Archéologie & histoire de Jouy-le-Moutier

Plan d'intendance, 1786Voir l'image en grand ADVO 25Fi64 Plan d'intendance, 1786Jouy-le-Moutier s'étage entre 25 et 170 mètres d'altitude, de la rive droite de l'Oise jusqu'à la forêt d'Hautil.

Au XVIIIe siècle, les hameaux de Jouy-la-Fontaine, Vincourt et Glatigny s'égrenaient au bas du coteau. Au pied de L'Hautil se trouvaient Écancourt, La Roche et Le Petit-Bellefontaine. De Jouy-la-Fontaine aux Vaux-Moreaux, l'eau jaillissait en abondance mais à Vincourt et Glatigny, les habitants ne disposaient que de puits.

Au nord de Vincourt, un bac permettait de rejoindre Neuville.

Le calcaire était exploité au Val-d'Orvilliers, la chaux à Glatigny, le gypse au sud d'Écancourt. Les meulières de L'Hautil servaient aux routes et, au pied de la côte, les argiles alimentaient la production de terres cuites à La Petite-Tuilerie.

Découvertes archéologiques

Les seuls outils du Paléolithique moyen sont un biface en grès et un éclat Levallois.

Le Néolithique est attesté par plusieurs découvertes. Une hache polie retaillée a été retrouvée aux Marlaines, ainsi que trois meules dormantes associées à une molette en grès aux Forbeux.

La Grande Pierre, menhir jadis fiché au rebord du versant près de la limite avec Vauréal, est aujourd'hui couchée sur le sol (en savoir plus : le petit guide des mégalithes du Val-d'Oise).

Rue des Valanchards, deux interventions archéologiques récentes ont livré un millier de silex taillés près de sondages ouverts jadis au lieudit Les Vingt-Six Arpents. Réalisée sur un silex de bonne qualité, cette série se démarque par l'originalité de la mise en forme des nucleus, effectuée par enlèvements centripètes. Cette méthode de façonnage, qui évoque la mise en forme des « livres de beurre » du Grand-Pressigny, ne semble pas avoir d'équivalent dans le Néolithique final du Bassin parisien.

Deux urnes funéraires de La Tène moyenne ont également été découvertes au sud de la rue des Valanchards et, à 500 mètres au sud-est, un enclos gaulois a été repéré lors d'un survol aérien. Deux fosses attribuées au second âge du Fer fouillées au Bois-des-Merisiers contenait une monnaie gauloise, de la faune et des restes de torchis. La céramique, composée de jattes, d'écuelles à panse galbée et col évasé ainsi que de vases à bords rentrants, est datée de la fin de La Tène Moyenne / début de La Tène finale.

Les sondages effectués en 1993 au moment de la construction du lycée n'ont pas confirmé l'existence du site gallo-romain présumé à La Croix-d'Écancourt.

La paroisse

Pendant le haut Moyen Âge, les paroissiens de Glatigny, Vincourt, Lieux (Vauréal) et Jouy dépendaient d'Andrésy (Yvelines), situé en 829 in pago Volcassino, « dans le pays du Vexin ».

À une date inconnue, Jouy-le-Moutier (Gaudiacum vers 1100, Jhoy supra Isaram, vers 1105, Joy en 1209) fut élevée au rang de paroisse. Son église dédiée à Notre-Dame de la Nativité et saint Leu est classée monument historique. Plus d'une centaine de sépultures y ont été fouillées en 1993. Le matériel associé était rare : des épingles de linceul, des tessons de céramique et de verre et douze monnaies dont une de Gautier « Saveyr » (le « sage » ou le « savant »), évêque de Meaux (1045-1082).

Du Moyen Âge à la Révolution, la cure resta sous la dépendance des chanoines de Notre-Dame de Paris. En 1321, l'écuyer Pierre du Fay, demeurant au Perchay, leur avait vendu la rente qu'il touchait sur la moitié du rouage (impôt perçu sur les charrois), bornage, voirie et vieutrage (droit perçu sur les vins entrant dans la seigneurie), l'autre moitié leur appartenant déjà.

L’église Notre-Dame de la Nativité et Saint-Leu

Voir l'image en grand SDAVOClassée monument historique le 11 décembre 1912. Propriété communale.

Trois bienfaitrices pour une église

Ode de Conteville (vers 994-vers 1033), épouse répudiée du premier comte de Meulan, passe pour s’être réfugiée à Jouy et avoir participé à la construction de sa première église.

Après l’entrée de son époux Robert d’Ivry à l’abbaye normande du Bec, Hildeburge de Gallardon (vers 1067-1115) fut acceptée comme religieuse par l’abbé de Saint-Martin de Pontoise, qui aménagea pour elle une maisonnette. Elle est réputée avoir financé l’agrandissement de l’édifice roman.

Pour remercier Dieu que son mari, le comte de Meulan Galeran IV (1104-1166), soit rentré sauf de la deuxième croisade (1147-1149), Agnès de Montfort (1123-1181) aurait consacré une partie de ses biens à l’édification de clochers-tours sur dix-sept églises du Vexin et du Pincerais.

L'architecture

Le développement architectural de l’édifice semble s’être fait de manière analogue à celui de l’église Saint-Christophe de Cergy, bien que les fouilles de moindre ampleur n’aient pu livrer que des informations lacunaires. L’édifice primitif, attesté par un pan de mur situé sous le clocher, aurait appartenu à un sanctuaire à nef unique de plan rectangulaire. Il a été attribué au début de l’an Mil par une pièce trouvée dans des remblais postérieurs et identifiée comme une monnaie de Gautier « Saveyr » (le « sage » ou le « savant »), évêque de Meaux entre 1045 et 1082.

Une première extension s’est produite vers le milieu du XIe siècle. Un narthex ouvrait sur une nef couverte en charpente et large d’environ sept mètres, que de gros piliers séparaient d’un bas-côté sud de deux mètres de large. Le chœur était probablement fermé par un chevet plat.

A la fin du XIe siècle, l’adoption d’un plan en croix latine se fit aux dépens du cimetière installé à cet emplacement depuis le haut Moyen Âge, comme le prouvent les stèles et les sarcophages en plâtre. Les bras du transept étaient peu saillants et l’existence d’un clocher est attesté par les vestiges d’une tourelle d’escalier.

Dans la seconde moitié du XIIe siècle, l’édification d’un nouveau clocher à la croisée du transept a entraîné des modifications sur l’ensemble du bâtiment. L’église a été élargie par l’adjonction d’un bas-côté nord, le narthex a disparu, le chœur a été prolongé vers l’est et une chapelle funéraire seigneuriale a sans doute été aménagée dans le croisillon nord du transept. De style roman, ce clocher-tour, coiffé d’une haute flèche octogonale flanquée de quatre clochetons, comporte sur chaque face deux étages de baies en plein cintre encadrées de colonnettes.

Si la partie centrale de la façade se rattache à la même époque, les portails latéraux, les travées du transept et leurs chapelles sont du XIIIe siècle, de même que la plupart des fenêtres. Le chœur à trois vaisseaux de deux travées est fermé par un chevet plat soutenu à l’est par deux gros contreforts. Bâti entre 1220 et 1240, il présente une élévation à trois étages, avec grandes arcades en tiers-point aux chapiteaux décorés de feuilles, triforium à quatre arcades par travée puis oculus.

Une autre phase de travaux est intervenue pendant la Renaissance qui a vu la surélévation des trois vaisseaux et de la croisée avec installation d’un triforium à balustrade de pierre, la construction d’un portail à deux baies jumelles au nord, la pose d’un vitrail flamboyant dans la fenêtre agrandie du croisillon sud.

Les décors

Classées monument historique en tant qu'immeubles par nature, les quatorze stations du Chemin de Croix par Henri Marret (1878-1964) sont un remarquable exemple du renouveau de l'art religieux dans l'entre-deux-guerres. Peinte à fresque sur un support en ciment avant séchage – technique qui exige une exécution rapide, un dessin simplifié et une gamme de couleurs restreinte –, cette composition exprime avec force le sujet dramatique dans des cadrages serrés.

La seigneurie de Saint-Martin

Dépendance de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, la première ferme de la Seaule s'élevait sur le plateau à Lieux (Vauréal), la seconde à Jouy, de l'autre côté du chemin de Boisemont. Cependant, comme en témoignent les lieudits du cadastre napoléonien — Les Bois Saint-Martin, de La Seaule et Les Terres de Saint-Martin — l'essentiel des champs, des vignes et des bois s'étendaient dans la vallée de Jouy-la-Fontaine et descendaient jusqu'à l'Oise.

En 1298, les religieux percevaient pour chaque tonneau de vin chargé ou déchargé dans leur port du Val-de-Jouy, deux deniers pour le rouage et un denier pour le rivage (droit d'accostage).

Quand Ferry d'Aulmont († 1526), châtelain de Méru et seigneur de Berville, Chars, Courcelles-sur-Viosne, Santeuil et autres lieux, prit à bail la Maison des moines (2, rue des Blanchards) et leur fief de Blaru, l'ensemble consistait en un manoir, hôtel, pressoir, jardins et quartier de vigne, deux arpents de terre, six arpents de prés et des rentes.

Au XVIIe siècle, le fief passa à Marguerite de Monthiers (1563-ap. 1640), veuve en 1622 du prévôt de Pontoise André de Forest de Belleville, puis à Antoine Guérapin († 1677). Il resta réuni au domaine de Vauréal jusqu'à la Révolution, sauf la Maison des moines, vendue en 1685 par Emmanuel Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon (1643-1715) et abbé de Saint-Martin, pour financer les travaux de son abbaye.

Les moulins à vent

En 1798, la meunière du moulin de l'étang de Montmorency acheta le moulin à vent d'Écancourt construit depuis cinq ou six ans avec la maison, le terrain et le chemin qui y menait. Ce moulin fonctionnait encore en 1841.

Celui des Falaises ou de la Côte de Jouy, construit au début du XIXe siècle, était en activité en 1833. La maison d'habitation attenante comportait « une cuisine, cabinet à côté, grenier dessus couvert de tuiles ».

Un militaire astronome et géographe

À la fin du XIXe siècle, le château d'Écancourt appartenait au général Léon Bassot (1841-1917), membre de l'Institut et commandeur de la Légion d'honneur, vice-président du Bureau des Longitudes et de la Société de géographie.

Entre 1901 et 1906, avec l'appui du mathématicien Henri Poincaré (1854-1912), il organisa, avec le lieutenant Robert Émile Bourgeois (1857-1945), une mission militaire de la section géodésie du Service géographique de l'armée, pour mesurer un arc d'un méridien terrestre en Amérique du Sud, en Colombie, Équateur et Pérou.

Rue des Valanchards

Urne funéraire gauloiseVoir l'image en grand SDAVO Urne funéraire gauloiseLa construction de deux établissements d'accueil pour des personnes handicapées sur des parcelles contiguës a motivé deux diagnostics archéologiques.

Les terrains sondés à la pelle mécanique en 2008 par le Service départemental d'archéologie, ont révélé une importante collection de silex taillés au Néolithique dont certains sont d'une facture très particulière, inédite dans le Nord-Ouest du Bassin parisien. Deux urnes funéraires contenaient des incinérations gauloises.

Des prospections conduites dans le même secteur dans les années 1970 et 1980 avaient déjà permis de collecter de nombreux silex et de repérer des traces d'habitat gaulois et gallo-romain.

Les interventions récentes ont fourni un millier de silex débités au Néolithique moyen et final pour produire des outils — grandes lames, grattoirs, perçoirs, etc. Une petite hache a été taillée dans une roche que l'on ne trouve que dans le Massif armoricain ou dans le Massif central. Ce mobilier était associé à deux fosses dont une a peut-être abrité un foyer. Malheureusement, l'érosion de la pente, qui a fortement dégradé les structures archéologiques, a empêché de les identifier avec certitude.

La découverte la plus inattendue fut celle de deux urnes funéraires de La Tène moyenne, proches d'une troisième poterie sans incinération. La stèle en grès retrouvée dans le même secteur pourrait avoir eu pour rôle de signaler une nécropole - ce qui serait une première pour la région. Cet ensemble (sépultures + stèle) est en effet situé aux marges du terrain exploré et il est possible qu'il appartienne à un cimetière plus vaste.

Les Forboeufs, un site néolithique (2012)

Vue aérienne des vestiges néolithiquesVoir l'image en grand SDAVO Vue aérienne des vestiges néolithiques en cours de fouilleUn diagnostic archéologique réalisé à Jouy-le-Moutier en 2012 au lieu-dit Les Forbœufs a permis la découverte de vestiges d'une occupation du Néolithique ancien s'étendant sur plus de 7000 m².

Le site est constitué de 19 fosses domestiques et d'un foyer. Les vestiges retrouvés sont des silex taillés, des céramiques ainsi que plusieurs anneaux en schiste ou en roche verte.

L'ensemble est attribué à la culture du Blicquy - Villeneuve-Saint-Germain. Beaucoup plus tard des gaulois se sont implantés à proximité. De cette période un vaste enclos fossoyé nous est parvenu.

Les Forboeufs (2014)

Outil néolithique bifacialVoir l'image en grand SDAVO Outil néolithique bifacialUn diagnostic archéologique a été réalisé par le Service départemental d'archéologie du Val-d'Oise de novembre à décembre 2014 en amont de l'extension d'une ZAC porté par Cergy-Pontoise-Aménagement.

Les vestiges se répartissent principalement au nord de la parcelle de 4 hectares. Les sondages ont livré des indices d'occupation dès la Préhistoire récente.

La parcelle est réinvestie à la période protohistorique et reste inoccupée jusqu'à la période contemporaine. Un phénomène d'érosion a altéré les vestiges, toutes périodes confondues.

Des outils en silex et de la céramique ont été datés du Néolithique ancien. Des traces de plantations récentes, ne figurant sur aucun document d'archives ont été mises au jour.

Avant la ZAC multisites

En novembre et décembre 2014 une occupation néolithique a été découvert lors d’un diagnostic archéologique préalable à la ZAC Multisites Les Forboeufs. Des vestiges tels que outils lithiques et fragments de céramique permettent de la située au Néolithique ancien (- 6500 à – 5300 av. J.C.). Des fosses ont été identifiées comme les vestiges de maisons, car liées à leur construction. L'angle nord-ouest d'un enclos gaulois, partiellement déjà découvert en 2012, a été mis au jour. La surface enclose, restituée avec une relative certitude, s'élèverait à 2400 m2 environ. Aucun vestige associé à cet espace fossoyé n'a été identifié. Enfin, des traces de plantations de l'époque contemporaine, ne figurant sur aucun document d'archives, ont été dégagées.

En savoir plus

« Une production lithique singulière au Néolithique : la rue des Valanchards à Jouy-le-Moutier (Val-d'Oise) » par Gabriel Chamaux et Aurélien Lefeuvre. Bulletin archéologique du Vexin français et du Val-d'Oise, 40, 2008, p. 105-115.

Jouy-le-Moutier, un patrimoine au fil du temps, par Évelyne Demory-Dupré. Saint-Ouen-l'Aumône, Éditions du Valhermeil, 95 pages illustrées.

« À la recherche des moulins à vent » (II), par Jacqueline Briand et Françoise Waro. Vivre en Val-d'Oise, 64, 2000, p. 35 et 36.

« Du bac au pont de Neuville » (I, II, III, IV), par Françoise Waro. Vivre en Val-d'Oise, 56, 1999, p. 23-32 ; 57, 1999, p. 32-41 ; 58, 1999, p. 40-47 ; 59, 2000,
p 28-37.

Carte archéologique de la Gaule : le Val-d‘Oise, 95, ouvrage collectif dirigé par Monique Wabont, Franck Abert et Didier Vermeersch. Paris, Maison des sciences de l'homme, 2006, p. 311-312.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Jean Lebeuf. Paris, Prault Père, 1755.

Le patrimoine des communes du Val-d'Oise, ouvrage collectif. Flohic Éditions, 1999. 2 volumes illustrés (Le Patrimoine des communes de France).