Archéologie & histoire d'Épiais-lès-Louvres

Plan d’intendance, 1786Voir l'image en grand ADVO 25Fi 41 Plan d’intendance, 1786Découvertes archéologiques

Depuis vingt ans, d'importants aménagements ont entraîné des prospections au sol et plusieurs interventions archéologiques. Le TGV Nord a effleuré la commune à l'est ; l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle a étendu son emprise au sud ; la Francilienne l'a entamée à l'ouest et une voie contourne le village à l'est.

Des silex taillés au Néolithique ont été récoltés à La Grande-Fosse et une poterie à fond rond dans une grande fosse à La Haie-Grindart.

Un site gaulois du IVe siècle av. J.-C. a été identifié au Fief-et-Canton-de-Magny. Dans le secteur exploré, une petite batterie de silos, une meule plate « à va-et-vient » témoignent d'une aire réservée au stockage des récoltes. La présence d'un habitat dans le voisinage est attestée par des fragments de torchis, des pierres brûlés, des ossements d'animaux domestiques, une pierre à aiguiser et une fusaïole, indispensable à qui veut filer la laine. Au lieudit La Fosse, une sépulture isolée contenait une écuelle et une fibule incomplète datée du milieu ou de la deuxième moitié du IIIe siècle avant notre ère.

Trois autres petits silos gaulois, deux fosses gallo-romaines d'extraction de calcaire et un puits qui pourrait être du haut Moyen Âge sont signalés à L'Onglet.

L'enclos fossoyé de La Haie-Grindart est gaulois ou gallo-romain. Plus conséquent et plus lisible, le site du Petit-Merisier a été occupé entre la Guerre des Gaules (58-51 av. J.-C.) et le début du Haut Empire, puis réinvesti dans la seconde moitié du IIe siècle. Il associe des enclos parcellaires, un chemin, un bâtiment, des silos en batterie, des fosses grandes et petites. Les comblements ont livré des poteries, un tesson de verre vert clair décoré de filets blancs, quelques objets en fer et en bronze, de la faune, des fragments de torchis sur clayonnage. Des scories indiquent que la ferme disposait d'une forge pour entretenir ses outils. Un bâtiment trapézoïdal à poteaux de bois, orienté nord-sud et mesurant 6 m de large sur 7 à 8 mètres de long, a sans doute servi de grenier ou de grange.

Moins importante, la deuxième occupation prit la forme d'un grand enclos fossoyé qui contenait deux grands puits et quelques fosses. Un modèle assez proche fut adopté à la ferme de La Grande-Fosse : autour de bâtiments édifiés sur des solins de pierre dans lesquels s'ancraient les poteaux, les fossés ceinturant un espace d'1,6 hectare furent plusieurs fois repris entre le Ier et le IVe siècle. Au lieuditGodiot, un ensemble de constructions orientées nord-est/sud-ouest s'ordonnait selon un plan rectangulaire. Son occupation est attestée du Ier au Ve siècle. AuMur-aux-Hureaux, un petit atelier de métallurgie s'est développé aux IIIe et IVe siècles.

En 1994, des prospecteurs ont découvert deux fragments de sarcophages médiévaux en plâtre à L'Onglet. En 2005, un squelette de cheval a été dégagé lors des travaux du contournement est de Roissy.

Une dépendance de Chennevières

Au XIIIe siècle, Espiers était rattaché à la paroisse de Chennevières, qui dépendait de l'évêque de Paris.

Avant la Révolution, deux grosses exploitations agricoles se partageaient son territoire : la ferme seigneuriale était proche de l'église et celle du chapitre de Notre-Dame de Paris, à l'extrémité ouest du village.

L'église Notre-Dame de l'Assomption, les croix du cimetière et de la place du village sont inscrites ou classées au titre des monuments historiques.

La Fosse, un relais routier gallo-romain sur le tracé de la Francilienne ?

Le site gallo-romain fouillé, au lieu-dit "La Fosse" par l’INRAP, dans le cadre du contournement Est de Roissy de la Francilienne, occupe une surface enclose d’un demi hectare. Fortement concentrés, les vestiges se répartissent en deux zones bâties, l'une sur solins qui appartient plutôt à la phase du IIe siècle après J.-C. et l'autre, une grande construction sur poteaux date des périodes suivantes jusqu’au IVe siècle. De nombreux celliers témoignent d'aménagement diversifiés. On dénombre également deux puits, quelques fosses et mares.

Par ailleurs, les restes d'une activité métallurgique importante ont été mis au jour : battitures, scories, rejets de forge, etc. L’examen de ce métal traduit un travail du cuivre accompagnant celui du fer. Il semble donc que l’occupation du site d'Epiais "La Fosse" ait été dictée par le développement d'une activité métallurgique et la volonté de l'implanter hors de la ferme.

En plus de cette activité artisanale, plusieurs indicateurs (restes animaux, céramique, monnaies, bâtiments et silos) montrent que l’on aurait là un relais-étape avec accueil des hommes et des bêtes. La forge ne répondrait pas qu'aux seuls besoins de l'établissement voisin de Mauregard, la zone bâtie pourrait correspondre à une taverne et le vaste enclos avec zone d'abreuvoir pourrait être dévolu aux bêtes et chariots. La présence d'un carrefour de voies est vraisemblable mais il est difficile d'estimer s'il s'agit d'un itinéraire de petit ou moyen parcours.

L’église Notre-Dame de l’Assomption

Voir l'image en grand SDAVOClocher inscrit à l’inventaire des monuments historiques le 8 novembre 19660. Propriété communale.

La nef unique de trois travées et le chœur à trois pans ont été édifiés entre 1845 à 1850.

L'église précédente s'étendait au nord du clocher, dont certaines parties remontent au XIVe siècle, et d'autres au XVIe siècle.

La cloche du beffroi, baptisée Geneviève en 1739, chante en ré dièse / mi bémol.

La croix du cimetière : un riche décor

Voir l'image en grand SDAVOClassée monument historique le 2 juin 1969. Propriété communale.

Son piédestal, décoré de têtes d'anges aux angles, repose sur trois marches. Il supporte un obélisque à l'iconographie exceptionnelle, lui-même sommé d'une croix présentant, au sud, la figure du Christ expirant, au nord, celle de la Vierge.

Au midi, par où arrivent les visiteurs, s'alignent des vanités – de bas en haut, un squelette, une faux et une lance encadrées par un cubitus et un fémur, un seau avec un goupillon, un cercueil et un suaire, une houe et une bêche, une omoplate, un crâne et au-dessus deux lances croisées. Des guirlandes de feuillages courent sur la face ouest.

Côté nord, sous la Vierge, une inscription latine à demi-effacée surmontée d’une tête d’angelot et d’armoiries bûchées rappelle un verset de l'Évangile de Matthieu (24, v. 30) – « Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du fils de l’Homme. » Le sculpteur Denis Danvin a gravé son nom et la date de 1645 (M DC XLV).

Le coq de la face est, dominé par les instruments de la Passion aujourd'hui effacés, évoque un autre verset du même Évangile (26, v. 34), quand, sur le mont des Oliviers, Jésus dit à saint Pierre – « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. »

Érigée sous le ministère d' Antoine Vautin, curé du lieu, cette croix a été restaurée en 1988.

La croix hosannière

Voir l'image en grand SDAVOClassée monument historique le 2 juin 1969. Propriété communale.

Cette croix doit son nom à l'Hosannah triomphal chanté le dimanche des Pâques fleuries, Pâques à buis ou dimanche des Rameaux – jour où les fidèles faisaient bénir les rameaux qui protégeraient la maison pendant l'année.

Son piédestal carré, orné sur chaque face d’une niche, de pilastres ioniques et d’un fronton en demi-lune, repose sur un socle à quatre marches. La colonne, cannelée, haute et mince, s'achève par une croix très ouvragée avec un Christ et une Vierge à l'Enfant. Un pupitre en pierre est visible à l'ouest.

En savoir plus

Carte archéologique de la Gaule : le Val-d‘Oise, 95, ouvrage collectif dirigé par Monique Wabont, Franck Abert et Didier Vermeersch. Paris, Maison des sciences de l'homme, 2006, p. 227-229.

Histoire de la ville et du diocèse de Paris, par l'abbé Jean Lebeuf. Paris, Prault Père, 1755.

Cantons de Luzarches, Gonesse et Goussainville : en Pays-de-France, par Catherine Crnokrak, Isabelle Lhomel, Christian Olivereau, Agnès Somers.
Paris, Association pour le Patrimoine Ile-de-France, Conseil Général du Val-d'Oise, 1998, 103 pages illustrées (Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Images du patrimoine).

Dictionnaire des monuments d'Ile-de-France, par Georges Poisson. Paris, Éditions Hervas, 1999.

Églises du Val-d'Oise. Pays de France, Vallée de Montmorency : dix siècles d'art sacré aux portes de Paris, ouvrage collectif dirigé par Mathieu Lours. Gonesse, Société d'histoire et d'archéologie de Gonesse et du Pays de France, 2008, p. 110-111.

Jardins en Val-d'Oise, par Annick Couffy, Laurent Lempereur et Geneviève Roche-Bernard. Cergy-Pontoise, Conseil général du Val-d'Oise, 1993, p. 131.

Le patrimoine des communes du Val-d'Oise, ouvrage collectif. Flohic Éditions, 1999. 2 volumes illustrés (Le Patrimoine des communes de France), p. 307-308.