Se plonger dans les riches heures d’une abbaye royale 

En 1236, Blanche de Castille, reine de France, fonde l’abbaye Notre-Dame-la-Royale sur le fief de Maubuisson. Blanche n’est autre que la veuve de Louis VIII, amenée à administrer le royaume pendant plus de 10 ans dans l’attente de la majorité de son fils, Louis IX dit saint Louis. Maubuisson est une abbaye cistercienne de femmes qui voit alors le jour aux portes de Pontoise où séjourne régulièrement la famille royale. Née d’un dessein royal, dans une société où le religieux occupe une place essentielle, l’abbaye va traverser les siècles en étant constamment aux premières loges de la « grande Histoire », pour le meilleur et parfois pour le pire... 

Une abbaye sous l’égide de la couronne 

Les premières moniales s’installent à Maubuisson dès 1242, après un programme de travaux rondement mené. Sur un domaine que les abbesses n’auront de cesse de consolider au fil du temps, l’abbaye devient le refuge spirituel de femmes pour la plupart issues de la noblesse. C’est aussi une résidence royale et une nécropole pour la monarchie jusqu’à la fin du XIVe siècle. Quand Blanche de Castille s’éteint en 1252, les funérailles solennelles de son corps sont d’ailleurs célébrées à Maubuisson. 

Les rois de France séjournent régulièrement à Maubuisson, parfois pour y traiter des affaires de la plus haute importance : Philippe le Bel y signe l’arrestation des Templiers en 1307 et rencontre en 1313 sur le domaine Edouard III, roi d’Angleterre. Charles VII établit son quartier général à Maubuisson en 1441 avant d’assiéger la ville de Pontoise pour expulser les Anglais.

Cette intimité avec le pouvoir amène l’Abbaye de Maubuisson à se trouver en première ligne de la Guerre de Cent Ans à partir de 1328, puis des guerres de Religion au XVIe siècle. Lors de ces périodes agitées, l’abbaye doit résister aux événements les plus noirs : elle n’échappera ni à l’arrivée de la Grande Peste en 1348, ni aux explosions sociales qui secouent les campagnes, ni aux vagues dévastatrices des conflits à ses portes, ni à la succession de disettes au XVIe siècle. Elle connaîtra de multiples pillages mais les religieuses n’auront de cesse de reconstruire l’abbaye et de consolider son patrimoine foncier.  

Le temps de la prospérité 

La paix revient en 1589. Le parc de l’abbaye peut alors être rénové et valorisé : fontaines et grandes allées sont dessinées, le ruisseau est métamorphosé en un élégant miroir d’eau, les murs d’enceinte sont consolidés, les fermes sont rénovées, un moulin est construit… S’ensuit une période de prospérité pendant laquelle l’abbaye continue d’accueillir les dames de la cour qui désirent « faire retraite ».

L’abbaye continue également à tisser des liens privilégiés avec le pouvoir. À certaines époques, le roi s’arroge la prérogative de nommer l’abbesse à la tête de l’institution, à l’instar de François 1er puis d’Henri IV. Souhaitant rendre visite aisément à sa favorite, Gabrielle d’Estrées qui logeait alors à l’abbaye, ce dernier nomme sa sœur Angélique d’Estrées comme abbesse en 1596.

À son apogée, fin du XVIIe siècle, l’Abbaye de Maubuisson compte une cinquantaine de religieuses, une vingtaine de converses et novices, ainsi qu’un pensionnat de jeunes filles, sans oublier de nombreux domestiques.

Vers une nouvelle vocation

À partir du XVIIIe siècle, l’abbaye bénéficie de nouveaux programmes de travaux mais l’effectif des moniales entame une baisse régulière, révélant une crise morale : les moniales ne sont plus que 18 en 1790. La Révolution française apporte un coup de grâce à l’institution avec la vente aux enchères des biens mobiliers en 1793.

Dès lors, l’avenir de l’abbaye devient des plus incertains : hôpital militaire jusqu’en 1797, exploitation comme « carrière » pour ses matériaux de construction, ferme agricole puis filature pendant la première moitié du XIXe siècle, passage du réseau de chemin de fer en bordure du domaine, urbanisation se traduisant par le lotissement des terrains alentours… Après de premières tentatives de restauration à partir du milieu du XIXe siècle, une partie du domaine est acquise en 1926 par la fondation Rothschild. Mais il faut véritablement attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que l’abbaye retrouve un second souffle.

Haut lieu patrimonial au cœur de l’Île-de-France, l’abbaye renoue avec la sphère du pouvoir et le spirituel au travers de la création artistique : le classement au titre des Monuments historiques (1947), la conduite de fouilles et l’acquisition du domaine par le Département du Val d’Oise en 1979 ouvrent la voie à un vaste chantier de restauration. Devenue centre d’art contemporain en 2001, l’Abbaye de Maubuisson accueille aujourd’hui le public, des artistes et des entrepreneurs au cœur d’un vaste domaine paysager.

CDVO / Catherine Brossais

Abbaye de Maubuisson
Avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen L'Aumône
01 34 33 85 00
abbaye.maubuisson@valdoise.fr

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