Jeanne de Lameth, qui avait également hérité du château de Busagny, épousa le marquis Louis Augustin Scipion de Nicolaÿ (1780-1843), qui fut maire d'Osny à trois reprises entre 1809 et 1838. Leur fils Scipion Louis (1809-1877) lui succéda à la mairie de 1838 à 1852 puis de 1855 à 1872.

L'entrée sud du parc porte en médaillon le monogramme de l'inventeur, industriel et homme politique Lazare Weiller (1858-1928), qui revendit la propriété au banquier Frédéric de Reiset (1852- ?) en 1902. Le domaine passa ensuite à son beau-fils, le marquis Jean de Grouchy (1881-1944), arrière-petit-fils du maréchal d'Empire Emmanuel de Grouchy (1766-1847).

Devenu maison départementale de l'enfance pour les orphelins de Seine-et-Oise en 1951, le château abrite depuis 1989 la mairie d'Osny.

Le château de Busagny

Il apparaît avec Jean de Fleury, commissaire des guerres en 1646. Sur le plan terrier de Génicourt dressé vers 1700, il adopte la forme de deux bâtiments en L ouverts sur un parc organisé en carrés bordés d'arbres. À l'est, s'élève une chapelle, plus loin coule une fontaine. Il s'agit sans doute de la source captée vers 1510 pour conduire une eau potable jusqu'à Pontoise. Selon Noël Taillepied (1540-1589), cet aqueduc courait « tout le long de la coste, jusques au faubourg devant l'église Nostre-Dame où ils faisaient une fontaine et de là entraient en la ville, par dedans les fossés » pour alimenter huit autres prises d'eau.

Le gendre de Jean de Fleury, Christophe Auguste Porlier de Clavières († 1699), écuyer et seigneur de Glaine en Auvergne, avait fait construire la chapelle après 1672 pour remplacer celle qu'il jugeait « incommode par l'esloignement dont elle est de sa maison, estant nécessaire pour s'y rendre, de traverser la cour et tous les jardins qui très souvent en hyver sont remplys d'eaue, de glaces et de boues causés ou par les pluies ou par les débordements du ru de Viosne ».

En 1747, l'architecte André Mouchet - auquel on doit l'hôpital des Pauvres-Enfermés de Pontoise - reconstruisit le château. Il passa un temps aux Nicolaÿ puis aux Léautaud-Donine qui le conservèrent jusqu'en 1919. Acheté dans les années 1950 par les pères Palottins à la demande d'émigrés polonais, il abrite aujourd'hui un collège placé sous la protection du jésuite saint Stanislas Kosta (1550-1568). La grotte de Lourdes est reconstituée dans la première des seize stations du chemin de croix érigé dans le parc.

En savoir plus

Carte archéologique de la Gaule : le Val-d‘Oise, 95, ouvrage collectif dirigé par Monique Wabont, Franck Abert et Didier Vermeersch, Paris, Maison des sciences de l'homme, 2006, p. 265.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Jean Lebeuf, Paris, Prault Père, 1755.

Le patrimoine des communes du Val d'Oise, ouvrage collectif, Flohic Éditions, 1999, volume 1, p. 377-383 (collection Le Patrimoine des communes de France).

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