Le domaine de Maubuisson abrite les bâtiments subsistants classés au titre des Monuments historiques de l'ancienne abbaye "Notre-Dame-La-Royale". Le parc arboré de dix hectares permet la découverte de vestiges archéologiques. Ruisseau, canal collecteur et miroir d'eau agrémentent la promenade et témoignent des aménagements hydrauliques du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle.

La salle du chapitre

CDVO / Catherine Brossais

La salle du chapitre est le centre décisionnel de l'abbaye. Chaque matin, après les premières prières collectives (matines, laudes et primes), les religieuses de chœur s'y regroupent pour assister à la lecture d’un chapitre de la Règle de saint Benoît ou du martyrologue. Les religieuses y délibèrent des problèmes matériels tels que la gestion générale, les achats et ventes de terres, y règlent les questions de discipline ou y discutent de l’admission de nouvelles novices. 

Le chapitre, largement ouvert sur la galerie du cloître, permet aux sœurs converses et novices qui "n’ont pas voix au chapitre", d'assister aux réunions sans jamais participer aux débats. Les portes d'accès au parloir et à la sacristie sont récentes. A l'origine, le chapitre ne communiquait qu'avec le cloître.

L'art cistercien

L'art cistercien suit à la lettre la règle de saint Benoît. Un art qui de la règle, de l’équerre, d’une clarté froide et non déguisée tire tout le secret de sa beauté. L’art cistercien est architectural avant tout. Les façades doivent être construites comme les âmes, épurées et cherchant la pureté. Tous ces bâtiments sont d’une simplicité poussée à l'extrême et d’une sobriété très étudiée. Les artifices superflus et les ornements inutiles sont proscrits, la renonciation au monde devient une évidence visible. Les règlements cisterciens interdisaient tout ce qui auraient pu troubler ou distraire, toute sculpture, peinture, vitrail coloré était banni de l’église. Les bâtisseurs ont trouvé d’autres moyens pour s’exprimer : la qualité des matériaux, le soin apporté à la construction, les proportions des volumes.

Un style architectural

En architecture, les abbayes cisterciennes connaissent l'évolution du style roman vers le gothique mais elles se caractérisent toujours par un grand dépouillement des lignes et de la décoration. Maubuisson, construite au XIIIe siècle est donc de style gothique. Elle présente des voûtes en croisée d'ogive et des fenêtres à lancettes, mais peu d'éléments décoratifs rehaussent les élévations simples : des chapiteaux "à crossettes", stylisation de décor végétal, couronnent les piliers.  

La salle du parloir

CDVO / Catherine Brossais

Le parloir est l’unique salle des bâtiments conventuels où les moniales ont le droit de se parler. La résonance particulière de la salle permet de ne pas élever la voix pour se faire entendre.

Jusqu'au  XVIIIe siècle, les archives y sont conservées (chartes médiévales, des registres de compte, des quittances et des plans, conservés aujourd’hui aux Archives départementales du Val d’Oise).  

Le silence

Le silence est d'or dans les abbayes cisterciennes.

La règle de saint Benoît impose le silence, en dehors des lectures collectives et des réunions du chapitre. Cependant, les moniales ont le droit de parler en dehors du réfectoire, de l'oratoire et du dortoir.

Les vitraux

Les salles présentent des vitraux en "grisaille", monochromes et non figuratifs exécutés par Mireille et Jacques Juteau à Ermont dans les années 1980 en s’inspirant des fragments retrouvés à l'occasion des fouilles archéologiques. La salle du chapitre et le parloir présentent des bordures formant entrelacs autour de vitreries simples verdâtres et neutres, respectant l'esthétisme et la sobriété de l'art cistercien. La salle des religieuses propose une coloration plus joyeuse, du jaune au brun clair.

Les fenêtres lancéolées à remplage trilobé sont également des reconstitutions. Les colonnettes, chapiteaux à crochets et les éléments de remplage trilobé retrouvés pendant les fouilles archéologiques du cloître en 1979 et de la salle capitulaire en 1980 ont permis une restauration fidèle.

Le passage aux champs

CDVO / Catherine Brossais

Le passage entre le cloître et le jardin s’ouvre, au nord, sur la salle des religieuses. L'ouverture au sud, donnant accès au parloir est plus récente.  

Les écritures sur les murs « Bureau central » et « Bibliothèque » sont des traces de l’occupation de l’abbaye par de soldats pendant la guerre franco-prussienne de 1870.

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La salle des religieuses

CDVO / Catherine Brossais

L’affectation de cette salle n’est pas bien définie. On sait que les novices y effectuent leurs travaux manuels. 

Si, dans les abbayes masculines, les moines pouvait effectuer des travaux complexes, notamment des constructions, les moniales réalisaient des tâches plus conformes à leurs aptitudes physiques. Les travaux manuels de la Règle de saint Benoît se tournaient donc naturellement, pour les femmes, vers les activités textiles, telles la couture, la broderie, le filage de laine, ou la dentelle… Ces diverses techniques pouvaient être mises en œuvre au service de l’Eglise : panneaux décoratifs, parements et nappes d’autels, notamment. Inscrites dans un contexte spirituel, ces créations pouvaient s’élever au statut d’œuvre d’art, même mineur. 

« ora et labora »

L'abbaye vit selon la devise « ora et labora » (prie et travaille), autour du travail manuel et de l’hospitalité. Ses sœurs prononcent des vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté. Le travail manuel exigé par la Règle de saint Benoît est destiné à lutter contre l’oisiveté, un des ennemis de l’âme. Il doit toutefois rester assez simple, afin de pouvoir s’allier à la prière intérieure.

Le carrelage

Des fragments de mortier portant encore les empreintes de carreaux et plusieurs types de dallage ont été mis au jour lors des fouilles archéologiques. Des carreaux vernissés jaunes et verts, de couleurs vives, ont été retrouvés en place, ou dans des remblais. Ces vestiges ont permis de proposer une reconstitution fidèle du carrelage, aujourd'hui visible dans les salles de l'abbaye. Ce carrelage coloré, tranchant avec les concepts de sobriété des cisterciens semble être l'expression d'une volonté d'inscrire l'abbaye comme lieu de séjour et de sépulture pour la famille royale. 

Les latrines

CDVO / Catherine Brossais

Comme dans beaucoup d’établissements cisterciens, des latrines monumentales évacuent les eaux usées dans le canal. Ce bâtiment comprend des latrines collectives sur deux étages. Au rez-de-chaussée, adossées à la salle des religieuses, les latrines basses possédaient huit sièges. Au premier étage, contiguës au dortoir, elles en avaient trente-huit, sur deux rangées.  

Le bâtiment des latrines repose sur vingt arches de 14 mètres de haut. Le sol aménagé d'une vitre permet d'apercevoir le cours du canal, qui évacuait les eaux usées des latrines et des cuisines.

Les abbayes de Maubuisson et de Royaumont sont les seules en France à avoir conservé des vestiges de ces sanitaires.

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Le ponceau

  CDVO / Catherine Brossais

Ce passage couvert, appelé le Ponceau, est construit par décision de Catherine d'Orléans Longueville, abbesse de Maubuisson de 1652 à 1664. Il ne fut couvert qu'en 1680 par Louise Hollandine de Bavière, la Princesse Palatine, qui lui succéda. Il est sauvé de la destruction par La Baronne de Rothschild qui le fait restaurer avec l'argent destiné à sa destruction en 1946. 

Ce passage permettait aux nonnes du monastère de rejoindre le potager, le Clos du Roi, séparé de l'abbaye par l'ancien chemin de Méry (rue Alexandre Prachay). Les religieuses pouvaient ainsi aller et venir sans être vues des civils qui empruntaient la route de Méry. Ces jardins potagers et vergers, appelés le Clos du Roi, en référence à saint Louis, ont été vendus à la révolution. Aujourd'hui, sur cette parcelle, comprise entre la rue de Maubuisson et le haut de la rue Maurice Dampierre, ont été bâties des maisons et des villas. Le haut du Clos est miné de carrières de pierres utilisées notamment pour la construction de l'Abbaye de Maubuisson. 

CDVO / Catherine Brossais

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L’église abbatiale Notre-Dame-la-Royale 

CDVO / Catherine Brossais
Située à l'ouest des salles d'exposition, l'église abbatiale est rasée à la fin du XVIIIe siècle. Quelques vestiges, colonne à chapiteau, socles de pilier, marquent encore son emplacement.

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La salle du trésor

CDVO / Catherine Brossais
Située au-dessus de la sacristie, la salle du Trésor permettait de mettre à l'abri les reliques et les objets précieux possédés par l'abbaye, notamment dans deux niches fermées dont les feuillures des portes sont encore visibles.  Il pouvait s’agir de présents faits par les abbesses, les familles royales ou les riches donateurs.  

Le « trésor » en lui-même est connu par divers inventaires, notamment celui de mai 1463,  dressé par l’Abbé de Chaalis. Au fil des siècles, le trésor a été modifié et s’est appauvri du fait des guerres, des pillages, des vols. Le dernier inventaire de 1792 et les procès-verbaux de vente aux enchères du mobilier en 1793 permettent de suivre les différents objets du trésor jusqu’à leur éparpillement.  

Cinq objets ont subsisté : la coupe de Maubuisson (fin XIVe – début XVe siècle), l’aiguière de Maubuisson, la crosse dite de l’Abbaye du Lys (XIIIe et XVe siècle) et la crosse de Maubuisson (XIIIe et XVe siècle), tous les quatre conservés au Musée Lambinet de Versailles. La Vierge ouvrante de Maubuisson, exposée un temps dans l’église de Saint-Ouen l’Aumône, a été volée en 1973.

Aujourd’hui, dans la salle du trésor, sont présentés des objets archéologiques et religieux provenant de l'abbaye ou en rapport étroit avec le lieu.  

Accessible uniquement lors des Journées Européennes du Patrimoine.

CDVO / Catherine Brossais

CDVO / Catherine Brossais

Le dortoir 

CDVO / Catherine Brossais
A l'exception de la salle du trésor, le premier étage a entièrement disparu. Rebâti dans les années 1980 sur un tout autre modèle, il accueille aujourd’hui les services administratifs de l’Abbaye de Maubuisson, des ateliers d’artistes, un centre de documentation, des bureaux d’entreprises et des espaces de co-working.

En 1951, l'architecte en chef des Monuments Historique fait couvrir le bâtiment subsistant très abîmé par les infiltrations dues à la terrasse supérieure, une charpente en bêton est réalisée. Ces travaux de couverture s'achèvent en 1954. La propriété appartient alors à l'Œuvre Israelite des Séjours à la Campagne, dont la présidence est assurée par la baronne de Rothschild.

CDVO / Catherine Brossais

Le logis des hôtes

Coll. SDAVO © Conseil général du Val d'Oise
Dernière construction importante à Maubuisson, la maison de Saint-Charles, dite "des hôtes", construite sous l’abbesse Charlotte Colbert de Croissy vers 1750, subsiste sous la forme d’un château, où l’on distingue, malgré des travaux d’agrandissement aux XIXe et XXe siècles, la partie d’origine. Ce logis est destiné à accueillir les personnes de haut-rang, venant voir leurs enfants ou pour affaires privées.

Cette demeure appartient à la famille de Rothschild depuis 1926. Elle est actuellement occupée par l’OPEJ (Œuvre de Protection de l’Enfance Juive).

Coll. SDAVO © Conseil général du Val d'Oise

La grange médiévale


La grange, construite en 1240, se situe en périphérie de l’enceinte du domaine de Maubuisson. L’appellation « Grange aux dîmes » apparue au XXe siècle est en réalité impropre, car il est interdit aux cisterciens de prélever des dîmes, impôt réservé aux églises paroissiales. Il s’agit en réalité de la grange de la ferme, aujourd'hui disparue. 

L'imposante construction est primitivement divisée en trois nefs, le bas-côté est n'existe plus suite à un effondrement en 1830. Des colonnes de pierre de taille du XIIIe siècle, surmontées de chapiteaux à feuilles d'eau retombantes, supportent une charpente en chêne en grande partie d'origine, datée des XIIIe et XIVe siècles. A l’extérieur, des contreforts renforcent le bâtiment. A l'origine, l'entrée se faisait par un porche monumental encadré par deux piliers sur la façade orientale et par une porte piétonne percée dans le pignon nord (encore existante).  

Sur le pignon nord, une tourelle polygonale abritant un escalier à vis, est ajoutée pendant la Guerre de Cent Ans dans la seconde partie du XIVe siècle pour permettre aux soldats de guetter l’arrivée des anglais. 

Après la seconde guerre mondiale, la famille Rothschild, propriétaire du domaine depuis 1926, aménage dans la grange une synagogue qui sera en activité jusque dans les années 1980.

Accessible lors des Journées Européennes du Patrimoine et pendant les visites historiques guidées.

CDVO / Catherine Brossais

CDVO / Catherine Brossais

Abbaye de Maubuisson
Avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen L'Aumône
01 34 33 85 00
abbaye.maubuisson@valdoise.fr

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